Entre 2001 à 2011, Benjamin Biolay a écrit cinq albums studio, le projet Home et 2 bandes originales de films. Révélé avec Rose Kennedy et consacré avec La Superbe, il est devenu avec sa pop de dandy plein de morgue l’un des brillants chanteurs de sa génération. Longtemps attendu, ce premier best of propose en 19 titres le B.A.BA de BB. Ou presque…

 

Les « best-of » ont pour seul intérêt de rapporter une « oeuvre » à une « carrière ». C’est souvent sec, plein de poussière. Surtout après… dix ans de métier ! Reste qu’il n’est pas toujours facile de trouver sa place dans une société qui fait des quarantenaires de jeunes seniors tout en ne cessant d’invoquer une jeunesse perpétuelle. La poésie sonore de Benjamin Biolay présente au moins le mérite de mettre en beauté (bancale, certes) cette aporie de notre époque. L’eau claire des fontaines est l’une des jolies surprises de ce dispensable « album » ainsi que l’Histoire d’un garçon et Négatif, autre inédit relativement pénétrant.

Mais mort ou vif
je reste négatif
puisque tout fout le camp…
(B. Biolay, Négatif)

Alors Biolay, très contemporain ou mécontemporain ? Au moins sait-il être l’un et l’autre avec impertinence. Avec une façon jamais servile, il invite ce qui se fit de mieux et de plus inventif dans le passé de la « chanson française » en le réinventant, sans céder d’un pouce aux facilités de la mode. Cet atout constitue le grand « mérite » de cette habile fabrication… mercantile.

Pour oser une comparaison, les meilleures chansons de Biolay (absentes du Best of, hélas !) pourraient composer la bande son des romans de Houellebecq. Un autre attrait, finalement, de cet  assemblage peu convainquant?

Allons, il faut le dire : cela doit être intimement douloureux pour Biolay de se contraindre à « porter à gauche » lorsqu’on a une âme à ce point aristocratique et hautaine. Heureusement que les mots et les notes excèdent souvent la pensée « consciente trop consciente »… Mais n’est pas Ferré, Manset ou Murat qui veut. Qui plus est, ce best-of rappelle les ratages tels que La Vanité ou La Plage. Dommage !

25 novembre 2011,  EMI Music France

01 L’eau claire des fontaines (Inédit) 05:04
02 Dans mon dos 03:46
03 Dans la merco Benz (Radio edit) 03:05
04 Les cerfs volants (Edit) 04:05
05 A l’origine (Radio Edit) 04:15
06 Chère inconnue 03:15
07 Padam (Edit) 04:02
08 Nuage Noir 02:25
09 Qu’est ce que ça peut faire ? (Radio edit) 04:11
10 Bien avant (Edit) 04:04
11 La ballade du mois de juin 04:20
12 Négatif 04:55
13 Los Angeles #2 04:28
14 Ton héritage 04:18
15 Brandt Rhapsodie (en duo avec Jeanne Cherhal) 04:41
16 La vanité 02:06
17 La plage 04:36
18 Novembre toute l’année (Edit) 03:01
19 La Superbe 06:16

Paroles de L’eau claire des fontaines

On y jette les écus, l’été
la monnaie de singe oxydée
qui déforme les poches des gilets
vœux pieu, vœux d’épure, bonne santé
on pense à de vieux films sous-titrés
on rêve d’y voir gros cul tout mouillé
mais aussi d’y voir les enfants s’y baigner
vœux pieux, vœux impurs, femmes d’à côté

rideaux baissés
femmes d’à côté
rideaux levés

l’eau claire des fontaines
est faite des larmes
de tous ces gens qui saignent
mais qui s’éloignent
l’eau claire des fontaines
est faite des larmes
de tous ces gens qui saignent
mais qui s’acharnent
puis qui s’écharnent, charme
bras en écharpe

on y croise le reflet tordu
d’un amour flou
puis à jamais foutu
d’histoires de fous
puis d’une malle dans la rue
je vous en conjure
Ça jamais plus
en rêvant de pouvoir s’enivrer
a l’eau de cette fontaine éclairée
des lustres cuistres qui n’a pu exaucer
vœux pieux, vœux sordides, vœux d’homicide
vœux jet d’acide, vœux d’homicide
ceux du centre suscitent

l’eau claire des fontaines
est faite des larmes
de tous ces gens qui saignent
mais qui s’éloignent
l’eau claire des fontaines
est faite des larmes
de tous ces gens qui saignent
mais qui s’acharnent
puis qui s’écharnent, charme
bras en écharpe

on observe le futur cornu
qui se tire le portrait d’un néant tendu
rendez-vous dans presque dix-huit mois
repartir à zéro, peut être à trois

on regarde le remoud si calme
indicible à l’échelle de l’âme
et on songe à reprendre la came
vœux pieux, vœux d’épure, dernières larmes
dernières flammes, dernières larmes
tout est si calme

pas assez profond pour s’y baigner
pas assez profond pour s’y noyer
pas assez profond pour s’y baigner
pas assez profond pour s’y noyer

l’eau claire des fontaines
est faite des larmes
de tous ces gens qui saignent
mais qui s’éloignent
l’eau claire des fontaines
est faite des larmes
de tous ces gens qui saignent
puis qui s’acharnent
puis qui s’écharnent, charme
bras en écharpe
charme

La culture est une guerre contre le nivellement universel que représente la mort (P. Florensky) Journaliste, essayiste, musicien, a entre autres collaboré avec Alan Stivell à l'ouvrage "Sur la route des plus belles légendes celtes" (Arthaud, 2013) thierry.jolif [@] unidivers .fr

2 Commentaires

    • Bonjour Sophie,

      Au risque d’être un peu trop direct, je dirais que tout est raté à mon sens : le texte et la musique. La musique d’abord, puisque BB commence par-là. Plate et sans intérêt, très loin de ses meilleures trouvailles ; par exemple, les arrangements de « Ton Héritage », chanson de facture très classique elle aussi, offrent, par ses arrangements décalés, des sensations en parfaite adéquation avec la sensibilité du texte. Ce qui ne se retrouve pas dans « La Vanité ». La réussite dans ce ratage, c’est surement la vanité de cette chanson.

      N’hésitez pas à me répondre si votre point de vue est différent,
      Bon dimanche et bonnes fêtes,

      Thierry

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