Pendant le confinement, le réseau Couturières solidaires 35 a permis la distribution de 4 000 masques en Ille-et-Vilaine. Aujourd’hui, le projet évolue et devient les Couturier-es masqué-es, un projet porté par l’entreprise Élan Créateur. Toujours aussi solidaire l’équipe propose des masques durables et écologiques issus de l’Économie Sociale et Solidaire ! Coordinatrice du projet, Marine Prevert répond aux questions d’Unidivers.

couturieres masquees rennes
Marine Prevert

Unidivers – Avant de coordonner Couturier-es masqué-es, vous gériez la coordination du réseau Couturières solidaires 35, un projet qui a essaimé un peu partout en France au moment crucial de la crise.

Marine Prevert – Ce projet qui encourageait la création bénévole de masques et de visières s’est monté naturellement sur les réseaux sociaux. De la même manière, le mouvement des Couturières solidaires s’est créé spontanément afin de répondre à une forte demande.

Après le sentiment d’impuissance des premiers jours, toutes les personnes avec des compétences en couture ont eu conscience de l’aide qu’elles pouvaient apporter et ont voulu aider à leur « mesure ». Chacun a pris de son temps et a voulu mettre ces compétences au service d’une même cause. Les professionnel.le.s ont également participé aux réseaux de solidarité, ne serait-ce qu’en mettant les matières premières à disposition.

Unidivers – Au total, combien de masques en tissu ont distribué les Couturières solidaires ?

Marine Prevert – Le projet se termine cette semaine, mais la production s’élève à environ 4000 masques en Ille-et-Vilaine. Et il ne faut pas oublier les autres projets nés indépendamment dans plusieurs villes de France et de Bretagne – Rennes, Saint-Malo, etc. Ce travail est totalement invisible, mais a permis la réalisation et la distribution de milliers de masques.

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Unidivers – Les Couturieres masquées semblent prendre le relais des Couturières Solidaires. Quel est le principe ?

Marine PrevertCouturières Solidaires s’est créé dans un élan de solidarité nationale afin de pallier à un manque criant. Des aides à domiciles ou salariés en EHPAD nous appelaient, démunies face à l’impossibilité d’obtenir des masques.

Avec l’arrivée des masques il y a peu, la problématique a changé. Les soignants ont plus facilement accès aux masques qu’au début de la crise. Parallèlement aux masques donnés par l’État, le grand public va devoir se fournir et malheureusement les couturières ne peuvent continuer à produire bénévolement… La solidarité des professionnel.les et des couturier.es particulier.es a été très forte pendant cette période, il est maintenant possible de les remercier en achetant leur production afin de leur permettre de vivre de leur travail.

Le projet est porté par l’entreprise de l’Économie Sociale et Solidaire Élan Créateur dans laquelle je suis moi-même sociétaire. Tout le monde au sein de la structure a accepté de prendre ce risque économique et humain. Au-delà des associations, il existe des entreprises à l’éthique sociale et solidaire qui savent se mobiliser en temps de crise. Dans une situation exceptionnelle, elles restent sur le qui-vive afin d’aider comme elles le peuvent.

On se pose beaucoup de questions sur le monde dans lequel on vit et beaucoup de structures permettent de créer un autre monde. C’est chouette de voir à quel point ça fonctionne. L’ESS n’est pas une utopie ou un fantasme, mais une réalité économique qui a fait ses preuves.

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Unidivers – Combien de couturier.es, professionnel.les ou amateur.rices, se rassemblent derrière Couturier-es masqué-es ?

Marine Prevert – Pour le moment, le réseau est principalement professionnel afin de répondre à un gage de qualité. Sans avoir forcément le statut de couturier.es, les particulier.es intégré.es au projet possèdent une formation de couture avec les compétences requises afin de proposer des produits de qualité. La majorité des créateurs et créatrices qui ont participé au projet Couturières solidaires continuent avec les Couturieres masquées. Le projet rassemble une trentaine de personnes pour l’instant et environ 70 sont sur une liste d’attente. Nous avons anticipé une petite production en amont, mais nous ne pouvions pas faire de gros stocks sans être sûres de l’évolution du projet.

Être dans un collectif rassure les professionnel.les, car il est difficile de se réinsérer dans une production lucrative avec la création de masques en tissu. Ils et elles ont été solidaires pendant deux mois, mais a contrario, sont victimes d’une grande violence aujourd’hui : insultes sur les réseaux sociaux, alpague dans la rue ou coups de fil anonymes… Malheureusement certains ne comprennent pas pourquoi ils veulent désormais être rémunérés pour leur travail. Ces comportements vont peut-être s’atténuer, j’espère, mais les professionnel.les vivent très mal la situation et ne veulent plus concevoir de masques. Beaucoup considèrent la gratuité des masques comme une normalité, mais il s’agissait d’un cas précis et comme tout le monde, elles doivent travailler… Ce harcèlement les fait culpabiliser.

