LES PETITS RIENS DE BENEDICTE KLÈNE A LA MAISON DU LIVRE DE BECHEREL

Derniers jours avant la clôture de l’exposition Les Petits Riens du Groenland de l’artiste Bénédicte Klène, à la Maison du Livre à Bécherel ! Jusqu’au mardi 11 juin 2019, cette chroni-croqueuse et illustratrice propose de découvrir, à travers des carnets de voyage dessinés, son expérience au sein de la résidence d’artistes « Artistes en Arctique », au Groenland. Une occasion de rencontrer Bénédicte Klène et de parler de voyage, de rencontres et de ces riens qui font une expérience unique.

benedicte klene

Unidivers : Commençons par l’histoire des Petits Riens de Bénédicte Klène. Comment sont-ils nés ?

Bénédicte Klène : Cette appellation remonte à l’origine de mon travail de dessin, vers 2005. J’avais une pratique picturale et sculpturale à la base, mais j’ai profité d’une semaine de randonnée à ski dans les Pyrénées pour me remettre au dessin : avec un petit carnet et un stylo en poche, je me suis donné comme consigne de faire un dessin par jour. Nous allions de refuge en refuge, et chaque jour je consacrais un moment au dessin, pendant la randonnée ou au refuge le soir. Mes enfants demandaient à voir mon devoir du jour, mais je leur signifiais que ce n’était rien. Alors, ils me répondaient « montre-nous tes petits riens alors »… Pendant très longtemps, je n’ai pas montré ces dessins. Une proposition d’exposition à la galerie municipale de Quimperlé m’en a donné la possibilité.

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J’ai toujours un crayon et du papier dans le sac, prête à dégainer.

Unidivers : À travers des carnets de voyage dessinés dans des leporellos faits main (livre qui se présente sous la forme d’un soufflet que l’on déplie comme un accordéon, NDLR), votre pratique aborde les thématiques du flux, des migrations et du voyage. Avez-vous toujours été sensible à ces sujets ?

Bénédicte Klène : Les voyages sont une source d’inspiration inépuisable quand on dessine. Et je fais partie de la génération née en Algérie et arrivée en France après l’indépendance et qui n’a, de ce fait, pratiquement pas vécu en Algérie. Nous avons été ballottés de droite à gauche, ce qui m’a rendu sensible aux problèmes de migration. Dans mon histoire familiale, des personnes ont pu se retrouver dans la situation des migrants actuels, obligés de quitter leur pays d’origine afin de trouver refuge dans un nouveau.

L’Histoire a porté un regard différent sur la question des Français d’Algérie, mais je reste sensible à ces problématiques, ne serait-ce qu’humainement parlant.

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Unidivers : L’art, et le dessin en particulier, est selon vous un moyen de créer un trait d’union entre les personnes et le monde…

Bénédicte Klène : J’ai longtemps enseigné et j’ai toujours eu en tête l’idée de prendre une retraite anticipée afin de me consacrer à l’art. L’occasion s’est présentée il y a quelques années. C’était un travail très prenant, et en un instant, j’étais disponible. J’avais proposé au Pôle Sud de Chartres de Bretagne de suivre la saison culturelle et de dessiner quotidiennement pendant six mois les événements : expositions, concerts, ateliers et résidences. C’était mon premier reportage dessiné dans une structure dynamique. Le dessin est un langage universel, il permet une connexion avec le monde.

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Le dessin est un outil fantastique dans la communication avec les autres. Il suffit d’un carnet et un crayon, et le contact se crée.

Unidivers : Vous avez réalisé plusieurs résidences d’artistes, notamment à Naples et sur les Chemins de Compostelle. Recherchiez-vous déjà ce caractère exceptionnel et unique dans vos résidences d’artistes ?

Bénédicte Klène : Je recherche une expérience de vie. Il ne s’agit pas de croquer le quotidien, mais plutôt une expérience de rencontres. Au printemps 2018, j’ai réalisé un reportage dessiné en collaboration avec une association pour les 20 ans des Chemins de Compostelle au Patrimoine de l’UNESCO. Nous avons marché avec les membres de l’association pendant une semaine environ sur un parcours d’une centaine de kilomètres. Ce travail a donné lieu à une exposition à la médiathèque de Saint-Gilles du Gard (région Occitanie, 30). Cependant, le sujet n’est pas totalement exploité, car la préparation de la résidence en Arctique a pris du temps. Entre Naples, les chemins de Compostelle et l’Arctique, j’ai trois beaux projets d’écriture maintenant.

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Unidivers : En février 2019, vous avez participé, avec quatre autres artistes, à la résidence Artistes en Arctique. Votre travail fait aujourd’hui l’objet de l’exposition Les petits riens du Groenland, à la Maison du Livre de Bécherel. Le capitaine Philippe Hercher propose à des artistes de séjourner un mois sur le Manguier, un ancien remorqueur transformé en navire d’expédition polaire. Quel est l’objectif de cette résidence ?

Bénédicte Klène : Pris dans la glace, le bateau se trouve à trois kilomètres du village Akunaaq (une quarantaine d’habitants au moment de la résidence), situé à l’est d’Aasiaat. L’idée initiale de Philippe Hercher et de l’association Les amis du Manguier consiste à accueillir des artistes à bord du bateau afin qu’ils rencontrent les écoliers d’Akunaaq et leur proposent un atelier.

Pour mon projet artistique, j’ai tenté de créer un lien entre les écoliers en Bretagne et ceux de l’école d’Akunaaq. J’ai rencontré en amont Valérie Auvergne de la Maison du Livre (Bécherel) et d’autres personnes avec qui j’avais déjà travaillé, les services culturels de la ville de Saint-Grégoire et de Vezin-le-Coquet. Ce travail avec les écoliers a tout de suite intéressé, mais Philippe Herschel était plus prudent. Les Inuits étant réservés, il avait peur que la réception et la réponse ne soient pas celles que j’attendais.

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Les écoles de Bécherel et Paul Émile Victor de Saint-Grégoire voulaient réaliser une correspondance ou communiquer par Internet. Cependant, créer un dialogue entre les deux écoles sans vraie connexion Internet était techniquement impossible. Les enfants de Bretagne ont donc travaillé sur des leporellimini. Le premier était offert aux enfants d’Akunaaq et le second, celui qui est exposé aujourd’hui, a été travaillé avec leur enseignante.

D’autres problématiques sont entrées en jeu pendant la résidence. Le premier atelier a été retardé à cause de la grippe et le second a été annulé par manque de temps. Les écoliers d’Akunaaq n’ont pu réaliser qu’un leporellimini, celui qu’ils voulaient garder… À mon retour en Bretagne, nous avons parlé de l’expérience avec les enfants des écoles respectives, je leur ai montré les photographies, mais il n’y a pas eu de retours concrets malheureusement. Établir un lien en si peu de temps s’avère très difficile donc… j’aimerais bien repartir ! (rires)

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Unidivers : Comment organisiez-vous votre temps sur le Manguier, entre les tâches quotidiennes à effectuer et le travail artistique ?

Bénédicte Klène : L’association Les amis du Manguier et Philippe Hercher n’imposent aucune production et ne demande pas de restitution aux artistes. Ils offrent la possibilité de développer un projet personnel et facilitent le processus au besoin. J’ai reçu le soutien matériel de Canson et Faber Castel pour la résidence, Philippe m’a accompagné et filmé, car je voulais réaliser une vidéo en remerciements. Il est allé voir Ferdinand, le musher (meneur de chiens, NDLR) et a facilité la communication entre nous.

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Je voulais dessiner des panoramas sur la banquise, mais le froid et le vent imposaient une préparation en amont. Pour le premier dessin que j’ai réalisé en extérieur, le 20 février, Philippe m’a aidé à préparer un petit traîneau sur lequel j’ai pu m’asseoir. Je m’étais préparé une boîte à dessiner et un tapis chauffant sur batterie afin de protéger mon papier et mes stylos sinon l’encre gelait en cinq minutes. Il avait préparé une peau de bœuf musqué, de façon à ce que je sois mieux protégée du froid. Ce n’est qu’avec tout ce dispositif qu’il m’a été possible de dessiner à l’extérieur avant de mettre en couleurs sur le bateau.

