Bertrand Lavier est né en 1949. Il est l’un des artistes les plus connus des années 70 et 80. La liste des musées étrangers l’ayant exposé suffir à en dire long sur le « palmarès » de cet artiste adepte de la perspective et du fameux ready-made cher à Duchamp. Faire de Lavier, le descendant direct du grand Marcel semble d’ailleurs assez logique tant les deux hommes ont en commun beaucoup plus que d’être du même courant artistique. Ils étaient aussi des hommes plutôt identiques : provocateurs, paresseux, dandys, fanas du verbe et hautement créatifs.  Cette exposition du musée Beaubourg le démontre élégamment.

Depuis le début des années 70, Bertrand Lavier interroge les rapports de l’art et du quotidien ainsi que la nature de l’œuvre d’art en plaçant dans un environnement socialement identifié comme lieu d’exposition d’œuvres d’art, des objets empruntés à la vie courante, modifiés ou hybridés de façon à ce que leur statut même s’en trouve mis en question. Pendant les années soixante-dix, il réalise des travaux photographiques puis repeint des objets dans le cadre d’une réflexion sur la peinture: Il recouvre un piano, une fenêtre, un réfrigérateur ou encore un miroir d’une épaisse couche de peinture tout en reprenant les couleurs d’origine des objets peints.

Ses premières œuvres exploitent l’ambiguïté résultant d’objets quotidiens (voitures, armoires en tôle, réfrigérateurs…) simplement recouverts d’une épaisse couche de peinture posée en larges aplats : ces objets sont à la fois l’objet lui-même (ils demeurent théoriquement utilisables) et l’image de l’objet, en raison de la peinture qui les recouvre. Dans le même esprit, Lavier repeindra ensuite partiellement à l’identique un tableau « ancien », invitant à s’interroger sur le statut de l’œuvre.

Bertrand Lavier a bâti une œuvre qui, au gré de divers « chantiers » ouverts mais jamais fermés, invite son public à se déprendre de ses certitudes. Jouant avec les catégories, les codes, les genres et les matériaux, l’art de Lavier manifeste une inclination pour l’addition, le croisement, l’hybridation, la transposition. La rétrospective présentée par le Centre Pompidou, organisée thématiquement et non chronologiquement, propose, en une cinquantaine d’œuvres, un parcours qui met en évidence cette entreprise de court-circuit des identités, une exposition qui sollicite à parts égales l’œil et l’esprit.

40 ans de la vie de l’artiste à travers une cinquantaine d’œuvres sont exposés durant quelques semaines. Les œuvres sont aussi monumentales que simples et profondes. Une voiture cabossée, des frigos entassés, des sculptures réinterprétées… Peintures industrielles, objet peints, socles ou superposés, tout y est. Des mondes jusqu’alors séparés se croisent l’espace d’une sculpture. Les objets s’assemblent pour en faire un nouveau. Le plus marquant dans cette exposition reste la modernité du message délivré. Une façon de décoder la société des plus intelligentes. Un joli hommage rendu à cette figure de l’art moderne.

 Visuel : Bertrand Lavier: «Beaunotte/Nevada», 1989, Courtesy Monsieur et Madame Seguin

Centre Pompidou, Paris 4e. Jusqu’au 7 janvier 2013.

Du mercredi au lundi de 11 heures à 21 heures, le jeudi jusqu’à 23 heures. Entrée : de 9 à 13 €.


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