Choisir un roman, dont on fera son compagnon au fil d’une lecture attentive, ressort des plus grands plaisirs. Il est alors question de goût, d’aversion et d’habitudes. L’une des miennes consiste à lire la première et la dernière phrase car j’aime les histoires dont les extrémités s’emboitent. A cause d’un baiser de Brigitte Kernel répond à cette règle primaire (et, j’en conviens, caricaturale) que je me fais d’un bon livre.

© David Ignaszewski / Koboy / Flammarion
© David Ignaszewski / Koboy / Flammarion

Au début, je m’étais dit que c’était inenvisageable, fou et délirant, tromper ma femme, mon essentielle, celle que j’avais eu l’impression de chercher toute ma vie et qui avait été si douce, si délicate, si prévenante, merveilleuse en somme, durant tant de mois, tant de journées difficiles pendant lesquelles mon père semblait se mourir. (…) C’est là que mon portable a vibré.

© David Ignaszewski / Koboy / Flammarion
© David Ignaszewski / Koboy / Flammarion

J’aime les textes nourris de phrases longues et obsédantes sans qu’elles soient une mauvaise copie proustienne. J’aime quand l’auteur fait respirer le style avec un jeu d’équilibre entre envolées et retenues. J’aime les mises en danger dont chacun sait qu’elles sont la condition à tout œuvre puissante. Et, on l’aura compris, j’aime le dernier roman de Brigitte Kernel, car le propre d’un texte accompli relève d’une construction qui n’est pas contrainte par des artifices malhabiles.

Adultère qui n’en a pas l’air, A cause d’un baiser évoque une histoire de femmes dans laquelle beaucoup d’hommes se reconnaitront. A la fois une aventure, mais aussi un embarras et surtout un choix, véritable cas de conscience qui d’ordinaire ne se raconte pas. C’était sans compter le talent de Brigitte Kernel qui sait faire parler les entre-lignes en usant d’un je-ne-sais-quoi d’absolu. Ses personnages prennent forme autour de la seule vérité qui leur aille : l’amour, et ce que l’on accepte d’en faire lorsqu’il sonne plusieurs fois à la même porte. Peut-on aimer deux personnes à la fois ? Tout cela à cause d’un baiser ? Dans le fond, choisir un roman est une chose facile, à condition de laisser les meilleurs venir à soi.

A cause d’un baiser de Brigitte kernel, chez Flammarion, 366 pages – 18,00 €

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