Le bestiaire utopique d’Anima (ex) musica prolifère à l’Hôtel-Dieu

 La fascinante exposition et performance Anima (ex) Musica a élu domicile à l’Hôtel-Dieu dans le cadre des Tombées de la nuit, pour notre plus grand plaisir. Au fil de sa promenade, le public découvre un spectacle d’une ampleur différente de celui qui avait eu lieu à l’écomusée de Rennes en avril 2016, permettant ainsi de renouveler son regard à la fois sur l’œuvre et le site.

 

Anima (ex) MusicaLe lieu de l’exposition n’est pas innocent : il incarne l’esprit du travail du collectif « Tout reste à faire », faiseurs d’animaux musicaux. Sont-ils médecins ou orfèvres ceux-là qui récupèrent des instruments de musiques usés, pour les opérer et leur donner une seconde vie ? Suis-je en présence d’un instrument de musique rétabli ou d’un insecte vivant ? Le spectateur s’interroge lors de sa flânerie onirique, fantastique et poétique dans les couloirs de l’ancien hôpital d’Hôtel Dieu.

Anima (ex) MusicaUne performance dans le cloître de l’Hôtel Dieu

Mettez vos instruments de musique vétustes au service de l’art ! C’est le credo des créateurs des animaux animés et musicaux de l’exposition qui ne jurent que par cette matière première. En en apportant à Hôtel Dieu, vous aurez peut-être même la chance d’examiner leur utilisation dans l’actuelle construction d’un « oniscus asellu » géant (autrement dit un cloporte). Cette performance, c’est l’occasion de redécouvrir le travail énigmatique, passionné et complémentaire du collectif. Mathieu Desailly — plasticien, graphiste, scénographe – dessine et imagine la bête à partir d’instruments de musique défraîchis tandis que Vincent Gadras – travaillant dans la construction, la machinerie et la scénographie – trouve le moyen d’assembler les matériaux ensemble et de construire la bête. Un seul membre de l’équipe manque à l’appel : David Chalmin – compositeur, producteur, ingénieur du son et musicien – qui compose la musique intérieure des animaux : trois pistes musicales pour chacun, enregistrées en studio et installées par la suite dans les entrailles des animaux. De la magie de leur travail commun naît une œuvre inconnue, unique et partageable. Le plaisir évident des artistes dans leur travail se communique largement aux spectateurs.

bestiaire utopiqueFaire œuvre de vulgarisation

Selon Mathieu Desailly, cette œuvre, même si elle est novatrice et indéfinissable, permet plusieurs vulgarisations. Celle d’un monde invisible, oublié ou effrayant et pourtant très nombreux : l’univers des arthropodes – insectes, crustacé, trilobites ou encore arachnides – qui devient visible. En augmentant les proportions de l’animal et en l’exposant, les artistes amènent les spectateurs à observer ses détails ainsi qu’à le tolérer. La beauté mécanique et la construction bien documentée des animaux permettent de vulgariser un travail scientifique et entomologique. La musique d’orchestre se fait aussi connaître grâce à David Chalmin. Les partitions sont variées et originales ; elles incorporent parfois le bruit de la mécanique des animaux. Les instruments de musiques, dépecés, mais toujours respectés dans leurs usages originels, permettent de faire découvrir leurs ossatures.

Anima (ex) MusicaAux origines du plaisir

Devant l’exposition, le spectateur retombe enfance et en éprouve un vif plaisir. La mécanique et la construction des animaux animés fonctionnent comme une madeleine de Proust. Le visiteur s’amuse à deviner avec quels instruments de musique sont construits les animaux ou à deviner le résultat de la construction en cours des artistes. Plus philosophiquement, Mathieu Desailly indique que le spectateur ressent du plaisir, car les créatures remuantes satisfont une curiosité originelle. Elles ont été là avant nous et resteront sûrement après nous. Sans eux, nous ne serions pas là, car ils participent à notre écosystème. Le plasticien ajoute qu’à l’avenir il espère pouvoir varier les plaisirs en utilisant des instruments de musique non européens, venus d’Asie ou d’Afrique.

ANIMA (EX) MUSICA / LE BESTIAIRE UTOPIQUE
Cie Tout Reste à Faire (France)
Exposition / Performance – Hôtel Dieu – Création 2016

Cloître de l’Hôtel Dieu
Gratuit
Du 4 au 10 juillet : 12 h-20 h

Une création de Mathieu Desailly (plasticien) , Vincent Gadras (scénographe) et David Chalmin (musicien).

En s’appropriant les restes éparpillés d’instruments de musique qu’ils démontent, remontent et assemblent, Mathieu Desailly, Vincent Gadras et David Chalmin créent d’incroyables sculptures sonores en forme de créatures animales. Dans un fascinant mouvement fusionnel de bois et de métal, insectes, crustacés, trilobites et arachnides s’animent, vibrent et ondulent pour jouer leur partition musicale. Après la création en performance de leur cinquième pièce, à l’Écomusée du Pays de Rennes en avril dernier, tout reste encore à faire dans cet étonnant souffle naturaliste et plastique où se croisent et fusionnent travaux d’entomologistes, de sculpteurs et de musiciens… Dans le magnifique cadre du cloître de l’Hôtel Dieu, arthropodes géants, scarabée, sauterelle et araignée seront tout à leur aise pour nous transporter dans leur seconde vie mécanique et poétique.
Venez donner ou vendre à petit prix votre instrument de musique, contrebasse cassée, flûte bouchée, batterie percée, saxophone enrhumé, instruments malades ou abandonnés… Anima (Ex) Musica s’occupe d’eux et leur donne une nouvelle vie, un nouveau départ !

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