Dans son huitième roman, sorti en octobre 2015 Benjamin Berton approche le phénomène de la radicalisation à travers les événements de Charlie Hebdo. Ici, le narrateur est l’un des frères Kouachi qui aurait survécu à l’assaut des forces de police. Il se serait caché dans une forêt le temps de se faire oublier et de réintégrer progressivement la société en devenant 4 ans plus tard père de famille et employé dans une boîte de téléphonie.

 

benjamin-bertonLe protagoniste de « J’étais la terreur » apparaît donc comme un personnage moins fanatique que ses compagnons, une certaine part d’humanité subsiste encore en lui, permettant ce retour à une vie sociale à peu près conventionnelle, mais toujours hantée par le souvenir de ces actes effroyables. À travers ce Kouachi imaginé, Benjamin Berton essaie de retracer le cheminement qui l’a conduit à se radicaliser : absence de père, échec scolaire, précarité, délinquance, incarcération, stigmatisation, frustration, déséquilibre psychique, croyances erronées se concluant par l’adhésion à cette pseudo religion.

Benjamain Berton ne transforme pas le bourreau en victime, mais essaie de faire passer un message absent du traitement médiatique. Qu’en est-il des situations en banlieues, de l’intégration, de la mixité sociale et ethnique ? De la paupérisation qui génère ressentiment et frustration ? Par ailleurs le système carcéral joue-t-il son rôle de réinsertion ? L’Occident ne monopolise-t-il pas le devant de la scène culturelle, économique, médiatique, politique mondiale et laisse au second plan des pays accablés par des drames bien plus terribles ?

Est-ce que je fais amende honorable ? Au risque de décevoir, ce n’est pas aussi simple. Nous sommes la succession de nos actes, leur somme et leur multiplication. La soustraction ne fait pas partie de l’ordre de nos passions. Vous pouvez vous couper un doigt, une jambe ou les cheveux, mais pas des épreuves, des joies et des peines qui ont fait de vous l’homme que vous êtes à présent. (p.49/50)

benjamin bertonLauréat du prix Goncourt du premier roman en 2001, Benjamin Berton est un écrivain atypique sur la scène littéraire française. Abordant ici un sujet grave, il arrive à manier avec brio éléments dramatiques et humour. Loin d’être maladroite, cette touche de drôlerie donne à son récit une lecture aisée et rythmée. Enfin l’auteur propose une autre façon de penser le phénomène de l’islamisme radical plus nuancée et approfondie via quelques 200 pages à lire en retrait du tumultueux et hyper émotionnel traitement médiatique mainstream.

Benjamin Berton J’étais la terreur, éditions Christophe Lucquin, octobre 2015, 220 p., 18 €

Benjamin Berton est né en 1974 à Valenciennes. Son premier roman Sauvageons (Gallimard, 2000), a reçu un accueil critique enthousiaste et été récompensé par le Prix Goncourt du Premier Roman et celui de la Vocation. Il a écrit depuis six autres romans publiés principalement chez Gallimard dont plusieurs ont été traduits à l’étranger. Diplômé d’histoire et de sciences politiques, il affectionne l’anticipation sociale et incorpore des éléments réalistes, historiques et politiques à des histoires aux accents fantastiques, sur le modèle de ses modèles anglo-saxons que sont Will Self, JG Ballard, ou John Updike.
Vivant au Mans depuis plus de dix ans et travaillant à la Sécurité sociale à Paris, il est aussi chroniqueur culturel pour diverses publications web et organisateur occasionnel de concerts de rock. Il travaille depuis de nombreuses années dans l’Est parisien et connaît parfaitement la géographie des événements du 7 janvier 2015.

Crédit photo : Stéphane Duarte

Nils Arrec est un musicien ayant étudié à l'école nationale de guitare Ibanez de Rennes. Il partage son temps entre la composition de chansons folk, de morceaux blues, et la lecture de romans également.

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