Les artistes doivent seulement réaliser un texte dans le catalogue. Un texte avec notre ressenti nous a été demandé à la fin de la résidence pour être publié sur le site du Manguier. Philippe a conseillé de l’écrire à chaud, dans l’avion, parce qu’avec le tourbillon du retour, on aurait du mal à s’y retrouver.

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Unidivers : Quel était votre processus créatif pendant le mois de résidence ?

Bénédicte Klène : Mon protocole a légèrement changé. Je suis partie avec 60 m de papier préalablement coupés et pliés, soit 2 m de papier par jour. Ils n’ont été reliés qu’à mon retour en France. C’est pour cette raison que, faute de temps, certains ne sont pas reliés dans l’exposition Les petits riens du Groenland. Je travaille exclusivement avec du papier couleur crème habituellement, mais je voulais aussi travailler le blanc et le gris pour cette expérience. J’ai réalisé un grand panorama du Mont-Blanc un jour et le public n’assimilait pas forcément le fond beige à de la neige, ils pensaient à une vague (rires). Le gris devait servir aux intérieurs, mais finalement, je n’ai pas eu l’occasion d’en dessiner beaucoup. J’ai essayé de privilégier les portraits, dessiner les intérieurs m’intéressait également, mais il aurait fallu plus de temps. J’ai tenté d’intégrer les portraits dans un intérieur même s’il ne s’agit que de quelques lignes abstraites.

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Quand je fais le portrait de quelqu’un, je prends toujours une photo de la personne tenant le dessin.

Pour la première fois depuis longtemps, j’ai utilisé des carnets de croquis et le changement de format m’a plu. Le cahier de croquis est un autre support, une autre manière d’appréhender les images et d’écrire un texte. Cependant, dans le cadre d’une exposition, on revient obligatoirement à un fac-similé afin que les gens puissent le feuilleter…

Unidivers : Qu’apporte ce genre d’expérience, autant d’un point de vue personnel que professionnel ?

Bénédicte Klène : La résidence m’a poussée à aller plus loin sur le plan artistique. J’ai dessiné en cherchant à communiquer un maximum avec les gens, notamment pendant les portraits. Afin de garder une trace et de passer le plus de moments différents et particuliers.

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Dessiner dans ces conditions et garder cette spontanéité du dessin ont été un challenge. Je me suis un peu bousculée dans la mesure où je suis allée sur des formats et techniques inhabituels pour moi. Le défi va maintenant se situer dans la restitution et sur la manière de rendre compte de ce travail et de cette expérience. En plus des dessins, j’ai tenu un journal de bord, réalisé des enregistrements, et parfois, j’ai écrit des textes au dos des dessins donc j’ai dans la tête un projet de livre et j’espère qu’il aboutira. Tout ceci représente un renouveau sur le plan artistique.

Aller à la rencontre de personnes que je n’aurais jamais rencontrées dans d’autres conditions ne peut qu’être une expérience extraordinaire sur le plan humain. Pendant un mois, notre maison s’est trouvée sur un bateau, pris dans la glace… c’est une expérience unique de vivre dans un coin aussi reculé et de très belles rencontres, autant avec les habitants qu’avec les artistes.

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Unidivers : Comment se profile la suite pour vous ?

Bénédicte Klène : Je suis invitée à réaliser une exposition en Islande à la rentrée, malgré mes tentatives d’intégrer les autres artistes, le budget des organisateurs n’a pas pu le permettre. Je monte également un projet d’exposition collective avec la ville de Saint-Grégoire pour février 2020. Il serait question d’inviter les artistes de cette édition, ainsi que ceux des éditions précédentes et de la suivante, afin de montrer leur travail.

Le Manguier quitte provisoirement le Groenland au mois de juin et vient hiverner en Islande avant de repartir au printemps 2020 au Groenland. Le bateau a besoin de faire son plein de bois et le calendrier tombe parfaitement bien avec l’exposition en Islande donc j’aimerais y retourner…

Jusqu’au mardi 11 juin 2019 Exposition Les petits rien du Groenland, Maison du Livre, à Bécherel. 

Site / Instagram

Infos pratiques :

Maison du Livre
4 Route de Montfort
35190 Bécherel

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