Après le premier jour vint… le deuxième jour. Thierry Jolif nous le décrit… en s’installant en son sein. Au sein du jour… émerge la voix de Ladylike Lily. Comme une aurore qui n’a pas encore lui.

Prenons, s’il vous plaît, les choses à l’envers, puisque Court-Circuit court-circuite.

Rendez-vous était pris, donc, au « pied du BH1 ». Tout un programme… poétique. La brise, le soleil, les rires et jeux des enfants qui glissent entre les tours d’un « tout nouveau » quartier d’une ville un peu âgée, un peu (trop) sereine. D’une ville « qu’en a vu », « qu’en a entendu » des hurluberlus chantants et grattant leurs guitares…

Celle de Ladylike Lily possède cet instinct d’animation nourri d’une grâce à la fois ferme et indécise… Au bout de deux jours et de six concerts, les mélodies sont ancrées dans vos oreilles. Mine de rien, elles se fredonnent toutes seules à votre oreille interne… Mine de rien, elles bourdonnent en vous, en quête de quelque chose qui pourrait faire du miel. De l’enfance, toute l’enfance avec son innocence comme son insolence. Et puis aussi de l’adulte, avec son ironie et sa nostalgie errante. Alors là, sous la brise qu’irise le soleil d’un mai qui, à son mourir, s’ensoleille enfin entre quelques bâtiments chaleureusement neufs…

Voilà, ça roucoule, ça berce, ça mélodise l’air qui lentement s’échauffe… Alliance verte, or lumineux, et béton. Tout répercute. Et les cris des bambins aussi, les mélopées à la fois chaudes et sépias, tendres et lointaines de l’elfique Oriane en déguisement de fille « de son âge » entourée de ses acolytes et rieurs sonneurs…

Plus avant dans le temps, ce fut tout autre échappé. Dans le cadre un peu froid et roide du restaurant d’entreprise Erdf/Grdf, rue Monselet à Rennes, nos trois jeunes musiciens ne ressemblaient plus qu’à ça… Trois jeunes musiciens posés là dans le cadre froid d’une pause déjeuner de mi-journée. Dans le bruit des verres et des couverts. Des conversations et des yeux ouverts qui n’en ont qu’après le contenu des assiettes. Dur de s’affirmer…

La légèreté est de mise. Les mélodies ne forcent personne, et les musiciens le savent. Jouer, même pour deux ou trois. Beauté et qualité se fichent de l’affiche, se fichent du « nombre ». Une école d’humilité ? Peut-être bien… Mais faire miroiter dans le ciel d’effluves culinaires d’un restaurant d’entreprise quelques harmoniques hirondelles moirées d’une scintillante nostalgie, ce n’est pas rien !

Quelques visages s’illuminent au-dessus des reliefs d’un repas. Certains s’en vont – réponse automatique à l’horaire matraqueur des journées ordinaires. D’autres ressentent plus loin ces instants, des instants comme qui vont et viennent en eux – vagues floues aux rythmes hypnotiques, singulières comme une voix qu’ils craignent de ne réentendre jamais. Une voix qu’il faut saisir et blottir contre soi. Ne serait-ce qu’une minute, au mitan de la fin d’un repas… On regrette que ce ne soit pas tous les jours Noël…

Dans l’équipe, personne ne baisse les bras. « On » sait pourquoi on est là. Prime la musique. Prime cette initiative exaltante qui, comme toute vraie initiative, se doit d’affronter en douceur ses détracteurs. On ne s’impose pas, on propose. Avec l’humilité de ceux qui osent ! C’est rare, c’est simple. Et c’est réussi…

Autre ambiance, autre harmonie dans le jardin des particuliers… Le singulier, le propriétaire, l’individuel, l’affirmation de la singularité dans le global urbain. Quelle aisance que de recevoir, chez soi, at home, un groupe « qui monte ». Et quelle belle simplicité, non feinte, non télévisuelle… Si la musique a un lieu, n’est-ce pas le jardin, le jardin en friche…

Là encore, tout change, tout se charge, les chansons prennent une autre couleur, le vent, le soleil, les bruits extérieurs s’incorporent, les portent. Alors les sourires, les chuchotements, les regards parlent mieux. Ils parlent plus.

Court-circuit a ce mérite, belle initiative, « d’imposer » la musique là où on n’en voudrait pas. Là où on pourrait n’en vouloir pas ; et ce, sans faire grand cas d’une « politique culturelle ». Cette année avec Ladylike Lily, avec sa « complexe simplicité », ses hymnes mordorés « d’un autre âge contemporain », les organisateurs auront mis « dans le mille » !

Thierry Jolif (photos : Gaëlle Evellin)

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l'ouvrage "Sur la route des plus belles légendes celtes" (Arthaud, 2013) thierry.jolif [@] unidivers .fr

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