Dans Demain n’existe pas encore, Thierry Werts présente un premier roman à la plume soignée et d’une grande humanité. Entre secrets et non-dits… Et si l’on parvenait à se relever de tout ?

Demain n'existe pas encore

Aurore n’est pas nécessairement une jeune fille comme les autres. Sa jeunesse a été bousculée par un événement majeur. Elle a été placée dans une institution pour enfants, prise en charge par l’État suite à l’incarcération de son père pour plusieurs années, accusé de la mort de Victoire, mère d’Aurore.

Cette dernière grandit donc dans différents foyers, si peu entourée d’affection. Même si la gamine n’a pas subi de violences particulières, elle a dû apprendre à s’élever quasiment seule. Bien sûr elle communiquait de temps à autre avec son père, Akemi, qui purgeait sa peine. Entre le foyer et les ambiances glauques du parloir, sans parler du décor anxiogène du juge aux affaires familiales, Aurore ne bénéficiait pas comme d’autres gamines d’un horizon très coloré et propice aux sourires, aux périodes d’innocence auxquelles peuvent prétendre les enfants.

« Les bleus d’enfance ne s’effacent pas. Il y a dedans assez d’encre pour écrire toute une vie. »

Et pourtant, Aurore s’en sort. Elle aurait pu sombrer dans une sorte d’état dépressif chronique, mais elle choisit — peut-être parfois malgré elle —, la lumière. En partie grâce à des personnes qui décident de lui donner sa chance, une assistante sociale bienveillante et un sculpteur bourru, mais encourageant, qui a toujours pensé que l’art pouvait sauver les êtres du pire.

Les années passent. Aurore est maintenant une belle jeune fille qui ne tardera pas à vouloir s’émanciper. Elle n’est pas tous les jours d’un caractère facile, mais va de l’avant. Et quand elle s’ennuie dans un boulot, elle le quitte, comptant sur des lendemains plus enchanteurs. Les fleurs, ça la touche mais, quand ça la pique trop, elle les fuit, et son employeur horticulteur en fera les frais.
Quand elle retrouve son père à sa sortie de prison pour raisons de santé et pour bonne conduite, ces deux-là vont devoir se réapprivoiser sinon s’apprivoiser. Si Aurore aime Akemi, le passé a laissé des stigmates indélébiles et les relations se révéleront tendues. Mais toujours franches. C’est qu’ils portent un lourd secret tous les deux.

« Après tant d’années si sombres, Akemi voulait remonter les effets de la lumière et se laisser bercer par le soleil. »

Ensemble, unis et pourtant parfois distants, ils décident de monter un projet qui donnera du sens à leur présent comme à leur futur. Et l’art, encore une fois, les unira. Pour le meilleur, parfois pour le pire, souvent pour des moments singuliers mais forts…

Jean-Paul DuboisThierry Werts, dans ce premier roman, nous propose une réflexion sur les relations filiales, et plus encore sur les relations humaines. Ou quand l’inhumanité de certains gestes peut aussi expliquer une humanité mise à mal par nos comportements. Parce que nous sommes tous capables de basculer à certains moments, parce que nous sommes aussi aptes parfois à nous relever de situations destructrices. Parce que l’enfer peut être pavé de bonnes intentions. C’est aussi un plaidoyer pour la capacité à la résilience, une fenêtre d’observation sur l’enfance, sur la justice qui tente de faire ce qu’elle peut en matière d’accompagnement. Parce que l’irréversible, Thierry Werts n’y croit pas. Parce que les deuxième et troisième chances devraient exister pour tous.

Préface d’Alain Cadéo — écrivain — :

Il est toujours surprenant de constater qu’en peu de pages, on sait donner aux personnes le poids total en charge de leurs âmes blessées.
C’est trois fois rien et il y a tout.
Mais n’est-ce pas ce que Thierry Werts nomme : « allongement infini de l’instant »… ?
Comme l’écho si lancinant d’un essentiel qui nous effleure et ne nous lâche pas. La vie n’est rien qu’un peu d’irrémédiable peine noyée dans un soleil couchant. À Thierry et Akemi Nodlot.

Demain n’existe pas encoreThierry Werts. Éditions La Trace – 100 pages
Parution : octobre 2019. 18,00 €.

Couverture : © Ed La Trace – Une sombre énergie © Alexandra Duprez

Thierry Werts

Thierry Werts est un juge belge spécialisé dans la protection de la jeunesse, d’homicides et de droit humanitaire, ce qui l’a conduit à voyager en Afrique et au Moyen-Orient. Lorsqu’il n’est pas en chambre des mises en accusation où il siège désormais, on peut le retrouver sur les chemins de grande randonnée et refaire le monde avec lui dans les refuges de montagne. Son premier texte a remporté en 2013 le second prix du 17e concours de haïkus Mainichi au Japon et il a publié un recueil poétique de voyage  For intérieur en 2016 (éd. Pippa). Demain n’existe pas encore, est son premier roman. Il est empreint de la mélancolie des âmes blessées rencontrées lors de ses missions.

 

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