Beaux Arts – N. m. pl. Nom donné à l’architecture et aux arts plastiques et graphiques (sculpture, peinture, gravure), parfois à la musique et à la danse.

 Philippe Decouflé a bien retenu la définition de Larousse. Dans son spectacle donné dans le musée dédié aux Beaux-arts, il n’en oublie aucun. Et il y ajoute l’humour (n.m. : forme d’esprit qui cherche à mettre en valeur avec drôlerie le caractère insolite ou absurde de certains aspects de la réalité – en l’occurrence, le caractère emphatique de certaines œuvres d’art), notion si rare dans l’art contemporain. Sa compagnie investit les salles et y anime des « tableaux » chorégraphiés qui transcendent notre regard sur le clair-obscur, le baroque, le romantisme, le fauvisme, le cubisme… Déambulons à la suite des danseurs.

Premier tableau. Les artistes singent un défilé de mode. Les mannequins marchent d’un pas alerte avec un air espiègle, juchés sur d’invraisemblables semelles compensées, et vêtus de tenues inspirées des danseuses de Degas ou des extravagances de Jean-Paul Gaultier.

Deuxième tableau. Entre les bleus de Sam Francis et de Frantisek Kupka, les notes harmonieuses d’un violoncelle et d’une voix de haute-contre accompagnent la gestuelle impeccable de trois danseurs en vert Véronèse et bleu outremer.

Ici, une femme dodue promène un cadre vide sur les mains du Jeune artiste anonyme du XVIIe siècle ou de la Madeleine pénitente de Phillippe de Champaigne, aiguisant notre regard vers ces détails. Devant le Nouveau-né de Georges de la Tour, une bougie allumée ajoute au mystère du chef-d’œuvre des collections.

Là, une danseuse très maigre fait des effets avec une ample robe sans doute taillée dans ses rideaux. On la retrouve plus tard avec un panier de pommes qu’elle dispose (artistiquement, bien sûr) sur la robe devenue nappe au sol.

Dans les salles rouges, des danseurs arborent les expressions de têtes d’enterrement  appropriées à la Descente de croix de Charles Le Brun, l’allégresse de la Résurrection du Christ de Coypel ou l’emphase des visages peints par Adriaen van der Werff ou Charles Meynier, Une silhouette entièrement recouverte d’argent se meut sur la mélodie d’un flutiste, bientôt rejointe par deux comparses en combinaison à damiers intégrale. Leur pas de trois répond aux lignes graphiques du Grand Casque d’Yves Laloy.

D’autres impromptus prorogent l’extraordinaire Chasse au tigre de Rubens, ou renvoient le ballon aux Baigneuses de Picasso. Là, deux statues qui bougent ! Ce sont deux noirs à la plastique impressionnante –ils devraient plaire à la Femme entre deux âges (anonyme français du XVIe s.) !

Le tableau final est à la hauteur de cette visite… guidée, mais pas trop – oui, c’est dingue, même le service d’ordre est discret, et souriant ! Les muses s’en sont donné à cœur joie dans ce spectacle décalé qui « questionne » l’espace muséal et nous offre une proximité magique avec l’art et les artistes. Parmi lesquels on a reconnu Christophe Salengro. Oui, l’homme de la pub Gerflor, et le président de la présipauté du Groland. Respect !

Spectacle de Decouflé et de la Compagnie DCA donné aux Beaux-Arts dans le cadre du Festival Mettre en scène du mardi 12 au samedi 16 novembre, 20h et 22h30

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Au musée des Beaux-Arts Decouflé ne manque ni d’art ni d’humour 

 

mc.biet [@] unidivers .fr Architecte de formation, Marie-Christine Biet a fait le tour du monde avant de revenir à Rennes où elle a travaillé à la radio, presse écrite et télé. Elle se consacre actuellement à l'écriture (presse et édition), à l'enseignement (culture générale à l'ESRA, journalisme à Rennes 2) et au conseil artistique. Elle a été présidente du Club de la Presse de Rennes.

Un commentaire

  1. Découflè s’est sans doute trouvé un peu pataud devant tant de chefs d’oeuvres et Il s’est dit qu’il fallait tourner tout cela en dérision pour sauver la face. Certes, certaines descentes de croix donnent envie, mais pourquoi bâcler une si belle idée. La restitution de certaines oeuvres est tout simplement pathétique de pauvreté plastique et dramatique. Illustrative, devant « La Femme entre les deux âges » où le chorégraphe caresse gentiment le maniérisme en forçant le trait dans les costumes et accessoires, genre conseiller DRAC  » c’est joli, j’ai compris, je passe une bonne soirée ». