tissage aerien, Cécile Meraglia,

Appréhension. Oui, ce mot. Et quête aussi : dénicher une image qui représente au mieux la texture de l’écriture de Latham de Christine Lapostolle. Un tissage serré qui soudain s’ajoure, laisse filtrer la lumière, aérien, pour se resserrer atour d’une pensée que l’on croyait fugace, elle forme pourtant un nœud où les réflexions s’enchevêtrent sans que le fil n’échappe à la maille cueillie, plus loin. Ce fragment d’une œuvre de Cécile Meraglia, Transparence, représente mieux cette texture mieux que les mots.

 

L’appréhension – ce mot je l’ai cherché aussi – elle m’accompagna lorsque j’ouvris Latham. Je ne saurais trop vous dire pourquoi. Je sus d’abord le titre : Latham. Ayant souvent longé la Seine et remonté l’albâtre de la côte, ce nom – propre – ne m’était pas tout à fait étranger, flou pourtant. Hubert Lantham, les débuts de l’aéronautique, ce canal anglais ou cette manche à franchir, de Sangatte à Douvres par au-dessus, un échec pourtant et son plouf retentissant.

Une phrase : « Quand on lui demandait à quel métier il songeait, il riait et s’envolait dans le ciel. »

Et cette quatrième : « Lors d’une exposition, une femme tombe sous le charme d’une photographie d’H. Latham, pionnier de l’aviation et dandy du début du XXe siècle. Tentant de voler vers l’Angleterre, il échoua dans sa traversée de la Manche. Envahie par la figure de l’aviateur, la narratrice décide de se rendre à Sangatte, où il avait décidé de s’élancer dans cette course, et médite sur les rêves de liberté brisés. »

Deux images me poursuivirent avant d’avoir le livre en main, d’entamer sa lecture : celle d’un article de Pergiorgio Bellocchio, Les dons d’Ahriman(1) qui, en parlant de l’avion, concentre en sa conclusion son propos : « Il représente le rêve réalisé de la volonté de puissance, l’instrument idéal de son objectif le plus ambitieux : l’autodestruction totale. Le fils préféré ne trahira pas les espérances qui ont été mises en lui. Fidèle et infaillible, il attend les ordres. » Et aussi, parce que Sangatte, le vol – répété – de jeunes adolescents pour traverser Sahara et Méditerranée accrochés à un train d’atterrissage, atteindre l’Europe, y être ensevelis le corps raidi précocement. Images de pourquoi ?

La lecture de Latham a calmé cette appréhension, Christine Lapostolle n’évite rien. Pas même ce haut mur qu’il faudra bien un jour franchir… par les airs ? Latham c’est, en un livre, l’enchevêtrement de faits, de pensées, d’images. Celui que pourrait laisser échapper une personne qui parle, qui nous parle, sans être retenue :

« Une fois, nous étions à Venise, un homme, par un beau jour d’automne, à midi exactement, a sauté depuis le Campanile et s’est écrasé sur la place Saint-Marc, sous les yeux des touristes hébétés. Nous n’avons pas vu la scène. Notre hôtel était à deux pas, nous étions occupés à faire l’amour. Un danseur de tango argentin âgé d’une trentaine d’années. Les journaux parlèrent de désespoir et de suicide. Rien à propos du rêve de voler dont il est pourtant plausible qu’il ait hanté cet homme qui avait consacré sa vie sur terre à danser. »

Christian Dome

Latham, Christine Lapostolle, éd. Flammarion, février 2012, 154 p., 16€
Manon Godeau de la librairie Gargan’mots à Betton (35830) reçoit Christine Lapostolle le vendredi 23 mars à 20 h 30.
Christine Lapostolle, enseignante dans une école d’art, a déjà publié quatre romans, le dernier au Seuil en 2006, Nous arrivons, et le précédent Regarder la mer, aux éditions Léo Scheer en 2003.

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(1) in Nous sommes des zéros satisfaits, éd. de L’Encyclopédie des nuisances, 2011.

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