« Andreï, (…) si tu veux me dire quelque chose d’important, mon vieil ami, et ce doit être important pour que tu viennes me chercher dans mon lit au milieu de la nuit, alors je t’écoute…
— Je veux me remettre à sculpter, Viktor, et j’ai besoin de toi.
— Te remettre à sculpter ? C’est assez incroyable comme nouvelle. C’est une idée formidable. Seulement, je ne comprends pas. Tu as besoin de moi au milieu de la nuit pour ça ? Il y a autre chose, non ? »
Roman de l’amour et de l’amitié sur fond de Printemps de Prague, dont les marques indélébiles détermineront le destin d’une bande de copains.

Un roman qui regroupe histoires  d’amitié et d’amour, considérations sur l’art et récit historique – ce n’est pas évident à trouver. Et pourtant, voilà Les morts le diront de Christophe Garda.
Premier roman de l’auteur, c’est un  coup de coeur ! La lecture de ce livre au style remarquable est riche en émotions.
Le lecteur suit deux personnages principaux : Viktor Marek et Veronika, un couple d’une soixantaine d’années. Viktor est propriétaire d’une galerie d’art à Genève où il vit, ainsi qu’à Paris et New-York. Une nuit, il est réveillé par son téléphone. Au bout du fil, Andreï Zerkin, son ami de toujours, mais avec qui les relations sont devenues houleuses jusqu’à le perdre de vue. Andreï lui annonce qu’il va bientôt mourir. Sculpteur autrefois célèbre, il désire réaliser une dernière oeuvre. C’est ainsi qu’il demande à Viktor de lui trouver quatre modèles féminins.
Cet entretien avec Andreï et cette annonce funeste va plonger Viktor et Veronika dans leurs souvenirs. Notamment, ceux de la bande de copains qu’ils formaient à l’époque de leur vingt ans : Viktor, Andreï, Veronika, Anna, Tadeusz, Bohuslav, Janek et Andrea. Dès lors, le lecteur se retrouve projeter en 1968 à Prague, en pleine insouciance et libération sexuelle. Mais 1968, c’est aussi l’entrée des chars russes et le Printemps de Prague, avec toute sa violence et ses espoirs brisés. Le lecteur découvre comment la désillusion prend progressivement le pas sur l’idéalisme dans la jeunesse. Les guerres séparent les individus. Viktor et les autres n’échappent pas à la règle.
Que sont-ils devenus ? C’est le destin de cette bande d’amis qui se déroule au fur et à mesure que les souvenirs de Viktor et Veronika remontent.
Dans ce récit d’amour et d’amitié à la patte très mittle-europoa, l’auteur fait montre d’une excellente plume pour décrire les émotions et les personnalités de chacun de ses personnages. Malgré les défauts et les excès, ils ne les jugent pas ; ce qui fait que le lecteur les apprécie chacun pour ce qu’ils sont. Viktor Marek est réservé, posé, travailleur et rêveur. Selon lui, personne ne peut connaître entièrement un autre individu entièrement, mais une ou quelques parcelles. Un personnage très bien campé ! Sa compagne Veronika est indépendante, amoureuse, un peu torturée par ses secrets aussi. La personnalité d’Andreï se découvre au travers des amis qui l’on connu
En outre, ce roman présente une réflexion très intéressante sur l’art. D’une part, sur la relation entre l’artiste et le marchand d’art (ici, un galeriste) ; d’autre part, sur la recherche de la Beauté et de la Vérité dans l’oeuvre d’art. Et l’oeuvre d’art ici est représentée par la sculpture. Andreï tente d’exorciser ses démons et ceux de la société au travers de l’acier notamment. Mais la sculpture, ce sont aussi des modèles. Modèles qui en se donnant à l’artiste dévoilent une part de leur personnalité. L’auteur narre ces transmissions subtiles avec une habileté certaine.
Mais qu’en est-il du titre, Les morts le diront ? Ces morts sont ceux qui influent sur nos vies malgré leur absence. Qui, par leur souvenir, nous encouragent à agir d’une façon ou d’une autre, à prendre des décisions.
Il est surprenant de constater qu’il s’agit d’un premier roman tellement il s’avère complet et maîtrisé. Un de ces livres que l’on aimerait ne pas avoir lu afin de pouvoir encore les découvrir. A découvrir afin d’écouter la voix des morts… et des vivants.

Marylin

Prisma, 3 novembre 2011, 384 p., 18€
Christophe Garda est ingénieur de formation. Depuis 2009, il a intégré le groupe des fondateurs du label Intrada, producteur de musique classique indépendant. En parallèle, il intervient dans le domaine théâtral comme comédien, auteur, metteur en scène et producteur depuis plus de vingt-cinq ans. Directeur de l’Aktéon Théâtre à Paris entre 1998 et 2004, il est également à l’origine de la création, en 1990, de la compagnie Fils de Personne.

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