La maison du mosaïste Odorico à Rennes devient le restaurant Bretone qui a ouvert ses portes le 1er décembre 2021 au 7 rue Joseph-Sauveur. Découverte en images d’une maison d’artisan et de sa restauration.

maison odorico
© Amet Alain

En 1939 Isidore Odorico fils commande à Yves Lemoine, architecte de la ville de Rennes, sa maison personnelle à l’emplacement des premiers locaux de l’entreprise familiale de mosaïque au 7 rue Joseph Sauveur, tout près des ateliers d’alors. Propriété privée depuis les années 80 elle a été rachetée en 2017 par Jean-Louis Serre qui l’a rénovée aux normes des bâtiments historiques pour y installer un lieu de restauration qui fera vivre cette maison chargée d’histoire.

Une famille d’Italiens en Bretagne

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Repos dominical pour la famille Odorico, vers 1930. Assis sur le pare-chocs, à l’avant de la voiture, Isidore. À l’extrême-droite, son frère Vincent. (©Rennes, Musée de Bretagne, collection Pierre Tressos.)

Les frères Odorico sont issus d’une famille italienne originaire du Frioul dans le nord de l’Italie. Famille de mosaïstes confirmés, elle émigre en France à la fin du XIXe siècle dans le but de participer à la construction et décoration de l’Opéra Garnier, sous la direction du mosaïste également italien Giandomenico Facchina. À la suite de ce chantier, la technique de la mosaïque étant peu répandue en France et de nouveau remise au goût du jour, ils s’installent à Rennes après un passage à Tours où ils créent leur propre atelier 7 rue Joseph Sauveur : en 1918 naît la société Odorico Frères. À partir de là ils vont démocratiser la présence de la mosaïque dans le paysage urbain rennais et se spécialisent dans la pose de mosaïque vénitienne et romaine, mosaïque de marbre pour dallage, mosaïque en émaux et or. Leur œuvre parsème aujourd’hui la ville de Rennes dont la très fameuse piscine Saint-Georges, ornée de superbes mosaïques signées Odorico.

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Arthur Guy, © inventaire général ADAGP

La maison qu’ils font réaliser par Yves Lemoine est achevée en 1940. Isidore Odorico fils y vivra jusqu’à sa mort. Dans les années 80, la maison est vendue par les héritiers à Amandine Souvestre. Lorsqu’elle décède en 2017, Jean-Louis Serre (propriétaire du Hibou, de la Cavale, du Saint-Germain…) très attaché à l’empreinte laissé par les frères Odorico rachète la maison. À l’issue d’un dialogue avec la Ville de Rennes qui ne souhaite pas voir le lieu de nouveau « privatisé » , le projet de restaurant Bretone est approuvé puisque Jean-Louis Serre souhaite conserver et valoriser les décors de mosaïques.

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Jean-Louis Serre le propriétaire et Héloïse la gérante de Bretone

Il aura fallu trois ans dont 14 mois de travaux pour concevoir le projet jusqu’à son ouverture le 1er décembre 2021. L’endroit baptisé Bretone (à prononcer à l’italienne  » bretoné  » en hommage aux origines italiennes de la famille Odorico, Bretone signifiant breton) sera à la fois crêperie, restaurant et salon de thé. Une proposition à la fois large et diverse pour permettre à toutes et tous de s’offrir le plaisir d’une visite dans cette maison d’artistes.

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© Artur Guy, inventaire général ADAGP

En façade, les travées sont soulignées par des encadrements de grès noir brillant se détachant sur un parement lisse en carreaux cassés de grès jaune au-dessus d’un soubassement de marbre blanc finement rayé de noir.

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© Artur Guy, inventaire général ADAGP

Édifice de plan carré couvert en terrasse, la façade principale est construite en léger retrait par rapport à la rue malgré l’alignement de deux saillies encadrant l’entrée et son portillon, à gauche l’entrée du garage surmontée d’un balcon au 1er étage, à gauche le balcon de la salle à manger.

Le rez-de-chaussée

Le couloir et le hall d’entrée sont couverts d’un tapis de marbres aux couleurs sombres, et jusqu’à hauteur d’appui, d’un lambris de mosaïque de marbre beige animé de tesselles dorées, de grands pilastres plats gris-vert venant habiller les angles; ce thème se poursuit dans la cage d’escalier, les marches étant en granito.

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Le rez-de-chaussée est surélevé et distribué à partir d’un hall central ouvrant sur l’escalier menant aux chambres de l’étage. Le hall donne également accès à la cuisine et aux pièces de réception disposées en enfilade sur la droite. L’ancienne cuisine a été intégralement conservée dans son état d’origine, du placard au lavabo. Les murs sont revêtus de grands carreaux de faïence jaune et le sol d’un carrelage vert et blanc encadré d’une frise de mosaïque.Elle fait aujourd’hui office de bar et de lieu d’appoint pour le personnel de Bretone.

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Le salon et la salle-à-manger sont pavés d’une mosaïque de grès cérame aux motifs géométriques d’inspiration africaine. Le mur aux nombreuses petites niches n’existait pas auparavant il a été créé de A à Z, elles reprennent le motif de la façade percée de cinq ouvertures. La décoration des pièces à vivre, transformées en salle de restaurant, a aussi inspiré la création de la petite cour adjacente.

