La femme au tableau avec Helen Mirren : Un combat (juridique) décevant

L’histoire que déroule le film La Femme au tableau est celle du combat judiciaire de Maria Altmann. Cette femme de confession juive a fui l’Autriche peu après l’Anschluss en 1938 pour s’installer aux Etats Unis. Spoliée de tout héritage par l’Allemagne nazie, elle cherche à partir de 1998 à récupérer cinq tableaux de Gustav Klimt que possédait sa famille avant la Seconde Guerre mondiale – dont le portrait de sa tante Adèle Bloch-Bauer qui se trouve alors accroché aux cimaises du Palais du Belvédère de Vienne. Ce tableau étant à son pays natal ce qu’est la Joconde à la France, les autorités autrichiennes font tout pour le conserver sur leur sol… Il en suit une procédure juridique. Qui dure jusqu’en 2006. D’un intérêt relatif.cinéma film critique

 

affiche femme au tableau

Un peintre autrichien raté engendre (mais il n’était pas tout seul) un cataclysme mondial ; une famille, parmi des millions d’autres, est exterminée en partie et spoliée de tous ses biens, dont un tableau magnifique d’un autre peintre autrichien génial ; lequel tableau représente une jeune femme de la bourgeoisie juive qui devient l’icône d’un pays qui souhaite vite oublier son passé…

Il est certain que toute cette histoire tient surtout à l’entêtement des autorités autrichiennes à nier une quelconque spoliation, négation qui frise le lapsus significatif ; normal :  nous sommes au pays de Freud. Le cartel du tableau d’ailleurs, quand il était encore accroché à Vienne, avait pour titre la « Femme en Or » et ne mentionnait aucune provenance.

femme au tableau nazis klimtGustav Klimt est l’un des artistes majeurs du début du XXe siècle/ Membre de la Sécession viennoise – en rupture avec l’académisme ambiant et est rattaché au mouvement plus général de l’Art Nouveau  –   ce  mouvement embellira une bonne partie de l’Europe en regroupant des artistes de toutes expressions, des architectes et même des verriers comme Émile Gallé ou les frères Daum.

bloch bauer 1912 klimtLes portraits d’Adéle Bloch-Bauer, d’Émilie Flöge ou les représentations de Pallas Athéna, de Judith tenant la tête d’Holopherne ou, encore, le Baiser sont parmi ses plus tableaux les plus connus de Klimt. D’autres, moins connus mais tout aussi splendides, représentent des scène champêtres ou des paysages. Qui qu’il en soit, on comprend la réticence des autorités autrichiennes à laisser filer un tel trésor ; c’est la porte ouverte à ce que d’autres œuvres connaissent également le chemin de l’exil. De fait, aujourd’hui encore, des pièces majeures ou mineures volées sont exposées ou entreposées dans les caves de nombreux musées d’Europe – y compris en France. On feint d’ignorer leur provenance gênante ou on prétend qu’il a été impossible de retrouver un quelconque propriétaire ou héritier… que l‘on n’a pas forcément recherché.

Adele Bloch-Bauer
Adele Bloch-Bauer

L’action du film La femme au tableau tourne ainsi autour du combat juridique de Maria Altmann et de son avocat Randol Schönberg, petit-fils d’un autre artiste viennois célèbre, le musicien Arnold Schönberg (père du dodécaphonisme avec ses élèves Alban Berg et Anton Webern). Arnold Schönberg lui-même, juif converti au protestantisme, fuit l’Allemagne dès 1933 pour les Etats-Unis.

häuser in unterach am attersee 1916 gustav klimtPassons rapidement sur les arguties et tours de passe-passe juridiques qui font les délices de tout bon téléfilm judiciaire américain :  « Objection, Votre honneur ! », etc. etc. Or, c’est bien là que le bât blesse : dans une approche unilatéralement juridique d’une histoire réelle qui eut mérité d’être traitée également à travers ses aspects mémoriels, politiques aussi bien que psychologiques. Ne serait-ce apfelbaum 1912 gustav klimtque pour éviter l’ennui que n’évite pas de générer une vision par trop légaliste d’une intrigue qui recèle pourtant un puissant versant intimiste. Sans exiger que fussent soulevées d’épineuses questions éthiques ou philosophiques sur l’art – son appropriation et sa diffusion, – un peu de profondeur psychologique et esthétique aurait été toutefois de bon aloi…

Maria Altmann
Maria Altmann en 2010

Quant au personnage d’Anna Altmann, il est interprété par Dame Helen Mirren, célébrissime comédienne britannique venue du théâtre élizabéthain et formée à la Royal Shakespeare Company. Son jeu est sans doute très bon, mais elle ressemble plus dans le film à Elizabeth II, qu’elle a déjà incarnée à l’écran, qu’à la véritable Anna Altmann. My god !…

Pour finir, la morale est sauve : les œuvres ont été récupérées ! Avant… d’être vendues la même année par leur nouvelle propriétaire en échange de la modique somme de 327,6 millions de dollarsbuchenwald birkenwald 1903 klimt. Le tableau d’Adèle Bloch-Bauer trône aujourd’hui à New York dans la galerie de Ronal Lauder (descendant d’une célèbre parfumeuse).

Bref, le film La femme au tableau repose sur un fait historique qui dépasse la simple histoire personnelle et familiale. Son traitement réducteur intrapole son intérêt en le réduisant à peu.

 

 

La femme au tableau, 2015, film americano-britannique réalisé par Simon Curtis, 1h50, avec Helen Mirren, Ryan Reynolds, Daniel Brühl, Kathy Holmes, Tatiana Maslany, Charles Dance…

 

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