Patron à succès, Denis Payre avait défié le fisc en s’’exilant pendant dix ans en Belgique. Désormais, en défenseur de la société civile, il a créé un micro-parti. Une structure permettant de récolter des fonds et de présenter des candidats. NOUS CITOYENS est un mouvement politique non partisan qui souhaite mobiliser les Français pour réformer la France. Son ambition : construire un mouvement citoyen pour exprimer une frustration générale devant l’incapacité des partis de gouvernement à faire rentrer la France dans le 21e siècle. Son objectif : mobiliser tous les Français de bonne volonté pour mener les nombreuses réformes dont le pays a besoin tout en respectant la solidarité, la responsabilité et la confiance. Pour son fondateur, Denis Payre, « la France est un surdoué qui s’ignore ». Il développe pour les lecteurs d’Unidivers.fr ses conceptions.

L’engagement politique

Unidivers : Denis Payre, votre parcours de créateur d’entreprise est parsemé de succès. Pourquoi cet engagement politique et citoyen ?

Denis Payre : Après plusieurs années de développement d’entreprises (en France et dans le monde), et d’engagement pour l’entrepreneuriat, je suis arrivé à la conclusion que si la société civile ne se mobilise pas rapidement et très largement, notre pays connaîtra des moments très difficiles et ne parviendra pas à se réformer. La pression des créanciers du pays pourrait nous obliger à remettre à plat dans l’urgence notre modèle ; ce qui se traduirait inévitablement par des troubles et des injustices.

Patron à succès, Denis Payre avait défié le fisc en s’exilant pendant dix ans en Belgique. Se rêvant maintenant en défenseur de la société civile, il a créé un micro-parti. Une structure permettant de récolter des fonds, de présenter des candNous sommes également menacés par la montée des extrêmes dont les programmes sont à la fois dangereux sur le plan économique et un renoncement grave sur le plan moral. Nous subissons les conséquences d’un pays bloqué avec un chômage de masse en particulier pour les jeunes, les seniors, les femmes seules et les minorités. La précarité ne cesse de croître, les inégalités se creusent, les services publics régressent et les impôts explosent, assommant le pouvoir d’achat de tous et démotivant les moteurs de l’économie que sont les artisans, les chefs d’entreprise, les commerçants et les professions libérales.

J’intervenais depuis longtemps pour présenter mon parcours d’entrepreneur devant des publics très variés. Depuis l’automne 2012, ces rencontres se concluent invariablement par des questions inquiètes sur l’avenir de notre pays. J’ai été frappé de rencontrer des citoyens préoccupés. Ils affirment ne pas vouloir s’engager dans les partis traditionnels, mais souhaitant s’impliquer dans la vie civique pour tenter de trouver des solutions pour notre pays. Lors de ces échanges, ils se disaient « orphelins de la politique » et ils craignaient que les extrêmes ne deviennent le seul recours. Je tentais de les en dissuader, mais manquais souvent d’argument compte tenu de la situation des partis traditionnels. « Que peut-on faire ? », « Que doit-on dire à nos enfants ? » étaient des questions récurrentes auxquelles je ne savais que répondre.

En rentrant chez moi, après l’une de ces réunions, j’ai pris la décision de lancer Nous Citoyens pour proposer une troisième voie qui ne soit pas une option extrémiste.

Réconcilier solidarité et prospérité et quelques valeurs clefs. Nous nous voulons humanistes, républicains et européens

J’ai la chance d’avoir du temps, de ne plus être obligé de travailler et je dispose de nombreux contacts. Je me consacre dorénavant au développement de ce nouveau mouvement qui a vocation à faire bouger les lignes pour réformer notre pays. J’ai quatre enfants et je souhaite pouvoir les regarder dans les yeux en leur disant que je ne suis pas resté les bras croisés, que j’ai tenté d’agir pour éviter de leur laisser un pays ruiné et dirigé par de dangereux populistes.

U. : Le manifeste de votre mouvement vous inscrit dans un positionnement politique plutôt de centre droit (européen, libéral, humaniste). Pourquoi ne pas intégrer un parti pour changer les choses de l’intérieur ?

D.P. : Nous subissons aujourd’hui l’hyperprofessionnalisation de la vie politique avec des dirigeants qui sont dans une logique de carrière et non de mission. Ils vivent de la politique et se trouvent dans l’obligation de garder leur poste coûte que coûte. Ils ne laissent donc aucune place à des profils différents et ne prennent aucun risque pour réformer le pays. Nous souhaitons faire prendre conscience aux partis traditionnels du dangereux chemin qu’ils prennent. Depuis 30 ans, les réformes nécessaires pour revenir au plein emploi ne sont pas entreprises, la dépense publique explose. Des personnes issues de la société civile pourraient mettre leur compétence au service de la France, mais les partis politiques ne leur laissent aujourd’hui pas de place. Le seul moyen de provoquer un électrochoc chez les dirigeants politiques pour qu’ils changent le leadership des partis et s’engagent véritablement dans des réformes pour le pays est d’aller sur leur terrain.

Nous subissons aujourd’hui l’hyperprofessionnalisation de la vie politique avec des dirigeants qui sont dans une logique de carrière et non de mission.

Notre démarche est transpartisane, nous avons avec nous des gens issus de tous les horizons politiques : droite, centre et gauche. Les déçus de la politique qui partagent notre constat sont nombreux. Nous pensons que sur les sujets économiques, il n’y a pas d’idées de droite ou de gauche, il n’y a que des idées qui fonctionnent et des idées qui ne fonctionnent pas. Nous sommes guidés par des principes comme le fait de chercher à réconcilier solidarité et prospérité et quelques valeurs clefs. Nous nous voulons humanistes, républicains et européens. Nous ne nous revendiquons pas libéraux, nous ne nous référons à aucune idéologie, elles ont fait beaucoup trop de mal à notre pays et à beaucoup d’autres. Nous sommes avant tout pragmatiques.

Nous cherchons à créer une troisième voie pour tous les déçus de la politique qui ne soit pas un projet fou consistant à nous replier sur nous même sans réformer l’État tout en conduisant un programme économique qui serait un Tchernobyl économique.

U. : Vous souhaitez changer la vie politique en réformant le carriérisme politique et en restituant une véritable place à la société civile. Un vœu pieux qu’Unidivers comme de nombreux Français partage, mais comment changer ce paradigme ?

D.P. : Pour bouger les lignes et stopper la professionnalisation de la vie politique des mesures peuvent être prises. Nous Citoyens a soumis plusieurs mesures aux votes et commentaires des adhérents sur ce point, notamment une double limitation des mandats. Les élus ne pourraient effectuer plus de deux mandats successifs et plus de quatre mandats au cours d’une vie. Une telle mesure permettrait de renouveler la classe politique.

nous_citoyensLes têtes de liste que nous avons labellisées pour les élections municipales se sont engagées à n’effectuer que deux mandats. Ils sont donc les premiers à participer à ce renouvellement.

Nous appelons aussi à un mandat unique pour le prochain Président de la République. C’est maintenant que le pays doit engager des réformes pour ne pas laisser sombrer les jeunes forces actives dans le chômage et la précarité. Compte tenu de la situation critique de notre pays et des réformes à mener, nous proposons que le prochain Président de la République soit élu, exceptionnellement, pour un seul mandat de façon à ce qu’il se consacre pleinement, sur 5 ans, au redressement de la France et ne soit pas freiné par l’ambition d’être réélu.

Les mesures

U. : Faisons un peu de politique fiction : Nous Citoyens devient un mouvement majeur et vous êtes appelé à être premier ministre. Quelles seraient les trois premières mesures concrètes que vous lanceriez ?

La hausse des dépenses publiques n’a donc pas bénéficié aux personnes qui en ont besoin et nous sommes convaincus qu’un pays bloqué crée beaucoup de pauvreté.

D.P. : Plutôt que 3 mesures, je dirai juste que nous engagerions immédiatement un coup de frein massif sur la dépense publique et un grand coup d’accélérateur sur l’emploi. Les mesures les plus efficaces et les plus urgentes dans chaque domaine sont parfaitement connues, c’est uniquement une question de courage politique.

U. : Vous parlez de la France comme un champion des dépenses publiques rapportées au PIB. Pourtant, la Suède (53 %) ou la Finlande (54 %) ont eu des dépenses dans le passé bien plus importantes (jusqu’à 75 %) et restent comparables à celles de la France (56 %). Précisément, afin d’épauler une politique humaniste. A contrario, la politique sociale allemande (43 %) marque un recul égal à sa diminution drastique des dépenses publiques. Dès lors, pourriez-vous préciser votre pensée, notamment la corrélation entre politique humaniste et dépenses publiques ?

D.P. : La pauvreté, qui avait régressé en France depuis les années 1970, est repartie à la hausse avec la crise de 2008. Aujourd’hui, un Français sur sept vit en dessous du seuil de pauvreté (moins de 977 € par mois) soit 8,7 millions de personnes. La hausse des dépenses publiques n’a donc pas bénéficié aux personnes qui en ont besoin et nous sommes convaincus qu’un pays bloqué crée beaucoup de pauvreté. Notre objectif est d’ailleurs de réconcilier solidarité et prospérité. Il n’est pas question pour nous de sabrer les aides des plus démunis, mais de rendre efficaces les politiques mises en œuvre. Nous Citoyens a donc fait des propositions pour lutter contre l’exclusion en se fondant sur 5 principes :