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Pour la création in situ de la cour intérieure l’inspiration provient du sol du salon et son aspect ethnique dans le dessin inhabituel chez Odorico. En-dessous de cet espace avant son aménagement en petit patio se situait la cave. Les bancs qui courent le long des murs sont en zellige importé directement du Maroc. La construction d’un escalier externe menant au premier étage a également été nécessaire pour des normes de sécurité.

Retour dans le hall où l’escalier qui mène au premier étage est d’origine et ses mosaïques à mi-hauteur en bon état. Durant les travaux de rénovation il aura juste fallu retravailler la rampe. Originellement un plafond surplombait la cage d’escalier. Un agrandissement a été réalisé dans le but de créer un accès au toit. Car l’Italie qui coule dans le sang Odorico se retrouve jusqu’au toit plat qui couronne l’édifice et que Bretone espère bien mettre à profit en le transformant en un rooftop chaleureux. Cet accès au toit a été réalisé sans dénaturer la maison, en collaboration avec les ABF (architectes des bâtiments de France), les grandes ouvertures vitrées permette la conservation de cet esprit 19e.

À la base, un toit plat, une petite ouverture pour monter avec une échelle, plafond, ancienne salle de bains. Petit rooftop à venir, plantes, banquettes etc…

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Le premier étage

La salle de bains est sans doute l’une des pièces maîtresses de la maison. Dessinée par Galliano Serafini, le bras droit d’Odorico, la beauté de ses mosaïques dans un très bon état de conservation témoignent du faste de l’Art déco. Les surfaces de cette pièce sont intégralement recouvertes de mosaïques : le sol en carreaux cassés reçoit des motifs géométriques, les murs une mosaïque bleu-vert rayée d’or, et au-dessus de la baignoire, elle-même habillée de noir et d’or, un panneau de smaltes d’or orné d’un motif de poissons exotiques, d’algues et de coraux. La salle de bains, munie dans les années 2000 d’un lavabo, d’un bidet et de toilettes qui seront supprimés lors des travaux de rénovation pour la transformation du lieu en restaurant redonne à la salle de bains son cachet d’origine en la dépouillant de ces équipement superflus.

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À l’étage trois chambres existaient. Décloisonné, l’espace a été transformé en une grande salle de restaurant. La première chambre avait un accès direct sur la salle de bains, la seconde était équipée d’une cheminée, rénovée et conservée, et d’un dressing. Enfin la dernière chambre possède un petit balcon orné de mosaïque et qui pourrait, comme celui de l’étage inférieur, faire l’objet de restauration dans le futur. En effet pour l’instant aucune restauration n’a été entreprise pour la façade ou les balcons extérieurs. Un projet de ravalement complet de la façade sera sûrement entrepris une fois le bâtiment classé aux monuments historiques.

Aucune des trois chambres de l’étage ne présentait de mosaïques. La rénovation de ces espaces aura consisté en une remise à neuf des murs et la mise en valeur des éléments existants.

Le travail colossal entreprit pour réaménager la maison Odorico en Bretone a été réalisé avec le soutien et l’aide de nombreux acteurs. Caroline Bernard, mosaïste rennaise, qui était à l’origine de la restauration de la salle de bains Odorico il y a quelques années aura participé à la rénovation de la maison Odorico. Ayant accès à tout le fond Odorico, la Ville de Rennes détenant un stock de mosaïques, il a été possible de piocher dedans pour la réhabilitation de mosaïques présentes dans la maison Odorico. Les meubles sont d’origine, conservé pour maintenir vivante la mémoire de la famille de mosaïstes. L’aménagement et la décoration de Bretone a été conçu par Chloé Le Coz, épouse de Jean-Louis Serre avec l’aide de Laurence de la boutique Garance.

Le rôle du restaurant Bretone sera maintenant de surveiller en permanence les mosaïques et de s’assurer de leur bon état : Jean-Louis Serre devra passer pour cette-fois le tablier de conservateur-restaurateur.

Les propositions

À la demande de la Ville de Rennes qui souhaitait conserver ce lieu populaire en raison de l’attachement des Rennaises et Rennais à la famille Odorico, il a été décidé de transformer le lieu en crêperie et salon de thé. Crêperie pour maintenir l’esprit populaire et convivial de ce lieu et salon de thé suite à une demande croissante de ce type de restauration à Rennes. Un service de restauration large et pluriel assuré par la présence de 9 cuisiniers dont 2 pâtissiers.

Exceptionnelle par ses qualités architecturales, la maison Odorico a été conçue comme une maison « vitrine ». Aujourd’hui finalement rouverte au public sous l’enseigne de Bretone elle a été restaurée et laissée dans un état le plus proche de celui d’origine pour le plus grand bonheur des amateurs des mosaïstes. Daniel Enocq, le spécialiste des mosaïques Odorico ne peut que se réjouir, une grande partie du patrimoine laissé par la famille de mosaïstes du Frioul a été sauvée de la destruction.

Un endroit à découvrir à l’occasion d’un repas ou autour d’un cappuccino fait maison (qu’il faut reconnaître délicieux)…

Infos pratiques

Lundi & mardi : 11h – 18h

Du mercredi au dimanche : 11h – 23h

Week-end: service continu (salé)

Salon de thé (sucré) : en continu toute la semaine

Bretone, 7 rue Joseph-Sauveur, 35000 Rennes

Contact : 02 21 07 62 44

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