Parmi toutes les célébrations qui se succèdent (la femme, le Rwanda, la guerre 14-18, les maladies de ceci et de cela…) il en est une qui échappe au ressassement des médias, c’est la cristallographie. Ouatizite ? Voici l’occasion de remettre les montres (à quartz) à l’heure avec l’Université de Rennes.

crucifixion, cristallographie, rennesAvec 29 prix Nobel décernés dans ce domaine, la cristallographie est à la base de toute étude scientifique de la matière depuis plus d’un siècle. Il était pertinent que les Nations Unies proclament 2014 année internationale de la cristallographie. Marie-Aude Lefeuvre, la dynamique responsable du Diapason (service culturel de Rennes 1 sur le campus de Beaulieu) a « voulu rebondir sur cette thématique pour croiser l’art et la science et faire découvrir les multiples applications de cette discipline majeure ».

crucifixion, cristallographie, rennesPremière (bonne) idée : associer les étudiants du MAGEMI (master de mise en valeur des ouvres d’art et des objets ethnographiques et techniques) de Rennes 2 à la scénographie de cette expo. Dans l’intitulé de l’option, il y a « technique ». Aïe, le gros mot ! Qu’est-ce qu’ils y entravent, ces braves étudiants de Rennes 2 à la technique ? Pour pallier à leurs probables lacunes, un jeune (et surement brillant) maitre de conférence en physique a été mandaté pour un rapide briefing aux sciences : avec son look romantique et sa gentillesse, Laurent Guérin a su motiver son auditoire, mais avoue qu’il « partait de loin ». Plusieurs autres universitaires (titulaires de diplômes dont le commun des mortels ne soupçonne même pas l’existence) ont œuvré à la compréhension de ce sujet a priori pas très glamour.  Et çà, marche ! À en juger par la foule présente au vernissage. Même Pierre Bazantay (vice-président de Rennes 2 en charge de la culture) l’a apprécié, saluant dans son discours « la première brique de rassemblement de Rennes 1 et Rennes 2 »  par l’intermédiaire d’une discipline « créée au XVIIIe siècle par Jean-Baptiste Louis Romée de l’Isle, minéralogiste ». Voilà un premier indice.

Entrez en matière

annees_cristallographieIl y a donc du minéral dans le sujet.  Ah, les cailloux et leur pouvoir! Le béotien se souvient peut-être que Jules Verne « s’imaginait voyager à travers un diamant creux, dans lesquels les rayons se brisaient en mille éblouissements » dans son Voyage au centre de la Terre.

Diamonds are forever, Marylin Monroe et James Bond le confirment. Mais ne nous contentons pas des paillettes… ou entrons dedans ! La diffraction du cristal s’apparente à l’abstraction. Pas étonnant que l’esthétique des molécules inspire des artistes (tel l’Américain Steve Miller) car « la création artistique cherche naturellement à se renouveler là où l’inventivité s’impose, d’où sa rencontre avec la création chimique » (Jean-Pierre Mohen, in Techné n°7, 1998).

Plongez dans le lichen

crucifixion, cristallographie, rennesPlonger ? Dans ce minuscule truc dont on remarque à peine la présence ? Symbiose d’un champignon et d’une algue ou d’une cyanobactérie, il est un écosystème à lui tout seul et passionne les scientifiques. L’un d’eux, le professeur rennais Henry des Abbayes (1898-1974) en avait constitué un herbier de 13000 spécimens reconnu comme référence internationale. Cette collection, hyper fragile, n’est présentée qu’en de rares occasions. Dans un registre contemporain, l’artiste new-yorkaise Elizabeth Demaray, utilise le lichen comme d’autres des pigments pour investir les champs de l’éco-art ; elle réalise d’incroyables « lichaffiti » – néologisme avec lichen et graffiti – pour reverdir la ville.

Crucifixion

crucifixion_rennesVous connaissez le tableau de Jacques Jordaens (1593-1678) conservé au musée des Beaux-Arts de Rennes ? Le Flamand n’était pas cristallographe, mais cette technique a contribué à la restauration de l’huile sur bois du XVIIe s. en remplaçant l’étude macroscopique des cristaux par des méthodes d’investigation qui déterminent la structure atomique de la matière. Le procédé dévoile la réalité au-delà du visible.

L’éthylo-test de l’améthyste

Dans la petite salle vitrée, un panneau résume l’approche des cristaux depuis la Préhistoire à nos jours. On y découvre qu’au Moyen-Age, l’évêque Marbode de Rennes attribuait une « vertu » propre à chaque pierre. Selon lui « l’agate donne une bonne vue, l’émeraude sert aux devins. Quant à l’améthyste, elle évité l’ébriété ». Ne reste plus qu’à piquer la bague de la grand-mère pour pouvoir reprendre le volant après la sacro-sainte beuverie du jeudi soir !

Jusqu’au 13 juin 2014. La Diapason, campus de Beaulieu, Université de Rennes 1. Du lundi au vendredi de 9h à 20h. Entrée libre et gratuite (conseil d’Unidivers : allez-y en fin de journée et prolongez par un pot au soleil couchant à l’agréable terrasse qui longe le bâtiment)
Téléchargr le programme ici

 

Crédits photos :

Lichen des Abbayes : Comparaison de lichens,la référence de l’herbier des Abbayes
crédit CNRS photothèque/Kaksonen
Cristal rhomboédrique de Dioptase Namibie Coll Musée de géologie université de Rennes1 crédit MAGEMI
Tableau Jacques Jordaens, Crucifixion, début des années 1620, huile sur bois Rennes, musée des Beaux-Arts, tableau après restauration, Jean-manuel Salingue
Natzaret Sindreu, Lichen (détail) crédit Natzaret Sindreu www.tortuebcn.com
Tableau Jacques Jordaens, Crucifixion,photographie en lumière rasante avant restauration crédit C2RMF

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l’écriture (presse et édition), à l’enseignement (culture générale à l’ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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