Il suffit de regarder quelques tableaux de Balthus pour se rendre compte qu’un grand parfum d’ambiguïté flotte autour de son œuvre.  Et si on s’intéresse encore plus à sa production, on remarque que le contenu de ses écrits n’en est pas moins sulfureux.  Et ce brillant ouvrage va faire la lumière autour des tenants et aboutissants d’une vision décalée qui se révèle à travers les portraits. Une analyse complète est faite autour de cet aspect : l’acte du peintre en lien avec le sujet peint et la toile en constitution.

Le chapitre le plus intéressant du livre (voir le sommaire au pied de l’article) concerne le portrait mondain, celui qui montre comment Balthus a renié certains de ses principes intérieurs afin de socialiser son travail de représentation.

Cette retenue de la provocation va concentrer tout son travail sur une promotion de l’aspect esthétique de la peinture. Et c’est paradoxalement à partir de là que Balthus déploie sa carrure.

Un ouvrage intéressant pour découvrir au-delà de l’évidence.

[stextbox id= »info » color= »0000cc » bgcolor= »ffff00″]Balthus et le portrait, Camille Vieville et Jean Clair, Flammarion, 2 novembre 2011, 206 pages, 60€
Dans un siècle qui a souvent malmené lé portrait, le peintre Balthus (1908-2001) s’est employé avec détermination à le réhabiliter. Si l’on connaît surtout de cet artiste des variations sur le thème de la jeune fille et ses grandes compositions emplies de mystère, le portrait joue néanmoins dans son oeuvre, dès les années 1920, un rôle passionnant et singulier. Attirant alors les créateurs les plus divers, le genre suscite un vif débat qui cristallise les antagonismes de la scène artistique. Après la guerre, dans un contexte plus rétif à la figuration, Balthus poursuivra sa voie, explorant plus encore les possibilités du portrait, notamment par le dessin. À partir des années 1930, le peintre développe une pensée esthétique du portrait marquée par une conception très littéraire. En sont issues des oeuvres qui ont fasciné des écrivains majeurs tels Antonin Artaud, Pierre Jean Jouve, Pierre Klossowski ou encore Albert Camus. Conçus tour à tour comme des créations divinatoires, magiques, nietzschéennes, les portraits de Balthus sont dotés d’un entêtant pouvoir d’envoûtement. Investissant une multitude de champs intimité, mondanité, amitiés artistiques et intellectuelles, autoportrait – ; leur analyse permet de saisir, dans le travail de l’artiste, le rôle fondamental tenu par l’histoire de la peinture, la complexité des processus plastiques et l’emprise de Balthus sur ses modèles.[/stextbox]

SOMMAIRE

Introduction
— Balthus et le portrait en France (1920-1960)

Chapitre I: Balthus et la revendication du portrait
— “Eh bien je réhabilite le portrait”. La conception du portrait chez Balthus
— Penser le portrait: Artaud et Jouve

Chapitre II: images de l’intime: les jeunes personnes
— L’intimité naturaliste
— Jouer de l’intime: les modèles d’atelier
— L’intimité travestie

Chapitre III: le modèle transcendé? Variations sur le portrait mondain
— “C’est peut-être ça le vrai succès”
— Faire “absolument un tableau”

Chapitre IV: portrait d’un milieu
— Portraits d’écrivains et d’intellectuels
— Portraits d’artistes
— Portraits de marchands

Chapitre V: les masques de l’artiste: l’autoportrait
— Balthus Rex
— Le Maître
— Balthus le maudit

 

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