La Criée porte bien son nom : elle consacre une exposition à la mer, ou plutôt à un cargo, le Global mariner. Dans une ville de terre comme Rennes, un peu d’air frais du grand large fait du bien, immensément du bien. Il pousse chacun de nous à découvrir l’équipage d’un bateau sous pavillon de complaisance. Des hommes et des femmes de muscle aux visages burinés, mais aux salaires de misère.

En sortant des clichés habituels, le photographe Allain Sekula part à la rencontre de l’industrie de la mer où les travailleurs sont blacks, blancs, beurs, et toujours exploités. Il découvre leurs corps sculptés à l’huile de coude et façonnés par les charges des docks. Indéniablement, il fait un acte militant : « En prenant comme sujet l’‘espace oublié’ de la mer, avec ses 100.000 navires et 1.500.000 travailleurs, Allan Sekula réfléchit aux conséquences des idéologies néolibérales actuelles. Il révèle l’impact profond de la mondialisation sur la vie des gens, » explique Jurgen Bock, le commissaire de l’exposition.

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A La Criée, la mer de la misère.

A La Criée, l’une des œuvres essentielles est une série de portraits de l’équipage du Global Mariner. Elle présente des marins qui aiment les flots tumultueux, leur cargo éclairé de mille feux le long des quais, un peu moins leur condition de travailleurs. Sékula photographie la mer en fond et les hommes au premier plan. Un juste retour des choses pour ces ouvriers malmenés par des armateurs.

Sékula est un orfèvre de l’émotion, un magicien du bleu et un portraitiste de l’enfer maritime. Il est de ceux qui allient l’art avec l’engagement politique. On aime tout simplement…jusqu’au 20 mai.

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Les photographies de la série Ship of Fools - déjà présentées à Anvers, São Paulo et Edimbourg - constituent une partie de l’exposition. A Rennes, leur configuration est différente. Elles sont exposées avec des objets appartenant à l’artiste, liés au monde des dockers et des marins. « Ces objets d’intérêt » ne doivent pas être compris comme des œuvres d’art, mais comme des facteurs de contextualisation de la photographie de Sekula, tandis que les photographies en retour contextualisent l’incessante collecte d’objets entreprise par Sekula, » explique le dossier de presse. Vous avez compris quelque chose. Rassurez-vous, nous non plus… La suite n’est pas plus claire. On peut y lire : « L’artiste trouve ses « objets d’intérêt » sur les sites d’enchères en ligne, pointant le contraste entre la mystique « vitesse de la lumière » d’Internet et le lent mouvement des cargos, 90% de ce qui navigue sur les mers. » Ouf, c’est fini. Décidément, l’art apparait parfois bien compliqué quand on ne voit pas les choses simplement…

Jean-Christophe Collet

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