Imaginé et conçu par la MJC L’Antipode, Court-Circuit court-circuite le ronron des festivals et autres tournées bien rodées. Irradiant le quartier où elle est installée, la MJC L’Antipode propose annuellement à un artiste « montant » de réaliser, voire d’expérimenter, une série de concerts dans des lieux insolites. Étonnante et exaltante expatriation de la culture  !

 En trois jours, trois concerts par jour dans neuf lieux « atypiques ». Mais « atypiques » pour qui ? Quels lieux devraient donc habiter la musique dans une époque qui en a fait le premier de ses produits ? Cette musique-produit, musique enregistrée, comme une mise en conserve que l’on consomme tout le temps et partout.

« Atypiques » pour qui ? Pour ceux qui n’y viennent qu’un instant et repartent comme le fait le public payant habituellement. Utile inversion qui offre à nouveau une chance à la musique de faire réagir, de séduire, de charmer, d’agacer… Bref, de se confronter à la vie dans ce qu’elle a de plus quotidien. De fait, les contes comme certains romans nous rappelent que c’est dans cette « plus que banale » quotidienneté qu’éclos toujours la plus radieuse étrangeté.

Pour ce premier jour, lundi 21 mai, l’élégante électro-folk elfique de Ladylike Lily aura eu plus de chance auprès du public retraité d’une Maison de retraite comme celui malmené et abîmé par la vie du centre de réinsertion Adsao qu’auprès des employés affairés du Crédit Agricole, visiblement surpris, voire « dérangés », durant leur pause-déjeuner. La bonne musique ne semble pas y avoir de l’avenir…

A Adsao, la charmante chanteuse Oriane Marsili avouera devant les bis du public que le groupe vivait là le premier rappel durant ses trois concerts du jour. L’osmose, il faut le dire, fut admirable entre le lieu, les chansons et le public. Après quelques instants d’une timidité de part et d’autre due à une inhabituelle proximité, l’alchimie a opéré. La fraîcheur et la sincérité des mélodiques ritournelles autant que des interprètes, la faible lumière dorée d’un soleil lui aussi bien timide filtrée par les vitres d’une cour intérieure d’un autre âge, auront eu raison des réticences.

Doucement hypnotiques, d’une enfantine maturité, égratignées, suavement mélancoliques, parfois d’une sévérité évanescente et abrupte, ironique comme dans un rêve aux pâles brumes colorées de pastel, les compositions de Ladylike Lily n’avaient pas gagné d’avance la partie. Le concert, initialement prévu dans la cour intérieure du beau bâtiment qui abrite l’association de réinsertion Adsao, se tint finalement à l’intérieur. Contre toute attente, le groupe n’a pas perdu au change…

L’acoustique n’était pas simple à maîtriser, mais Christophe l’ingénieur du son ne s’est pas laissé impressionner. Finalement, ce fut face au lieu initialement prévu, sous les vénérables voûtes de pierre, alignés dos au mur et enveloppés d’une agréable lumière vespérale, que les trois musiciens ont généreusement délivré à un public très attentif un peu plus de 40 minutes de volutes électro-acoustiques douces-amères. Rencontre de deux univers finalement pas si étrangers l’un à l’autre…

Thierry Jolif

 [… à suivre]

 MARDI 22 MAI
12h : Restaurant d’entreprise EDF-CCAS – Rue Monselet – Quartier Cleunay
15h :  Chez l’Habitant – Quartier Cleunay – (Tout public sur réservation)
18h : Au pied du BH1 – Quartier Courrouze –  (Tout public)

MERCREDI 23 MAI
10h30: Ludothèque du Centre Social – 49 rue Julles Lallemand – Quartier Cleunay
17h30 : Crèche Enfant’aisy – Quartier Courrouze
20h30 : Chez l’habitant – Quartier Cleunay –  (Tout public sur réservation)

Pour réserver :  02 99 67 32 12 ou par mail auprès de Anne Gomeriel

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l'ouvrage "Sur la route des plus belles légendes celtes" (Arthaud, 2013) thierry.jolif [@] unidivers .fr

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