Guy Lorgeret revient à Betton avec l’exposition Pensée nomade. Le temps d’un été, il y installe des sculptures de femmes nomades sur le plan d’eau. Intrigant et émouvant.

 

pensée nomade bettonL’artiste, plasticien et sculpteur, Guy Lorgeret avait déjà installé, en 2006, deux expositions éphémères sur le canal qui traverse la commune de Betton. Aujourd’hui, 80 femmes sculptées composent sa nouvelle exposition « Pensée nomade ». Elles sont campées sur 9 pirogues et suspendues au-dessus de l’eau à l’aide de socles. Co-réalisée avec Jocelyne Creusier, une artiste plasticienne originaire de la Gacilly, l’exposition interpelle et préoccupe le spectateur curieux.

pensée nomade bettonPenser le lieu

Si Guy Lorgeret a choisi de camper ses sculptures sur le plan d’eau de Betton, car il est partie prenante du quotidien des Bétonnais. Mais l’habitude aidant, le regard prête une attention de moins en moins prononcée. En exposant provisoirement à cet endroit, l’artiste y ramène les regards. Les sculptures – avec leur légèreté, leur mouvement imperceptible sous le vent, leur couleur ocre, leurs différents emplacements, hauteurs et directions ou encore leurs reflets changeants dans l’eau – contribuent à porter un regard rafraîchi sur un site qu’on redécouvre chemin faisant. Le plan d’eau est transformé, embelli par un équilibre harmonieux entre l’œuvre et son environnement. Le vaste espace occupé par l’exposition démultiplie les points de vue ; le visiteur déambule autour du plan d’eau afin d’observer les détails des sculptures. Ces dernières, itinérantes, questionnent l’usage du lieu…

Une invitation au voyage et à la réflexion

Et, de fait, retenu par l’eau, le spectateur ne peut jamais toucher les sculptures. Les femmes nomades semblent passer au loin, hiératiques et intouchables. Quelle est cette tribu, sans homme ni enfant, et où portent ses pas ? Les interprétations sont multiples :  la migration, le voyage, la sédentarisation, l’abandon, la quête ou, encore, la place des femmes dans la société. Les sculptures invitent à une méditation intemporelle sur notre chemin de vie ou sur celui de l’Autre. Du reste, l’été est une période de transition à la fois temporelle et spatiale, propice au voyage et à la rencontre de l’autre. Le meilleur moment de penser nomade…

pensée nomade bettonPenser le temps

Guy Lorgeret fait voyager ses œuvres dans différents sites, son art est nomade. Ses expositions ne restent qu’un temps en place, elles sont éphémères. Betton ne gardera aucune trace de ces dernières. Mais l’œuvre, toujours en mouvement, laisse dans la mémoire un souvenir persistant. Et la couleur argileuse des sculptures de « Pensée nomade » leur confère une forme de mémoire ancestrale. Comme des totems, elles semblent être détentrices d’une spiritualité intemporelle. Le spectateur ne manquera pas de réfléchir à son rapport au temps, à sa fuite et à un monde hypermoderne qui aimerait remplir le temps jusqu’à l’annuler.

pensée nomade betton

Exposition Pensée Nomade, Guy Lorgeret, Jocelyne Creusier, juillet-août-septembre 2016

Plan d’eau de Betton – Site en plein air

Accès libre et gratuit juillet-août-septembre

Contacts :

Artiste : guy.lorgeret[@]wanadoo.fr. 06 81 02 58 49

Mairie de Betton : Place Charles de Gaulle, 35830 Betton. Téléphone : 02 99 55 81 01

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Le Retour à Betton, Guy Lorgeret artiste-plasticien 

Il y a six ans à Betton, dans ce même cadre, j’avais imaginé la traversée d’un peuple migrant d’une rive à l’autre. L’an passé pour les dix ans de Jardin des arts à Chateaubourg, en collaboration avec le mécénat d’entreprise (Triballat Sojasun), j’ai proposé d’élever à cinq mètres du sol un groupe de personnages à bicyclette. Si Chateaubourg est un laboratoire d’expression plastique, Betton est un site public d’application, proposant une infinité de points de vue à l’installation. Celle-ci s’inscrit dans le paysage et démultiplie la proposition par ses reflets, son mouvement, sa couleur, ses rythmes, sa diversité, ses différences de hauteurs et ses changements de direction. Elle est soumise aux phénomènes aléatoires des caprices de la nature. Ainsi, le lieu s’en trouve transformé jour après jour. C’est en se confrontant à ce type d’espace que j’arrive à percevoir la cohérence d’un ensemble et juger de sa valeur. Il faut souvent renouveler l’expérience, recommencer, vérifier l’exactitude des éléments qui constituent le paysage afin de rendre l’action évidente par sa légèreté et sa capacité d’intégration. Sur le plan d’eau, il s’agit d’un groupe dispersé affirmant sa liberté, comme un refus de participation à la compétition. Inscrivant mes recherches dans l’éphémère, je renoue ici avec l’expérience de l’espace et du cadre urbains, j’ai appris à mesurer ses risques, ses contraintes et sa fragilité. Pour ma part, la pérennité des choses n’a pas de sens concret, seule la mémoire collective m’importe.

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