Les artisans ne sont pas les mieux payés et les couturières ne peuvent pallier à un choix politique qui est la vente de masques. Les créatrices en mode enfant sont par exemple conscientes que les vêtements ne seront pas la priorité. Elles doivent rebondir en s’adaptant à la situation.

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Unidivers – Les masques sont réalisés en tissu biologique et le prix varie entre 7€50 et 13€. Comment est établi le prix de vente ?

Marine Prevert – Le prix de vente est le plus bas de ce que la production en France peut proposer. Le masque blanc simple coûte 7€50 afin qu’il soit accessible au plus grand nombre et le masque couleur est légèrement plus cher (8€50). Chaque semaine, les couturières proposent un masque solidaire à 13€ avec des couleurs ou motifs originaux. Pour un masque solidaire acheté, les Couturier-es masqué-es s’engagent à donner un masque à une association.

Devoir acheter des masques reste un budget pour certaines familles. On a créé un réseau de solidarité avec les Couturières solidaires pendant le confinement et aujourd’hui on se professionnalise, mais ce n’est pas pour autant que nous ne sommes plus solidaires. Cet aspect reste très important pour nous. Alors si les gens veulent participer et peuvent se le permettre, ils peuvent acheter un masque solidaire et aider ceux qui en ont besoin. Avec ce système, les couturier.es continuent d’être payées pour les masques qui vont être donnés.

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Unidivers – Les premières ventes ont-elles révélé une volonté de rester solidaires au-delà du confinement ?

Marine Prevert – Depuis qu’on a lancé la vente sur le site, ce dispositif fonctionne assez bien. On est plutôt contents des premiers retours, car on va pouvoir continuer à distribuer des masques avec l’aide des gens. La crise a peut être permis cette prise de conscience, beaucoup semble se dire « je peux me permettre de mettre un peu plus ». Les familles achètent un lot de masques en intégrant de manière presque naturelle un masque solidaire. Par exemple, cette semaine nous proposons un masque enfant avec des motifs.

Les masques vont devenir des objets que l’on porte au quotidien. Les gens doivent se les approprier. Sans vouloir être à la pointe de la mode, on a tous envie de porter quelque chose qui nous plaît et qui est plus facile à porter qu’un masque chirurgical.

Unidivers – Pendant le confinement, les médias ont notamment montré des images de masques jetables sur les trottoirs, dans les rues… Les masques sont considérés comme « les nouveaux déchets ». Peut-on constater une envie de s’orienter vers un produit plus écologique ?

Marine Prevert – Personne ne sait réellement vers où on va… Le covid-19 reste encore un grand inconnu qui sera probablement difficile à appréhender totalement. Beaucoup d’épidémiologistes parlent de six mois, un an ou un an et demi avant de trouver un vaccin ou des traitements fiables. En considérant que l’idéal est de porter trois à quatre masques par jour, le nombre de déchets à venir risque d’être astronomique, d’autant plus que les ventes de masques ont explosé dans la grande distribution.

On est dans l’ère du tout jetable alors qu’au-delà de la crise sanitaire, cette épidémie a également montré que le tout jetable pose problème. On a beaucoup entendu parler du problème de réapprovisionnement en masques, en sur-blouses et en calottes de bloc dans les hôpitaux. Quand la production étrangère est bloquée à l’autre bout du monde, la France se retrouve démunie alors qu’il y a une vingtaine d’années, les hôpitaux possédaient des blanchisseries afin de laver les vêtements de travail. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Le tout-jetable a un intérêt sanitaire évident, mais la crise que l’on traverse montre de manière flagrante qu’il ne doit pas être généralisé, surtout à l’ensemble de la population.

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Unidivers – Comment vont se mettre en place les dons pour les associations ? Avez-vous déjà des pistes ?

Marine Prevert – C’est toujours difficile de choisir (rires). Il va falloir identifier les structures qui ont le moins d’accès aux masques, celles qui ont reçu des aides du département ou de la ville, etc. Nous n’avons pas encore décidé à qui nous allons offrir nos masques, mais quelques pistes se dessinent. Nous en choisirons certainement plusieurs, il nous sera impossible de n’en choisir qu’une.

Unidivers – Je vous remercie Marine Prevert.

 

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