Pour la deuxième fois, le Fonds communal d’art contemporain de Rennes investit l’Orangerie du Thabor pour présenter les œuvres acquises au cours de l’année précédente. Une bonne initiative qui permet au public de découvrir le travail d’artistes qui ont un lien avec la ville, pour y avoir fait leurs études ou y résidant. Présentation de Collection 2.

 

Benoit Careil, le nouveau conseiller municipal en charge de la culture l’a souligné dans son bref et précis discours : « l’art contemporain peine à imprégner le quotidien des Rennais ». Pourvu que çà change ! C’est en tous cas son souhait avec l’organisation des États généraux de la culture qui se tiendront à Rennes début 2015. Côté arts visuels, la collection de la Ville, aujourd’hui constituée de 350 œuvres, s’est enrichie de 13 nouvelles pièces acquises en 2013 auprès de 9 artistes : Hélène Leflaive, Joris Favennec, Julie Giraud, Pierre Galopin, Jérôme Sevrette, Vincent-Victor Jouffe, Wilson Trouvé, Jean‐Benoît Lallemand et Carl Linden. Commençons la visite.

Joris Favennec, SupernovaSN2011P, structure composée de 60 éléments en porcelaine

Joris Favennec
Joris Favennec, SupernovaSN2011P,

Supernova est le fruit d’une recherche sur la porcelaine, la lumière et les assemblages, menée en résidence d’artiste à l’École nationale supérieure d’art de Limoges. « La porcelaine est ici traversée par des LEDs flexibles. À faible épaisseur, elle devient translucide et diffuse la lumière dans toute sa couche. Les tubes forment une structure  autoportante (icosidodécaèdre) en combinant trente tubes concaves et trente autres convexes. Cet ensemble, noyé dans l’obscurité, diffuse une sorte de lumière céleste en nous plongeant dans un possible monde cosmique ». On ne sera pas étonné d’apprendre que cet objet très complexe a reçu le second prix du concours de création en porcelaine de la Ville de Limoges.

Pierre Galopin, 162 X 13 CM, technique mixte, vernis bitumineux et vernis à l’eau

Pierre Galopin, 162 X 13 CM
Pierre Galopin, 162 X 13 CM

Diplômé de l’école des beaux‐arts de Rennes, Pierre Galopin produit des peintures caractérisées par une économie de moyens, qu’il s’agisse de la composition, de la couleur, de l’outil ou du geste. « Peindre une toile d’une façon logique et automatique sur toute sa surface » est l’idée principale qui sous‐tend son travail. Il abandonne les pigments pour utiliser des vernis dont il exploite les qualités physiques, transparence et souplesse. L’effet de surface produit, contraction ou répulsion aléatoires des formes, est fonction de la qualité du vernis, de l’outil, du geste mais surtout de l’interaction difficilement prévisible de ces différents éléments ». Décoratif.

Julie Giraud, Explosion 5
Julie Giraud, Explosion 5

 Julie Giraud. Explosion 5, sérigraphies imprimées en quadrichromie, enrichie de graphite et d’argent.

Formée à l’École des beaux‐arts de Rennes, Julie Giraud y enseigne aujourd’hui. Fascinée par les images qui défilent sur les moteurs de recherche qu’elle sélectionne, archive et travaille, elle détourne et déplace des images numériques qui ont pour thème le conflit afin de construire des récits déterritorialisés. Le temps est suspendu, en même temps que notre regard, confirmant le propos de l’artiste invoquant « une capacité à voir, à déjouer les tours de l’image en la regardant autrement » ou « comment déconstruire des images préexistantes ? ». Captivant.

Vincent Victor Jouffe, Prairies Saint-Martin, 20 émulsions polaroïd

Vincent-Victor Jouffe
Vincent-Victor Jouffe, Prairies Saint-Martin

Connu à Rennes pour son implication dans la création du centre d’art Le Bon Accueil, et pour ses participations à des expos d’art contemporain dont la Biennale 2012, Vincent-Victor Jouffe a réalisé des clichés « lors de promenades dans les jardins familiaux des Prairies Saint‐Martin de Rennes à une époque précise : celle des inondations de la fin 2000 où le canal déversait ses eaux jusqu’aux allées et aux parcelles potagères. Entre information et ancrage dans la tradition des beaux‐arts, à l’entrecroisement du style documentaire et de l’esquisse peinte, ces photographies instantanées témoignent à la fois d’un état d’un territoire dans un moment de péril et manifestent, dans un lyrisme assumé, une pensée aiguë de la couleur ».