  • Solidarité : l’accès à un logement, aux soins élémentaires et à une alimentation adaptée doit être garanti pour tous nos concitoyens.
  • Responsabilité : la personne doit être au cœur des dispositifs d’inclusion pour lui permettre de redevenir acteur de son avenir. Les aides doivent l’inciter à la reprise du travail.
  • Simplicité : les structures administratives doivent s’adapter à la personne. Les doublons doivent être supprimés.
  • Citoyenneté : les actions et initiatives d’insertion doivent être mises en œuvre localement et prioritairement par les acteurs de l’économie sociale et solidaire.
  • Efficacité : ces actions doivent être mesurées et évaluées à l’aune de leur impact social réel et de leur rapport coûts-impacts afin de flécher les crédits vers les actions les plus efficaces.

En faisant davantage confiance à la société civile et en contractualisant certains services avec les acteurs de l’économie sociale et soldiaire, l’Etat pourrait faire des économies sans impacter les aides.

De plus, le discours consistant à dire que plus de dépenses publiques garantit la justice sociale est invalidé tous les jours en France, en particulier dans l’éducation nationale. Nous sommes l’un des pays développés qui dépense le plus pour son système éducatif, mais nous sommes aussi l’un des plus inégalitaires comme l’a montré PISA avec une accélération de ces inégalités ces dernières années. Enfin, il faut regarder l’évolution de la dépense publique dans la durée, la dépense publique française sur cinq ans explose quand celle des pays que vous évoquez est au contraire en fort reflux, ce n’est pas par hasard.

La France est l’un des pays développés les plus inégalitaires comme l’a montré PISA avec une accélération de ces inégalités ces dernières années.

Notez aussi que ces pays sont des petits pays et n’ont pas les économies d’échelle que nous avons, un avion de chasse ou une Ambassade coute le même prix que le pays soit petit ou grand. Notez aussi que ces pays ont fait le choix de faire reposer une très grande partie du poids de la dépense sur la consommation pour ne pas pénaliser l’économie, ce que nous n’avons pas fait. Rappelons également que nous avions une dépense publique dans le PIB de 40 % en 1974 contre près de 57 % maintenant, soit l’équivalent de la création d’un second État régalien en 40 ans.

Les gaspillages sont innombrables, nous n’avons pas besoin d’un tel niveau de dépense qui assomme la compétitivité du pays et explique en partie les taux de chômage et de précarité scandaleux que nous connaissons. Rappelons-nous que si nos entreprises sont les moins rentables d’Europe, ce n’est pas parce que nos chefs d’entreprise sont les moins bons, mais parce que nos entreprises sont les plus taxées.

U. : La dette publique française est, quant à elle, proche de la moyenne de ses voisins européens : 94 % pour le Royaume-Uni, 126 % en Italie, 85 % en Espagne, 82 % en Allemagne, 74 % aux USA. Le FMI vient de déclarer que ce seul facteur ne suffit pas à définir un seuil d’alerte. Mais pourquoi ne parlez-vous pas de l’origine de cette dette et de son calcul, voire de sa renégociation, à la manière justement de ce que peut faire une entreprise avec ses créanciers ? Quelles solutions concrètes proposeriez-vous sur ce sujet ?

Si nos entreprises sont les moins rentables d’Europe, ce n’est pas parce que nos chefs d’entreprise sont les moins bons, mais parce que nos entreprises sont les plus taxées.

D.P. : Le problème de la dette française comme pour la dépense publique est la dynamique. Nous avions une dette par rapport au PIB de 64 % fin 2007. Elle dépasse 93 % du PIB, et la France ne tient aucun de ses engagements de réduction de déficit ce qui lui a valu une nouvelle mise en garde de Bruxelles. Les créanciers du pays n’accepteront pas indéfiniment des promesses non tenues. La solution est d’engager un programme crédible de réduction des dépenses publiques visant à la fois la stabilisation de l’endettement et la réduction de la pression fiscale hors norme qui détruit l’emploi.

U. : Votre point central repose dans la tenue d’un budget à l’équilibre. Ce qui tient compte du remboursement de la dette et des intérêts (environ 55 M€). Comment sortir de cette spirale de la dette dans un budget offrant peu de latitude à courte échéance ?

Les gaspillages sont très nombreux en France avec une culture de la dépense, une absence de responsabilité quasi généralisée dans la fonction publique avec 26 jours en moyenne d’absentéisme dans les collectivités, soit juste…

D.P. : Nous pensons nécessaire à un horizon raisonnable de revenir à un budget à l’équilibre en effet. Le déficit ne devrait être autorisé que pour faire face à des situations de crise ponctuelles. Tout se passe comme si nous étions en crise depuis 40 ans en France car nous sommes en déficit structurel depuis lors. Le budget n’offre plus aucune latitude en ce qui concerne les hausses d’impôts. On a bien vu ce qui s’est passé avec les dernières tentatives de hausse proposées par le gouvernement avec des portiques écotaxe qui partaient en fumée.

Les marges de manœuvre sont par contre considérables du côté de la dépense. Il suffit de lire les rapports de la Cour des comptes pour y trouver la plupart des pistes. Les gaspillages sont très nombreux en France avec une culture de la dépense, une absence de responsabilité quasi généralisée dans la fonction publique avec 26 jours en moyenne d’absentéisme dans les collectivités, soit juste… 4 fois plus que dans le privé. Nous avons la chance d’avoir une pyramide des âges avantageuse de la fonction publique avec de nombreux départs à la retraite dans les prochaines années qu’il ne faut que très peu renouveler. Il faut aussi inciter au départ les fonctionnaires comme a très bien sur le faire l’armée pour ses personnels à la fois militaires et civils dans des proportions considérables.

L’État et L’Europe

U. : Votre manifeste accorde une place paradoxale aux fonctionnaires. D’un côté, vous les trouvez trop nombreux, peu conscients du monde de l’entreprise. De l’autre, vous leur reconnaissez des qualités inexploitées. Quelle mutation du fonctionnariat souhaiteriez-vous ?

D.P. : Nous n’avons aucun grief contre les fonctionnaires que nous considérons comme les victimes du système actuel. Un policier me racontait il y a peu les difficultés d’exercer son métier. Les radios des véhicules ne fonctionnent parfois plus. Comment aider la population si les outils indispensables à leur protection de fonctionnent pas

 Nous dépensons 30 milliards de plus que l’Allemagne pour notre système éducatif, mais payons nos enseignants 20 % de moins

Nous savons que les fonctionnaires français sont souvent des travailleurs engagés dans leur mission qui ont souvent un vrai sens de l’intérêt général, supérieur à celui que l’on trouve dans beaucoup d’autres pays. Ils constituent même à titre individuel un atout pour la France. Ce n’est donc pas leur travail qui est remis en cause, mais une organisation archaïque, très centralisée, qui ne permet pas aux agents de donner le meilleur d’eux-mêmes.

Prenez le cas de l’Education nationale. À population d’élèves équivalente, nous dépensons 30 milliards de plus que l’Allemagne pour notre système éducatif, mais payons nos enseignants 20 % de moins ! Cet exemple est symbolique d’une organisation non adaptée. La gestion du personnel repose encore le plus souvent sur le GVT, le Glissement Vieillesse Technicité, soit la promotion à l’ancienneté. Or, toutes les organisations modernes ont abandonné depuis longtemps ce type d’approche. Nous voulons pour la fonction publique à la fois plus de responsabilisation et plus de reconnaissance de la contribution individuelle et collective, comme dans n’importe quelle organisation moderne. Nous voulons aussi une fonction publique plus digitale et plus souple dans son fonctionnement, qui fasse plus confiance à ses agents.

U. : Vous pestez beaucoup contre les lourdeurs de l’État français que vous souhaitez pourtant régulateur. On vous entend assez peu sur les lourdeurs normatives d’origine bruxelloise… En outre, la France mettant souvent beaucoup de temps à retranscrire les directives dans son propre droit…

D.P. : Il est bien connu que les directives bruxelloises sont largement amendées par la fonction publique française pour les rendre plus contraignantes. Nous reprochons par ailleurs aussi à Bruxelles sa production de normes excessives plutôt que de faire fonctionner les quelques politiques qui ont été mises en commun comme la lutte contre l’immigration illégale ou les programmes de co-développement à destination des pays les plus pauvres. Nous souhaitons avoir un État réaliste quant aux missions qu’il est capable d’accomplir seul. Pour le reste, nous préconisons un modèle qui a fait ses preuves dans de nombreux pays, dont la Suède, et qui consiste à confier l’exécution opérationnelle à des tiers – associations, entreprises, avec des agences publiques – dont le rôle est de piloter ces tiers et de les contrôler activement. Nous avons déjà le modèle de délégation de service public qui fonctionne plutôt bien en France, il en faut beaucoup plus.

Bonheur, bonne heure…

U. : Vous parlez de bonheur, une notion très subjective et difficile à mesurer. Et votre bonheur, à quoi tient-il ?

D.P. : Nous souhaitons surtout que les Français retrouvent une capacité à vivre ensemble, dans un pays qui a retrouvé la croissance. Mais une croissance durable et responsable qui se remet à créer des emplois et parvient à une réconciliation entre une vraie solidarité et une vraie justice sociale. Bref, un environnement qui assure la prospérité, accepte la réussite et l’encourage afin de financer des politiques de solidarité ambitieuses.

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