La relève des jeunes romanciers de l’adolescence à la dérive est en marche. Charline Quarré fait partie de cette génération du vide, autocentrée et désabusée, qui traîne ses guêtres dans les bars comme ses parents à Woodstock ou dans les rues de Paris en mai 68. A la différence que son héroïne est seule, désespérément seule.

Résumé :

Margot a 17 ans et a déjà fait l’objet d’une pétition de ses camarades de classe lui demandant de… se suicider. Jeune fille sauvage, au caractère ombrageux et peu commode, elle navigue dans une existence faite d’angoisses et d’irrésolution, entre de rares amis et des parents riches et absents.

Un auteur à suivre !

Dans ce roman confession, Charline Quarré n’a d’autre prétention que de se raconter à travers son héroïne Margot. Aucun désir d’universalité ne transpire de ses propos, elle ne s’érige pas en porte-parole de sa génération ; pourtant, on lui prêterait bien ce rôle. Car ce sont bien les maux d’une certaine jeunesse actuelle qui résonnent dans ce récit. L’existence de Margot est « une vie de rien », « une vie froide, sans gloire, sans personne », « une errance sans fin ». Que peut attendre de l’avenir une adolescente qui déplore, à 17 ans, n’avoir « jamais rien construit », ni même « jamais rien appris », et dont l’avenir est un simple « concept » sans consistance ?

À contre-jour est le reflet troublant d’une certaine vacuité qui touche les adolescents en ce début de siècle. Que cachent l’individualisme, l’absence d’idéaux (d’idées ?), l’incapacité à se projeter dans un futur sans les plaisirs éphémères de l’hédonisme et du « jouir sans entraves » ? Le slogan soixante-huitard n’a rien perdu de sa portée. Face à un présent tellement angoissant qu’il en devient paralysant, Charline Quarré se fait le reflet d’une jeunesse dorée, livrée à elle-même, sans repères. Les parents, forts de leur réussite, affichent un confort matériel insolent dont le corollaire malheureux est l’absence de perspectives et de valeurs à transmettre à leur progéniture. Si on n’a rien entrepris (et réussi) à l’entrée dans l’âge adulte, on n’est personne. Terrible constat.

L’histoire d’amour dévorante, emblématique de cet âge de tous les émois, est le fil rouge qui guide le lecteur. Qu’on se rassure, c’est presque anecdotique : à contre-jour, ne verse (presque) pas dans le roman à l’eau de rose. C’est le roman d’une jeune femme en mal de vivre qui ne se cherche plus tant elle désespère de se trouver un jour.

A conseiller si…

… vous voulez découvrir un style différent : l’auteur ne s’embarrasse pas des codes littéraires classiques. Elle malmène les négations et utilise un langage d’une oralité qui, si elle peut surprendre, ne dérange – étrangement  pas – dans la bouche d’une adolescente. Le style aurait pu évoluer avec l’âge de l’héroïne, ça aurait été un plus.

Extraits :

Comment gérer la souffrance engendrée par une rupture amoureuse ? En l’occupant, comme on occuperait un enfant :

On est dimanche, et comme tous les jours maintenant, j’écris et ma douleur fait du coloriage. Comme ça, elle me fiche la paix. Je lui ai donné des crayons de couleur, et même des feutres. Elle va s’en foutre plein les doigts, elle va s’en mettre partout, c’est pas mon problème. Je suis à portée de main de la mallette de peinture, s’il le faut. S’il le faut, je lui préparerais même de la pâte à sel. Pour qu’elle me laisse tranquille. J’en aurais pour l’après-midi. Je redoute le moment où elle voudra me montrer son dessin. Aucune envie de le regarder. Elle va m’obliger à le coller sur le frigo, sans quoi elle se mettra en colère. Et je devrai vivre avec un dessin triste aimanté dans la cuisine. […] Elle se tient calme, c’est une douleur bien élevée.

Hélène

Charline Quarré, À contre-jour, Baudelaire, juin 2011, 128 pages, 14€

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