Quatre nouvelles sur un même thème. Un thème dur. A tel point que l’auteur met en garde d’emblée le lecteur : « certains passages contiennent des scènes violentes ou déstabilisantes […] ce livre est déconseillé aux âmes sensibles ainsi qu’aux personnes atteintes de dépression ». Que le lecteur cependant ne prenne pas peur ! Car la lecture de ces nouvelles se révèle au final être agréable. Certes, on y parle de mort. Mais la plume de Noann Lyne – précise, affutée autant que poétique – est si belle que la mort ne fait pas figure d’abjecte compagne empresser à nous attirer à elle. Loin de là.

Bien sûr, ces histoires ne sont pas gaies. Dans chacune d’elle, la mort est là, elle rode, nous entoure, nous susurre des mots doux à l’oreille, tend la main, allume des lumières pour nous attirer à elle… Car pour certains, cette mort que le commun des mortels redoute est un soulagement, un bonheur même, un accomplissement merveilleux. On parle ici de suicide, sujet tabou encore aujourd’hui, parce que les proches, tout à leur malheur de perdre l’être aimé, se reprochent de ne pas avoir pu l’écouter, le comprendre, le sauver. Alors que pour beaucoup, c’est justement ce grand saut vers la mort qui représente l’espoir. L’auteur parle aussi d’euthanasie. On peut décider de partir, le décider de manière consciente et réfléchie. La mort alors, devient délivrance.

Ces textes sont particulièrement bien écrits et sensibles, et ne tombent jamais dans le pathos. Certains seront émus, et d’autres pourtant ne seront touchés que de loin, sans que l’émotion ne les gagne. Un peu comme si l’on regardait la mort présente dans ces lignes de haut, de loin, en tout cas étrangère à nous-mêmes (ce qui est à priori est plutôt rassurant !). Probablement que l’effet n’est pas le même sur des personnes fragiles psychologiquement, en situation de détresse affective. Quand bien même ce recueil n’est pas du tout un manifeste en faveur du suicide ou de l’euthanasie, il pourrait être perçu par des personnes fragiles comme une incitation à l’autolyse.

L’auteur aborde le thème du passage vers l’autre vie, vers un lieu d’amour mythique. Une façon pour certains d’envisager un avenir nouveau et, pour d’autres, de fuir la réalité, de refuser de s’y confronter : l’herbe est toujours plus verte dans le pré du voisin, mais là, malgré les théories (parfois fumeuses), malgré les soi-disant expériences vécues de retour à la vie, on ne sait rien. Rien de rien. Et pour l’instant, une seule chose est certaine : quand on est mort, eh bien, on est mort. Ces histoires de vie après la vie, de paradis fantastique sont-elles un leurre ? L’auteur ne répond pas vraiment à la question et laisse le lecteur libre de se forger sa propre opinion. Mais c’est l’inverse que pensent les protagonistes de ces quatre histoires, persuadés que la mort leur ouvrira les portes d’un autre monde, plus beau, plus doux, plus accueillant…

La plume de Noann Lyne est une petite merveille. Ses descriptions de la mer, du vent, des éléments déchaînés, de la Bretagne ou de la côte en généra sont réussies. On sent l’iode remplir nos poumons, le vent s’engouffrer dans nos cheveux, le varech nous caresser les pieds sous les rochers rugueux. On vit la mer comme si on y était, bien plus personnifiée que la mort dont il est question.

Délivrances de Noann Lyne, Plume Noire (30 mars 2010)127 p., 15€

Quelques extraits :

…« Longtemps, le rêve m’a transporté comme une sorcière sur un balai. Il me permettait d’escalader les airs, de fuir la chair. Enfermé en moi-même, je faisais des échappées qui m’emmenaient loin, dans des territoires frais, créés à la fois par des souvenirs et des fantasmes. »… …« J’ai écarté les paupières timidement. Elles pesaient une tonne. Il me semblait que je n’avais plus ouvert les yeux depuis un siècle. J’ai entr’aperçu une lumière aveuglante et crue, d’une tout autre nature que la voûte céleste. Celle-ci ressemblait au demi-jour ouaté qui baigne l’horizon à l’aurore. Je me suis demandé s’il fallait se réjouir ou s’alarmer »… …« C’est un lieu où la terre et la mer rivales se rencontrent, se toisent et se mesurent avant de se tourner le dos. Les bruits de la marée envahissent l’esprit. L’écho de la civilisation meurt. Il n’y a plus que la houle, le reflux des déferlantes qui perdent la vie sur les plages avant de renaître, continûment. Au bout de ce bout du monde, la terre s’oublie… ».

 

 

 

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