Marthe Vassallo est une artiste lyrique née en 1974 dans les Côtes-d’Armor. Elle est devenue au fil des années une chanteuse traditionnelle bretonne appréciée et réputée au-delà de la seule Bretagne. Nous avions déjà eu le plaisir de la rencontrer lors de l’inauguration de la Cathédrale de Rennes (voir notre article). Elle avait à cette occasion brillamment interprété a capella une mélodie d’origine bretonne. Mais aujourd’hui, c’est toute la scène de l’opéra qui lui est réservée pour un récital où le métissage et la rencontre sont appelés à prendre tout leur sens… Sans se laisser aller à des lieux communs, Marthe Vassalot propose une expérience aussi troublante que passionnante. Les Gwerziou bretons et les poétiques mélodies du voyage d’hiver (Winterreisse) de Frantz Schubert mêlés dans un même concert. Ils racontent les mêmes histoires…

 

marthe vassalloÀ présenter les choses de manière directe, en quelques lignes, la filiation entre ces deux genres musicaux – l’un populaire, l’autre se classant plutôt dans la musique dite savante – est loin d’être évidente. La crainte d’être confronté à l’un de ces salmigondis musicaux ou le terme mixité est cuisiné à toutes les sauces (surtout les plus insipides) apparaît dés la lecture du programme. C’est pourtant un tout autre résultat qui sera obtenu. Et ce, grâce à différents ingrédients qui méritent d’être soulignés.

Première clé du succès : un choix très judicieux des textes et de leur alternance. Si sombres que soient les récits – une fois en breton, une fois en Allemand – ils entrent dans une forme de résonance qui leur confère une véritable cohérence. Jugez-en par vous-mêmes au travers de la lecture de ces deux extraits.

« Étranger, je suis arrivé, étranger je repars, le mois de mai m’avait bercé de maints bouquets de fleurs. La jeune fille parlait d’amour, la mère, même de mariage, aujourd’hui le monde est si gris, le chemin recouvert de neige ».
« Chaque jour, chaque nuit, seul dans mon lit, au lieu de dormir je ne fais que pleurer. Au lieu de dormir, je ne fais que pleurer quand me revient le souvenir de celle que j’aime. »

La première partie est extrait du poème Gute nacht de Wilhem Muller, la seconde des Secrets du clerc, récit collecté auprès d’une vielle dame bretonne, Louise Grouiec, par Loeiz Ar Floch et Maurice Duhamel. Reconnaissons que les textes et les thèmes s’imbriquent d’une manière parfaite, un enseignant pourrait sans difficulté les donner à apprendre comme récitation à une classe de collège.

marthe vassalloLe second élément de la réussite tient sans doute dans le choix des interprètes. Pour Marthe Vassalo, pas de problème, les chants bretons n’ont pour elle aucun secret ; elle en est une véritable experte et sa voix répond totalement à nos attentes. Elle fait preuve d’un courage certain en s’adjoignant le ténor hollandais Marcel Beekman. En effet, le bougre est pétri de talent et peu s’en faut que sans le vouloir il ne tire un peu la couverture à lui. Franchement, sa diction soignée appuyée sur une voix aux nuances multiples et subtiles lui vaut le respect d’un public si intimidé qu’il ne sait plus à quel moment il convient d’applaudir.

L’Orchestre symphonique de Bretagne ne sera pas en reste. Placé sous la direction de Ariane Matiakh, il se présente en formation assez importante pendant la première partie (ce qui lui vaut un moment de couvrir la voix de Marthe Vassalo…). Il subit une sérieuse cure d’amaigrissement pour la seconde, mais s’adjoint des instruments un peu inhabituels dans une formation symphonique : un accordéon, une machine à vent, un mélodica, une guitare…

marthe vassalloC’est la très lente montée de l’intensité dramatique qui contribue également à la réussite de ce concert. D’abord, le très éthéré Vent d’ouest du compositeur et chef de cœur malouin Alexandre Damianovitch puis nous continuons par une création, Avel vis, les complaintes du vent d’est, plus enlevé, mais assez déroutant. Cette montée est palpable et conduit petit à petit vers des moments de paroxysme proches de certains épisodes d’Une nuit sur le mont chauve de Modeste Moussorgski. Tous ces chants exprimant malheur et tristesse ne peuvent avoir qu’une seule et fatale issue : la mort.

C’est donc la sombre silhouette de la camarde ou, plus localement, celle de l’Ankou*, qui nous accompagne jusqu’au terme de cette forte et intéressante rencontre.

Un plaisir, c’est bien connu, n’arrivant jamais seul, nous avons eu l’avantage de faire connaissance, à l’issue du concert, du nouveau directeur artistique de l’OSB, le gallois Grant Llewellyn, et de sa charmante épouse. La rédaction d’Unidivers leur souhaite chaleureusement la bienvenue et forme les vœux d’une aussi sympathique collaboration que celle qui existait avec Darrell Ang…auquel nous souhaitons bon vent !

* L’ankou, est dans la mythologie bretonne, non pas le diable mais un serviteur de la mort chargé de collecter les âmes des défunts récents.

A noter que le disque-livre Les chants du livre bleu de Marthe Vassallo autour de l’oeuvre du compositeur Maurice Duhamel sortira le 24  mai 2015 au prix de 20 euros.

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