Pour célébrer le centenaire de la Première Guerre mondiale, Jean-Christophe Rufin a choisi d’écrire ce court roman, Le collier rouge, une histoire qui lui a été inspirée par son ami, le photographe Benoît Gysembegh, « un de ces petits cristaux de vie rares, à partir duquel il est possible de construire un édifice romanesque. »

Nous sommes en 1919, dans le Berry. Un chien aboie sans discontinuer depuis deux jours à la porte d’une prison qui ne compte qu’un seul détenu et son geôlier. Morlac est un héros de la guerre, il a reçu la Légion d’honneur pour acte de bravoure à Salonique en 1917.

collier rouge, jean-christophe rufinCe brave paysan, sachant tout juste lire et écrire, s’est instruit pendant les années de guerre. Il a découvert les abus du pouvoir, de l’argent, de la société et de la guerre. À son retour, il doute de l’humanité, de la fidélité. Un acte de rébellion qui amuse les paysans du village est considéré comme une offense à la patrie et lui vaut l’emprisonnement.

Hugues Lantier du Grez, jeune adjudant parisien est dépêché dans ce village pour instruire le dossier en tant que juge militaire. Jeune idéaliste bourgeois, il a commencé la guerre avec fierté pour sa patrie. Les souffrances des soldats ont toutefois ébranlé ses grandes idées. Obligé de maintenir l’autorité, il n’en est pas moins fasciné par ce héros qui a fini par détester la Nation.

Au fil des interrogatoires, Morlac va raconter sa guerre dans l’Est puis à Salonique aux côtés des Russes. Lantier tente de comprendre le rôle de ce chien si fidèle qui a accompagné Morlac dans tous les combats. Ce chien qui lui  suggère des souvenirs d’enfance, Lantier va l’aimer bien plus que son maître souvent indifférent à l’animal.

collier rouge, jean-christophe rufinPuis, Lantier, coincé dans ce petit village écrasé de chaleur,  va en apprendre beaucoup sur ce paysan héros car les gens bavardent facilement. Le passé de Valentine, une jeune femme vivant seule avec son fils dans une ferme voisine, lui donnera les dernières clés pour cerner la complexité de Morlac.

Le récit a la simplicité des gens de la Terre là où le travail est un autre combat, où l’on ne comprend pas qu’il faille arracher de jeunes gens du pays pour les massacrer au nom des idéaux des puissants.

Ce roman est une habile réflexion sur les notions d’humanité. Contrairement à l’animal, l’homme est amené à chercher la fraternité au-delà de la haine. Par contre, le chien est un exemple de fidélité, de courage, d’amour inconditionnel dénué d’orgueil.

Jean-Christophe Rufin montre ici comment cette guerre a bouleversé les hommes et les femmes de toutes condition et culture (peut-être même aussi ces chiens si nombreux dans les tranchées).

Le collier rouge Jean-Christophe Rufin, Gallimard, 27 février 2014, 160 p., 15,90 €
ISBN : 978-2-07-013797-8 Livre numérique : 11,99 € / EAN13 : 978-2-07-247198-8

Jean-Christophe Rufin est né en 1952. Médecin, historien, romancier et diplomate, il est membre de l’Académie Française depuis 2008. Il a écrit une dizaine de romans, dont « L’Abyssin » en 1997 et « Rouge Brésil » (Gallimard) couronné par le prix Goncourt en 2001.

Lectrice boulimique et rédactrice de blog, je ne conçois pas un jour sans lecture. Au plaisir de partager mes découvertes.

2 Commentaires

  1. Eh bien je ne trouve pas que Jean-Christophe Rufin pousse la réflexion assez loin. Ses personnages ne sont guère fouillés, on ne sait vraiment pas grand-chose d’eux, de leur passé. Il n’y a que le chien d’original.
    L’anecdote de départ est pourtant très riche et aurait pu donner lieu à d’intéressantes réflexions, mais l’auteur ne plante aucun décor politique, idéologique. On ne voit rien de la France, de son état déplorable, de l’indigence des institutions.
    C’est un roman de circonstance, rien de plus…

    • Il me semble que l’auteur n’a pas souhaité faire un roman sur la guerre ( donc pas de décor politique ou idéologique). Son objectif, me semble-t-il, était de montrer ( de manière un peu romanesque) l’éveil des consciences au coeur de cette guerre. Les soldats sont partis avec la fierté et la volonté de défendre leur patrie, peut-être avec cette animalité qui les pousserait à tuer pour se défendre. Au contact d’autres êtres humains, même ennemis, le sentiment humain de fraternité, le sentiment d’être utilisé comme chair à canon au profit des puissants émergent. Ce sentiment de fraternité, on le retrouve aussi dans cet épisode où des soldats ennemis fêtent Noël ensemble (Joyeux Noël, film de Christian Carion) et cet éveil de conscience, je viens de le retrouver aussi dans le roman de Raphaël Confiant, Le bataillon créole.
      Donc, je suis d’accord, le roman aurait pu être plus dense, plus fouillé pour notre plus grand plaisir, mais ce n’était peut-être pas l’objectif de l’auteur.

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom