CYRIELLE DOZIERES NOUVELLE DIRECTRICE DU FESTIVAL COURT METRANGE

Des nouvelles de Court-Métrange. Alors que vient de se clore la quinzième édition du Festival de courts-métrages insolites & fantastiques, l’association Unis Vers 7 annonce l’élection de sa nouvelle directrice Cyrielle Dozières. Jusqu’ici organisatrice du Parcours Métrange-Exposition et membre depuis 5 ans du Comité de Sélection du Festival, elle vient succéder à Hélène Pravong, co-fondatrice avec Steven Pravong et directrice du festival depuis 2004. Rencontre avec Cyrielle pour en savoir plus sur elle et l’avenir du Festival.

court métrange
Cyrielle Dozières, nouvelle directrice du Festival Court Métrange

Après un Master recherche en Histoire de l’Art et un second en études cinématographiques, Cyrielle Dozières a commencé à travailler pour Lendroit éditions en tant qu’administratrice et coordinatrice (2014). « Au même moment, j’ai rencontré la team Court Métrange. Nous sommes d’abord devenus amis et malheureusement pour eux, je suis fan de cinéma de genre ! » Elle a rapidement pris en charge le Parcours Métrange Exposition, elle a également intégré le comité de Sélection du festival avant d’être élue à la direction de celui-ci…

Unidivers : Quelles sont les retombées de la quinzième édition du festival ?

Cyrielle Dozières : Le festival vient de se terminer donc les bilans ne sont pas encore faits, mais le retour est extrêmement chaleureux, avec énormément de séances complètes, comme les années précédentes. On a eu la joie d’être face à un public conquis d’avance avec une confiance totale en notre festival. Résultat de quinze années de travail encore une fois.

Le changement de lieu a été le grand virage de l’année. C’était nécessaire en termes de capacité d’accueil. L’événement devenait de plus en plus gros. La collaboration avec le TNB pendant 7 ans a été super, mais il fallait un lieu un brin plus grand, la proposition du Gaumont était alléchante de ce point de vue… pouvoir multiplier les accueils/séances scolaires par exemple. De notre côté on est ravi de la façon dont on a été accueilli. La mise en place de la billetterie en ligne a réglé le gros problème des séances complètes.

« Des gens ont pu réaliser le Grand Chelem en assistant à toutes les séances, de la première séance du jeudi jusqu’au dimanche soir »

On va se vanter un peu, mais du côté des collaborateurs, du jury ou des invités, le retour a été élogieux. On est souvent remercié pour notre professionnalisme, allié à une ambiance détendue. Ce qui, d’après eux, est assez rare.

« On est quand même une grande bande de fous, fans de cinéma de genre, mais souvent félicités pour le professionnalisme qu’on a. »

Niveau programmation nous sommes ravis du cru 2018 : une très belle progra avec des propositions innovantes. Le travail du jury a été extraordinaire et a proposé un palmarès avec une cohérence brillante, des genres diversifiés, des choix osés, pas trop consensuels et une réelle mise en avant de projets intéressants. Comme chaque année, le jury a été brillant, présidé par Fabrice Du Welz, dont la présence a été une grande fierté, et Fabrice Frizzi, compositeur de musique de film qui a beaucoup travaillé avec Lucio Fulci – un des grands réalisateurs en ligne de mire pour nous cette année, la thématique étant le cinéma italien des années 60 à 80. C’était un plaisir d’accueillir une des grandes figures de ce cinéma-là. Tous les membres du jury ont formé une super équipe.

Unidivers : Comment s’est faite votre « ascension » jusqu’à la direction ?

Cyrielle Dozières : On m’a d’abord proposé de devenir vice-présidente, il y a trois ans, afin d’augmenter le bureau. Deux secrétaires et une vice-présidence ont été choisis, la présidence étant toujours assurée par Steven Pravong, co-fondateur du Festival, qui a un rôle très fort… L’équipe s’est dit qu’une petite minette qui l’embêterait sur pas mal de trucs serait pas mal (rires) et que ça apporterait une nouvelle dynamique au bureau. À partir de là, je suis entrée assez clairement dans l’équipe de direction de façon générale.

Hybrids de R. Thirion, F. Brauch, M. Pujol, K. Tailhades, Y. Thireau (2017 • France • 6’22)

Unidivers : Comment succéder à Hélène Pravong, co-fondatrice et directrice du Festival pendant 15 ans ?

Cyrielle Dozières : Après 15 ans avec Hélène à la barre, certains points seront repensés, je ne peux pas travailler comme elle – je n’ai pas co-fondé le festival, je ne l’ai pas vu grandir. J’arrive à un moment où le festival est déjà bien lancé, bien ancré. Hélène laisse un festival en bonne santé, le public suit et les partenaires aiment notre façon de travailler. Il a besoin de franchir un niveau supérieur pour continuer dans cette dynamique. On va garder ce qui fonctionne et ajouter un peu de ma sauce aussi : la manière dont j’aime travailler, l’encadrement des équipes, etc.

Ça risque d’être une année très intense, mais j’ai déjà hâte de commencer. Une relation amicale très affective s’est créée avec l’équipe au fil des ans. C’est ce qui fait la richesse de notre travail. C’est pourquoi malgré ces nouvelles fonctions, le changement n’est pas total. Je vais beaucoup plus travailler (rires), mais je connais déjà bien tous mes collaborateurs. Donc, aucune peur de ce côté-là.

« C’est un honneur que l’on m’ait voulu à ce poste »

RENNES COURT MÉTRANGE 2017

Unidivers : Où se situe selon vous la marge d’évolution du festival sur les prochaines années ?

Cyrielle Dozières : C’est un projet à penser ensemble, de manière collective avec les adhérents du festival, notre C.A, le bureau, etc. Après 10 à 15 ans d’existence, on constate que les événements associatifs : soit franchissent un palier en termes de public, de financement, d’activité ; soit commencent à s’essouffler lentement. Chaque année nous tapons un peu plus sur le plafond d’au-dessus… Le festival arrive à ce virage et je pense qu’il peut passer un cran au-dessus !

C’est un cran évidemment financier, il faut pouvoir augmenter la masse salariale et les propositions artistiques (plus de séances, d’invités, de partenariats, de plus longues expos, etc.). On est actuellement limité par nos moyens humains. Avec un seul poste salarié, les objectifs sont difficiles à tenir et le palier difficile à franchir. L’ambition n’est pas d’être le nouveau Cannes, mais de prendre un nouvel élan afin de développer ce qui est déjà mis en place et également se stabiliser, arrêter de se demander tous les ans si notre budget nous permettra de réaliser une nouvelle édition. C’est fatigant au bout de 15 ans.

salle ciné court métrange

Unidivers : Sur un événement de cette taille, comment expliquer qu’il n’y ait qu’un seul poste salarié ?

Cyrielle Dozières : Manque de sous. Il faudrait demander aux collectivités territoriales (rires). Nous nous posons également la question. Peu de festivals rennais travaillent avec une seule personne salariée au SMIC horaire. Si on avait un seul poste payé 3000€/mois ce serait un choix de notre part, mais à l’heure actuelle il s’agit d’un seul poste difficile à maintenir, payé le minimum légal dans le droit du travail français.

Unidivers : Serait-ce parce qu’il s’agit d’un festival de cinéma de genre ?

Cyrielle Dozières : C’est possible. C’était un gros défi pour Hélène et Steven il y a 15 ans de créer un festival afin de rendre ses lettres de noblesse au cinéma de genre. C’était déjà le cas en Espagne, aux États-Unis, au Royaume-Uni, au tour de la France de se réveiller sur ces questions. L’héritage de la Nouvelle Vague a également catalogué le cinéma de genre comme du sous-cinéma. Le cinéma de genre est aujourd’hui salué par la critique donc les subventionnements publics sont de moins en moins un problème.

Depuis quelques années, les gens prennent conscience qu’il ne se résume pas à du divertissement. Le travail effectué avec le festival a également montré aux différents territoires publics que Court-Métrange ne se résume pas à montrer des films de vampires pour amuser la galerie. C’est de moins en moins difficile, mais ça reste une interrogation. S’il s’agissait d’un festival de cinéma documentaire, d’auteur – qui soit dit en passant un terme qui n’a aucun sens, un réalisateur est toujours un auteur – les choses seraient-elles plus simples ? Il n’est pas vraiment possible de le savoir, mais ça ne nous a pas toujours aidés.

Le mécénat privé est compliqué aussi. L’association défend ce discours depuis 15 ans et continuera de le faire. Les entreprises ont parfois du mal à associer leur image à un festival de cinéma de genre. Elles restent interrogatives et assimilent parfois Court-Métrange à un festival de cinéma d’horreur alors que ça n’a jamais été le cas.

« Le cinéma de genre se bat encore pour légitimer ses droits en tant que cinéma intelligent avec des problématiques sociétales qui véhiculent énormément de messages »

La question politique entre également en jeu. Toutes les associations, structures, événements culturels du territoire ont les mêmes interrogations sur la répartition des budgets. L’association Unis Vers 7 n’est pas la plus à plaindre, nous sommes soutenus et c’est déjà une chose, mais effectivement l’association est border-line à chaque fin d’année. Je suis convaincue qu’un événement de ce type apporte une richesse culturelle significative sur le territoire rennais, le département Ille-et-Vilaine et la région Bretagne. Il constitue un inédit rennais et à ce titre, il mériterait d’être plus soutenu et porté afin de travailler dans de meilleures conditions, avec plus de sérénité. Dans tous les cas, l’association fait le pari que quoiqu’il arrive « the show must go on », mais une masse salariale plus développée serait méritée. Nous sommes chanceux, car le festival arrive à générer des fonds propres, le public est toujours au rendez-vous. Toutefois, c’est à peine subsistant pour tenir un poste.

tim roosen
Exposition Parcours Métrange 2018, Un rêve jaune

Unidivers : Des envies personnelles particulières pour la suite du festival ?

Cyrielle Dozières : Il faut savoir que chez Court Métrange nous sommes tous bénévoles. Seuls les grands passionnés et aficionados du sacrifice humain peuvent se lancer dans ces projets-là. Nous formons une très grosse équipe qui travaille toute l’année sur la mise en place de l’événement. Il y a une direction artistique, mais l’organisation reste extrêmement collégiale. Une seule personne au sommet ne donne pas les directives – nous ne fonctionnons par sur le principe d’une chef suprême (rires). L’unique poste de salarié, que j’occuperai désormais, signifie être la seule à effectuer un temps plein, donc inévitablement cela signifie prendre des décisions quand quelqu’un doit trancher.

équipe court métrange
L’équipe du festival Court-Métrange

Parmi les questionnements à poursuivre, il y a celui de l’accessibilité, un héritage d’Hélène que je prends très à cœur de poursuivre. Les séances et événements sont accessibles à tous les publics : séances audiodécrites, des conférences signées, le FALC (Facile à Lire et à Comprendre) dans le cadre de l’exposition explique en des termes simplifiés avec des pictogrammes qu’est-ce qu’une exposition et une œuvre d’art. En première voie, il est destiné aux personnes en situation de handicap intellectuel, mais pas seulement. Il peut venir en aide aux non-francophones, aux enfants en bas âge… Tout ceci était un petit défi d’Hélène que l’on va poursuivre, ne serait-ce que par respect pour le travail qu’elle a mis en place.

portrait dario
Fabrice du Welz, président du jury 2018

D’autres projets me tiennent réellement à cœur comme l’internationalité du festival. Court Métrange est inscrit sur un échiquier européen très important et j’aimerais que l’on continue à développer cette dimension, notamment avec les cartes blanches proposées aux autres festivals de la fédération, que nous puissions nous déplacer davantage afin de rencontrer différents interlocuteurs, mettre en place beaucoup plus de partenariats, accueillir davantage les représentants de ces autres festivals européens voire internationaux… Beaucoup de festivals aux États-Unis par exemple travaillent sur le fantastique, tout comme au Canada et en Asie. Le développement à l’international constitue un axe important pour nous : c’est mettre en dialogue Rennes – petite ville de province, mais au final grosse capitale bretonne – avec d’autres villes à l’étranger avec les mêmes thématiques et leur propre réseau de réalisateurs.

« Les échanges entre Rennes et le reste du monde représentent selon moi un point important à développer dans les éditions futures »

Sans grosse rupture artistique pour l’année prochaine, je vais essayer de poursuivre et développer des axes de travail que l’équipe a commencé à effleurer comme la présentation de longs-métrages. Notre corps de métier est et restera le court-métrage, mais pourquoi ne pas déployer cette idée de manière ponctuelle comme un clin d’œil afin de montrer les liens entre le long et le court-métrage. Ils sont à mon sens hyper riches pour la réflexion et la proposition à apporter au public. Tous les réalisateurs sont passés par le court-métrage, ce cheminement est intéressant à développer. Qu’il s’agisse de découvrir les premiers courts-métrages réalisés en début de carrière ou de poursuivre dans cette dynamique de focus sur des réalisateurs (comme cette année, le focus Dario Argento), montrer des remakes ou des films remastérisés. Ou pourquoi pas montrer un long-métrage avec en début de séance des courts-métrages, une grande tradition qui s’est perdue et qui serait intéressante de repenser.

Focus Dario Argento Festival Court-Métrange 2018
Suspiria (1977), film de Dario Argento

Unidivers : Quand a été prise la décision de votre succession à la direction de Court-Métrange ?

Cyrielle Dozières : Très récemment, juste avant le festival.

Unidivers : Cette édition a dû être assez spéciale…

Cyrielle Dozières : Hélène Pravong est une amie de longue date donc c’était une édition très particulière, remplie d ’émotions. Je l’ai vu mettre en place sa dernière édition, avec beaucoup de fierté et de plaisir. C’était émouvant pour toute l’équipe. Je ne suis pas sûre que tout le monde se soit rendu compte que c’était sa dernière…

MENHIR CHAMP DOLENT
Hélène Pravong, co-fondatrice du festival Court Métrange

Unidivers : Elle a rendu son tablier pour tout ce qui touche au festival ?

Cyrielle Dozières : On lui avait proposé de rentrer dans le CA, mais elle a refusé afin de prendre ses distances. C’est une approche très sereine et élégante. Garder un pied dedans serait, je pense, très compliqué pour tourner totalement la page. Quand on a été aussi présente sur un projet, il est nécessaire de faire son deuil dans un premier temps… elle restera une très grande amie et dans deux trois ans, quand elle aura pris le temps d’avancer sur d’autres projets, j’espère bien l’intercepter (rires) notamment sur la question de l’accessibilité. Elle peut rester une grande ressource pour nous donc on verra comme cela va se développer.

Unidivers : Confiance totale envers le successeur donc ?

Cyrielle Dozières : Complètement, mais l’équipe en général est assez sereine sur le sujet. Ce sera une très grosse année, mais je suis très fière de reprendre le flambeau et très contente de ma relation avec les membres de l’équipe. On vit le départ d’Hélène avec émotion, mais on est ravi du chemin qu’elle prend. L’association sort forte de cette dernière édition donc aucune inquiétude à l’horizon. Crevés, mais hâte de s’y remettre ! Ce virage symbolique est renforcé dans la mesure où des appels à bénévoles vont être relancés afin d’agrandir l’équipe. Il y a pas mal de postes en interne que j’ai envie de repenser, de refonder, créer de nouvelles équipes sur certains axes de travail. De nouvelles personnes vont rentrer dans notre équipe et dans notre conseil d’administration.

On va profiter de cette transition pour mettre les choses à plat, revoir le fonctionnement global et la manière dont on peut optimiser, se renouveler et avancer. Bien que le festival restera dans la continuité de ce qu’il est, un nouveau cerveau et un nouveau visage à ce poste va entraîner des changements sans que l’on ne maîtrise quoique soit, car comme je l’ai dit précédemment, il s’agit de l’unique poste salarié. Augmenter la masse salariale fait également partie des axes de développement sur lesquels il est nécessaire de réfléchir. Un seul poste c’est énormément de travail pour un événement de cette envergure.

Unidivers : Merci Cyrielle. Pour finir, un film ou un réalisateur à conseiller ?

Cyrielle Dozières : Le remake de Suspiria par Luca Guadagnino (14 novembre en salles). J’ai récemment vu Ghostland de Pascal Laugier, un réalisateur français incroyable, un maître du cinéma de genre. Son cinéma est d’une intelligence incroyable, il est brillantissime !

cyrielle dozières

Entretien et article réalisés par Bastien Michel et Emmanuelle Volage.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom