Le Corps humain, nouvel album de Chasseur, paraissait le 5 mai 2023. Le musicien rennais Gaël Desbois poursuit là son aventure musicale en solo, oscillant doucement entre synthpop chantée en français et cold wave ténébreuse. Plus sombre que les précédents, ce troisième opus aborde le sujet de l’exode en Méditerranée, infernale odyssée contemporaine dans laquelle nombre d’anonymes perdent la vie.

On avait croisé le chemin de Chasseur en février 2022, à l’occasion de la sortie de son second album, Je vous attends. Le musicien rennais Gaël Desbois, batteur à l’origine, passé par de nombreuses formations en tant qu’interprète ou compositeur y peaufinait avec succès sa formule solo. Un projet de studio, composé à l’ordinateur et au micro et qui, malgré ses belles réussites discographiques, n’a encore jamais vu les lumières de la scène. Le 5 mai 2023, Chasseur faisait son retour dans nos contrées avec l’album Le Corps humain.

Dans ses deux premiers albums, Chasseur nous avait habitués à des sujets intimes : le décès de son père souffrant de bipolarité, l’adoption par sa sœur de deux enfants congolais. Ces histoires étaient, certes, universalisées par une écriture subtile des textes qui laissent l’espace d’une appropriation personnelle. Mais elles renvoyaient au vécu direct de leur auteur. Ici, Chasseur fait un travail de projection et s’empare d’un thème tout autre, celui du sort des migrants en Méditerranée, « ces hommes et ces femmes qui n’ont pas d’autres choix que de tout quitter et de prendre des risques au quotidien pour sauver leur peau », ajoute Gaël Desbois.

« Les premiers morceaux de Chasseur, les premières tentatives, ça partait dans tous les sens. Puis, il y a eu ces événements familiaux qui ont pris le pas sur le reste, j’ai eu envie de parler de ça autour de moi », témoigne Gaël Desbois. Mais le regard politique sur le monde n’est pas loin pour autant. Et le musicien cite volontiers le metteur en scène russe en exil Kirill Serebrennikov, qui déclarait dans une tribune pour Le Monde : « Les artistes ne doivent pas obligatoirement avoir une position politique, mais leur devoir est de voir et de refléter la réalité dans laquelle nous vivons » (11 octobre 2022).

« La situation des migrants en Méditerranée me désole terriblement. Elle désole tout le monde sans doute. Mais on oublie un peu. Il s’est passé le Covid, la guerre en Ukraine et on ne pense plus à tous ces bateaux qui se cassent la gueule tous les jours », déplore Gaël Desbois. Le traitement médiatique de la prétendue « crise des migrants » — plutôt de la crise de l’accueil, comme l’ont nommée certains chercheurs — se limite souvent, d’un côté à des images de bateaux renversés et à des nombres de morts, de l’autre à une instrumentalisation populiste sur fond de discours soi-disant économiques. « On tergiverse alors qu’il s’agit de vie ou de mort. Et la prochaine loi sur l’immigration va sans doute apporter encore plus de difficultés pour tous ces gens qui quittent leur pays en guerre pour se sauver », se lamente Gaël Desbois. Signe de cette tergiversation, les lois françaises sur l’immigration ont changé 18 fois entre 1996 et 2021.

chasseur
© Anne Gontier

Loin des chiffres et des dossiers administratifs, Chasseur a voulu quant à lui raconter l’histoire de ces individus, le départ de la terre natale (« En souvenir »), les nombreux obstacles sur la route (« Les Récifs »). Dans « Nous sommes », il va jusqu’à nommer ces anonymes disparus en mer. Et pour raconter cette histoire, Chasseur prend la plume seul pour la première fois, quand les deux premiers albums étaient coécrits avec Nathalie Burel. « Je ne me sentais pas du tout légitime d’écrire. J’ai accompagné plein de projets, mais en tant que batteur tu es toujours un peu caché au fond. Nathalie m’a aidé à travailler le texte, ça m’a donné envie de m’y mettre seul », confie Gaël Desbois. Comme un romancier, il procède par recherches, lit abondamment pour trouver des anecdotes ou des formulations qui vont nourrir son écriture des bons mots.

Mais, musicien au départ, les textes de Chasseur arrivent toujours après et à partir des premiers éléments musicaux, la rythmique et la basse. « Je suis batteur, j’ai besoin de sentir la pulsation dans le corps », explique-t-il. Une fois les textes placés, vient ensuite un travail minutieux sur son logiciel de composition (Logic Audio) pour trouver les synthés et les traitements de son qui feront chanter en chœur les parties de chaque morceau. Si le précédent album était porté par des sonorités lumineuses, du fait du sujet de l’adoption et de sa fin heureuse, Le Corps humain se fait plus crépusculaire, sa danse plus mélancolique.

Écouter Le Corps humain

À lire également sur Unidivers :

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici