Deux projets ont été retenus par le Comité de sélection de l’appel à projets artistiques Unidivers 2016 : Architexture de Carole Fromenty et Une Obscure échappée de Lionel Tarchala et Nicolas Barette.

 

Si vous vous promenez dans les rues de l’île Saint-Louis, ne demandez raison de la tristesse nerveuse qui s’empare de vous qu’à la solitude, à l’air morne des maisons et des grands hôtels déserts. (Honoré de Balzac, Ferragus, 1833)

Exprimer notre admiration pour certains lieux signifie proposer un certain niveau d’interprétations affectives, un certain degré d’émotions… (Raffaele Milani, Esthétiques du paysage, 2001)

Ma ville sur une carte c’est juste un point, pourtant être né dans cette ville, y passer son enfance, c’est y être attaché par des liens affectifs faits de promenades, de nourritures particulières, de formes architecturales, de couleurs, de lumières, d’activités, d’amours et d’amitiés, mais de chagrins aussi. Chaque lieu est coloré à jamais par ces émotions éprouvées. Lorsqu’on revient dans sa ville natale ou quand quelqu’un évoque son passage dans ces lieux, les sensations se réactivent, les odeurs reviennent, les images renaissent malgré le passage du temps censé émousser les souvenirs. Parce qu’un espace est avant tout perçu avec son corps et aussi avec des sentiments, une ville peut vous forger un caractère, influencer votre destin, déterminer vos goûts et vos humeurs. Les biographes le savent bien puisqu’ils mentionnent toujours notre lieu de naissance malgré le temps éprouvé ailleurs. Votre lieu de naissance sera toujours votre scapulaire. On reste de là où l’on est né ad vitam aeternam.

Pourtant d’autres lieux vous réalisent, décident de vos sensations, influencent vos humeurs. On peut ainsi aimer à jamais une ville, n’importe quelle ville parce qu’on y a été amoureux, parce qu’on y a fait des études passionnantes, vécu l’insouciance des fêtards ou la détester à jamais parce qu’un projet a échoué, un amour s’y est défait. Les villes sont toujours ainsi des lieux de narrations et d’émotions possibles. Plus petitement, une simple promenade dans ces villes trop vite visitées peut générer chez moi des sentiments éphémères mais pénétrants. Je peux ainsi être sensible au temps qu’il fait, à la lumière sur les façades, au rythme de ses avenues, à la langue qui y est parlée et ces perceptions sont retrouvées à chaque souvenir de ce voyage. Chaque ville a sa topographie, chaque fois l’aventure y est différente et l’humeur variable : une rue déserte, les façades austères peuvent m’attrister soudainement comme une place découverte au hasard peut me réjouir naïvement, me donner envie de paresser, de contempler les passants, de voir défiler la vie, tout simplement saisie par une insouciance inattendue.

Le paradoxe aujourd’hui est que nous pouvons visiter beaucoup de lieux virtuellement, satdrops.com nous permet de survoler une oasis africaine et instantstreetview.com de visiter une rue de Tokyo. On peut même, comble de la modernité, marcher dans Amsterdam en regardant une rue de Toronto au même instant. Le lointain et le proche se confondent. Ce qui permet aux artistes d’élargir le champ des possibles et d’imaginer des éventualités propices à l’imagination et à tous de voir sans expérimenter. Est-ce que ce vaste imagier contemporain qui s’offre à moi excitera mon imagination comme ses petites vues obsolètes qui sont aujourd’hui dans mon travail ? Peut-être… jamais il ne remplacera le bienheureux épuisement du mouvement et la dérive au hasard des ruelles. Jamais il ne comblera un désir d’ailleurs.
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Carole Fromenty
Carole Fromenty

Carole Fromenty est née en 1965, diplômée en design textile de l’EAA Lyon en 1989. Vit et travaille à Rochetaillée sur Saône.

Carole Fromenty s’est tout d’abord spécialisée dans le motif et l’impression textile.

Actuellement inscrite au cœur des courants contemporains réformateurs de la pratique de l’art textile, elle engage dans son travail, un dialogue social et culturel, un commentaire historique, un examen des questions personnelles de l’identité, de l’interdépendance, de l’équilibre. Ses travaux résultent souvent d’une hybridation des genres : dessins, broderies, photographies, tissus et objets s’y mêlent et sont traversés de correspondances et de références multiples.

Elle participe à de nombreuses manifestations d’art textile contemporain en France et à l’étranger (biennales du textile d’Angers, Tournai, Vilnius, Venise, Côme, Mexico…). Ses œuvres sont présentes dans de nombreuses collections privées et publiques (acquisition Musée Jean Lurçat et Prix de la création à Vilnius en 2012).

Elle enseigne aussi le design textile à l’École nationale Supérieure des Beaux Arts de Lyon où, de son expérience de designer textile acquise auprès de nombreux éditeurs et studios de création, elle communique son intérêt pour les signes et les motifs et considère le tissu comme un support d’expression actuel, paradoxal, à la fois social et intime, technique et symbolique.

Expositions récentes :

2015 — La Grande Galerie .Savasse. 26
2013 — Du Rhône à la Baltique. Centre Thormann-Speicher. Wismar. Allemagne
2013 — Festival du lin, Chapelle de St Pierre-le-vieux. 76
2012 — Xe triennale internationale des textiles. Musée Lurçat. Angers. 49
2011 — Prix de la création 7th International Biennial of Textile « Vanish/Survive ». Gallery “Arka”. Vilnius. Lituanie
2011 — 7e Triennale Internationale des Arts Textiles Contemporains. Tournai. Belgique
2011 — Galerie Intuiti. Paris. 75
2011 — Biennale du textile. Museo di Palazzo Mocenigo. Venice. Italie
2011 — Magico textil . VI Biennale de l’art textile contemporain. WTA-Aire. Mexico. Mexique
2011 — 4° Concorso europeo per un merletto a fuselli. Museo didattico della Seta – Como .

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