CHURCHILL D’ANDREW ROBERTS : UNE BIOGRAPHIE MONUMENTALE

Avec sa biographie Churchill, Andrew Roberts dessine un portrait, peut-être définitif, d’une des figures majeures du XXe siècle. Aussi imposante et passionnante que la personnalité romanesque de son sujet.

CHURCHILL

C’est une heureuse coïncidence : la multiplication de documentaires et articles consacrés au Général de Gaulle à l’occasion du cinquantième anniversaire de sa mort et la parution de cette biographie de Churchill, une biographie qui fera date, parmi le millier déjà paru. À la lecture de cet ouvrage, les similitudes entre les deux hommes apparaissent rapidement.

CHURCHILL DE GAULLE
Churchill et de Gaulle le 11 novembre 1944 sur les Champs Elysées.

Dans le désordre total : un physique hors norme qui les fait identifier immédiatement, une fille perdue trop tôt, un goût pour les uniformes, l’armée et la stratégie militaire, le sentiment que les chars joueront dans les conflits futurs un rôle déterminant, un mépris des partis politiques qu’il faut transcender de l’intérieur, des traversées du désert avant ou après la Guerre mondiale, un goût pour l’écriture, les « Mémoires », un talent oratoire indéniable, mais travaillé, un sens inné de l’État et de la Nation. Et par-dessus tout le sentiment très tôt d’avoir un destin mondial qui ne pourra s’accomplir que dans les plus hautes fonctions de leur nation respective dans les circonstances belliqueuses.

CHURCHILL
Winston Churchill, à 21 ans, en uniforme des hussards de la Quatrième Reine, pris en février 1895. Il venait d’être nommé Cornet (sous-lieutenant) dans le 4e Hussards de la Reine le 20 février 1895.

Jeune, Churchill ne pense pas à une possible nomination de Premier ministre, il cherche à deviner l’année à laquelle il le deviendra. À seize ans il déclare : « Dans les hautes fonctions que j’occuperai, il me reviendra de sauver la capitale et l’Empire ». En prononçant ses mots, il s’inscrit très tôt dans les pas de son père, pressenti un moment comme Premier Ministre, auquel il vouera après sa mort un culte étrange, lui dont l’enfance et l’adolescence furent abandonnées aux soins de pensions et de précepteurs, sans amour et sans tendresse.

CHURCHILL
Winston Churchill en campagne électorale à Epping en 1924 © Getty / Hulton Archive

Dès la naissance pratiquement, il voue sa pensée et ses efforts à servir son pays, en se présentant à la députation très jeune, en devenant ministre lors du premier conflit mondial, en se rendant sur le front endossant l’uniforme pendant quelques semaines, manifestant pour la première fois un courage physique indéniable. Sur la durée, jusqu’en 1940, Churchill est déjà une figure importante avec une carrière politique d’une longévité extraordinaire marquée par de nombreuses fonctions ministérielles, mais c’est bien en chef de guerre qu’il marquera l’Histoire.

Nommé au cours d’une réunion à quatre, où la démocratie n’eut guère son mot dire, il put au long de cinq années qui le laissèrent exsangue et épuisé, mettre en oeuvre ce qu’il avait préparé depuis plus de soixante ans : « Car s’il est vrai qu’il a été guidé par la main du destin en mai 1940, c’était un destin qu’il avait consciemment passé sa vie à forger ». Tel est le fil conducteur de l’ouvrage de Andrew Roberts qui boucle là une biographie que l’on aime qualifier de « à l’anglaise » tant la rigueur est de mise, ne prêtant le flanc à aucune interprétation psychologique de bazar, l’auteur niant par exemple toute tendance dépressive du Lord anglais, ne trouvant aucune trace tangible de cette affirmation.

Churchill
Churchill en 1919.

Ce sont en effet dans les documents que l’historien cherche sa matière, exploitant des milliers de discours, lettres, archives. Il laisse le lecteur tracer lui-même le portrait psychologique de l’homme d’État. On découvre ainsi, au fil des 1200 pages, un Churchill visionnaire d’une extraordinaire clairvoyance dans la montée du nazisme, dans la nécessité de réformes sociales plus justes, dans le danger mortel du communisme, mais l’auteur met le doigt aussi sur son aveuglement quant au danger de l’arrivée au pouvoir de Mussolini, ses discours à l’emporte-pièce clamés parfois pour le plaisir d’un simple bon mot, son extravagance blessante pour son entourage, sa forme de mégalomanie, ses erreurs stratégiques comme l’aventure des Dardanelles.

Ce faisant, Andrew Roberts évite soigneusement l’hagiographie, citant souvent en totalité des écrits, des paroles dont on s’aperçoit qu’ils furent parfois tronqués en fonction du regard porté par le biographe, détracteur ou admirateur. Churchill qui a longtemps pensé mourir avant 40 ans, qui écrivit lui-même à travers des dizaines de pages sa propre histoire offerte à des millions de lecteurs, décéda à l’âge de 91 ans, couronné du Prix Nobel de littérature. Figure incontournable du XXe siècle, il a côtoyé les plus grands et s’est frotté à de Gaulle dans des relations londoniennes violentes, marquées par la méfiance, mais le respect réciproque, Churchill avouant que de Gaulle fut probablement le plus grand homme d’État français avec Clémenceau. Une distanciation entre personnalité et mission historique qu’il pratiqua tout au long d’une vie incroyable, romanesque mais mise au service avant tout de l’histoire d’une nation, qui apparait en filigrane tout au long de cette biographie exceptionnelle. Quand le rêve d’un destin rejoint la réalité de l’histoire.

Churchill d’Andrew Roberts, traduit par Antoine Capet, parution 27 août 2020, Éditions Perrin, 1320 pages, 29€.

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.

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