Jean‐Benoît Lallemant, La Nuit étoilée, Sombrero Galaxy (Elliptical galaxy M 104 or NGC 4594), 2012, huile sur toile de lin brute

Jean‐Benoît Lallemant, La Nuit étoilée
Jean‐Benoît Lallemant, La Nuit étoilée

Membre du collectif Vivarium, Jean‐Benoît Lallemant porte se recherche « sur l’influence du développement croissant des technologies de communication, avec une attention particulière à l’environnement géopolitique. C’est en voulant traiter de phénomènes globaux et immatériels que la question de l’abstraction a pris une part fondamentale dans sa pratique. Plutôt que l’histoire de l’art, il choisit de se tourner vers la recherche scientifique ». Pour représenter « des phénomènes impalpables et non représentables », il opte pour une technique remarquable et extrêmement fine : ses touches de peinture posées au cordeau sur la toile restituent une image à la fois abstraite et évocatrice d’univers lointain. À regarder attentivement. De près et de loin.

Hélène LeflaiveSans titre, dessins sur papier millimétré

Hélène Leflaive, Sans titre
Hélène Leflaive, Sans titre

Formée à l’École des beaux‐arts de Bordeaux, Hélène Leflaive poursuit un travail artistique où « il est souvent question d’activités laborieuses, d’indexation ou de surface accidentée ». Les deux dessins présentés sont « une réflexion sur le temps (on pourrait les qualifier même de passe‐temps) ». C’est elle qui le dit, et c’est vrai ! Car il en faut du temps pour dessiner 100 000 points au feutre doré sur un papier ! Pour elle, c’est « une manière de se confronter concrètement à des chiffres ». Elle trouve même « surprenant et plaisant qu’une action aussi bornée produise quelque chose d’agréable à regarder ». Léger.

Carl Linden, Beyond Sunset, 2012, 31 demi‐sphères en plâtre, peintes, 350 x 140 cm

Carl Linden, Beyond Sunset
Carl Linden, Beyond Sunset

Diplômé de l’École nationale supérieure d’art et de design de Stockholm, Carl Linden vit à Rennes depuis trois ans. Quand il était petit, sa mère lui disait « qu’il fallait ne pas regarderdirectement le soleil ». D’un naturel sans doute rebelle, c’est « quelque chose qu’il a donc (rapidement) fait ». Et de constater que« quelques minutes après avoir été ébloui par le soleil » il ne voyait « que despoints colorés qui flottait devant ses yeux ». L’artiste restitue ses souvenirs d’enfant en scope et en couleur. Ainsi les enfants qui fréquentent la bibliothèque des Champs-Libres (où est exposée l’œuvre de façon pérenne) n’auront pas besoin de désobéir pour aller « au-delà du soleil ».

Wilson Trouvé, Trembling surface, 2011‐2012, panneau en particules de bois laqué blanc, perforations, 78 x 78 cm.

Wilson Trouvé Trembling surface
Wilson Trouvé, Trembling surface

Installé à Marseille, Wilson Trouvé « subvertit les notions traditionnelles de peinture et de sculpture, annule la troisième dimension là où elle existe et la crée là où elle fait défaut. Ce processus de déstabilisation par subversion des repères et des catégories traditionnels joue aussi sur les notions de contraction et de dilatation, de débordement contrarié, d’excès. Il y est aussi question de mesure désirée mais contredite par la démesure du geste, de discipline imposée dans un univers de violence…». Un discours travaillé dans la droite ligne de l’enseignement de l’école des beaux‐arts pour un résultat également plutôt décoratif.

Jérôme Sevrette, les photos spatiales de la série Terres Neuves

Jérôme Sevrette, Terres Neuves
Jérôme Sevrette, Terres Neuves

« Donner à voir un lieu qui n’aurait de réalité que celle qu’on lui attribue… Mon leitmotiv a toujours été de m’éloigner le plus possible de tout réalisme ambiant. Les vestiges, traces et structures humaines sont au cœur de mes recherches photographiques et témoignent de l’empreinte des réalisations de l’homme dans le paysage, l’espace ». Cette série, constituée de polaroids couleur rassemblés autour de l’idée de « Terres neuves » dans le sens « Terres nouvelles » a abouti à un livre objet rassemblant photographies, musiques et textes, publié aux éditions de juillet (voir notre article). La collaboration de Jérôme Sevrette avec cette maison dirigée par Yves Bigot se poursuit avec un projet au sein de la collection Villes mobiles – chemin qui mène à Rome à l’automne prochain.

Du vendredi 4 juillet au dimanche 14 septembre 2014 à l’Orangerie du Thabor de Rennes, entrée rue de la Palestine. Du mardi au dimanche de 14 h à 19 h, à l’exception de l’œuvre de Carl Linden, visible aux Champs Libres, dans l’espace « enfants » et à l’extérieur du bâtiment, côté boulevard Magenta. Tout public – Gratuit.

 

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l’écriture (presse et édition), à l’enseignement (culture générale à l’ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

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