C’est une mise en scène osée et, malheureusement, pas réussie en tous points que Dominique Pitoiset nous offre pour dépoussiérer le chef-d’œuvre de Rostand, Cyrano de Bergerac.

L’ambiance est médicale. Il n’y aura qu’un seul décor tout au long de la pièce : une pièce carrelée de blanc aux meubles de métal froid et aux néons qui agressent les yeux. Une chambre d’hôpital. Psychiatrique, semble-t-il. Tant pis pour la vraisemblance… on y fait du théâtre, de la pâtisserie, la guerre.

Les limites sont brouillées. Si dès le début du spectacle, on a envie de crier au scandale, on finit par douter. Seraient-ils tous fous dans leurs joggings graisseux ? Toute la pièce n’est-elle pas, au fond, un délire commun ? Bipolaire, Cyrano ? Un peu arriéré, le vicomte de Valvert ? Malade, de Guiche, avec ses saluts nazis ? Malades aussi, tous les autres ? Petit à petit, une certitude se forge : ils le sont. Ce n’est qu’à partir de ce constat, qui met un peu de temps à s’élaborer, qu’on entre vraiment dans le spectacle.

La maladie mentale s’accompagne d’une violence inouïe. Le « duel qu’en l’hôtel Bourguignon monsieur de Cyrano eût avec un bélître » ne se fait pas à l’épée – elle a disparu, et ne semble être qu’un fantasme du protagoniste – mais aux poings. Et le sang coule… et à la fin de l’envoi, Cyrano touche au visage, avec un fer à repasser brûlant.

La pièce embrasse ses sautes d’humeur, et le rythme les accompagne. On a donc un rythme très inégal, jouant aux montagnes russes. Le texte est coupé allègrement, et pourtant le spectacle est à peine moins long que sa durée habituelle avec le texte complet – preuve de certaines longueurs interminables…

La distribution n’est pas en reste du point de vue des inégalités. La plupart des acteurs, en effet, « soulèvent avec des han ! de porteur d’eau, le vers qu’il faut laisser s’envoler », beuglant sans aucune mesure ni subtilité, traînant loin derrière un Philippe Torreton qui épouse et intègre parfaitement la mise en scène. Le comédien semble fait pour elle. Il n’est cependant pas le seul. Daniel Martin est excellent en Guiche, jouant une folie sérieuse délicieusement décalée. Maud Wyler en Roxane se démarque aussi, très touchante lors de la scène du balcon (lequel est en fait remplacé par un écran géant et une conversation par Skype, terriblement efficace d’un point de vue scénique).

Si la pièce commence un peu laborieusement, elle atteint progressivement son rythme de croisière et livre de très belles scènes dont l’émotion ne laisse de marbre aucun des spectateurs. La douce folie des personnages révèle tellement leur humanité profonde qu’on ne peut y rester totalement insensible. Même si l’on n’aime pas nécessaire l’esthétique générale du spectacle.

Minyu

Il y a quinze ans, je suis née ; il y a neuf ans, j’ai appris à lire ; il y a quatre ans, j’ai été pour la première fois au théâtre… Ce que j’y ai découvert a changé ma vie : le bonheur que procure un bon spectacle. Comme ce jour a aussi marqué le début de ma propre sensibilité artistique, depuis, pour apaiser mon inextinguible soif d’art dramatique, j’écris. J’essaie du mieux que je peux de donner mon avis sur les pièces que je vais voir, en espérant amener ceux qui me lisent à s’y rendre eux aussi…

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