Le nouvel ouvrage de Yann Le Meur Délivre-nous du mal constitue une fresque historique. Elle nous plonge dans la Bretagne traditionnelle de la première moitié du XXe siècle. L’auteur s’y interroge sur le sens de l’éducation rigoriste de l’enseignement de l’époque.

 

délivre-nous-du-mal-le-meurLe frère Isidore Castonec est mort, son oraison dithyrambique prononcée. Le narrateur en profite pour ressusciter sa mémoire et rappeler au monde ce que les enfants ont eu à subir auprès de lui, et peut-être aussi d’autres instituteurs, tellement la méthode forte était alors employée pour éduquer les écoliers. L’auteur situe l’action dans la commune de Kerflour, à l’école Saint-Tudal, dans la congrégation des Frères de Ploërmel. Pour former les jeunes, leur apprendre le bon français et l’arithmétique, le frère Castonec, surnommé Torrébenn, c’est-à-dire « il nous casse la tête », utilisait la pédagogie du passage à tabac. Le héros, le petit Kolaïg, se souvient de la terreur que répandait cet enseignant, des châtiments corporels prodigués pour lutter notamment contre les bretonnismes, le mauvais français en quelque sorte.

Humilié et apeuré, le petiot se révolte et constitue un clan secret pour faire l’inventaire des brimades et combattre la violence. Mais celle-ci est trop bien ancrée dans la culture traditionnelle, soutenue aveuglément par le blanc-seing que les familles lui ont accordé. yann le meurL’époque était à la fois rustre et belle. L’écriture, réaliste, réussit à transmettre sa simplicité, en dépeignant des années merveilleuses, un âge d’or breton en dépit d’une négation de l’identité régionale par le jacobinisme républicain et des difficultés économiques dues à l’enclavement.

Le narrateur, offusqué, n’arrive pas à comprendre la méchanceté de cet homme… Il va donc aller fouiller du côté de son passé pour mieux saisir le personnage, afin de décrypter sa vraie nature – assez surprenante après coup…
Il va alors réagir, vouloir délivrer ce frère du mal. Comment ? C’est là que l’intrigue se corse, mêlant la réalité et la fiction.

yann le meurYann le Meur nous apprend à l’occasion de la sortie du livre qu’en 1965 à Châteauneuf-du-Faou son maître d’école périra après lui avoir saisi des mains son cahier de mathématiques ! Un événement vraiment intrigant, sinon exceptionnel. Est-il lié à l’épilogue du livre ? Chacun se fera son idée. L’intérêt du texte est de nous remémorer l’époque et de mettre en perspective cette dure pédagogie surannée avec l’actuelle pédagogie gentille… et désarmée.

Yann Le Meur est originaire de Châteauneuf-du-Faou. Il préside la société Ressources Consultants et exerce comme professeur associé à la Faculté de sciences économiques de Rennes 1. C’est un homme très investi dans la vie culturelle bretonne : sonneur émérite, il est à l’origine du Printemps de Châteauneuf, festival de musique bretonne.

Il a également écrit :

Sonneur, récit, Éditions Coop Breizh, 2003
Les ironies du destin, récit, Éditions Coop Breizh, 2012
Sur la braise, chroniques, Éditions des Montagnes noires, 2012

Yann le Meur, Délivre-nous du mal, Coop Breizh, 133 pages, 11,90 euros.

Dans Délivre-nous du mal Yann Le Meur s’interroge sur l’éducation bretonne was last modified: juillet 21st, 2015 by Dragan Brkic

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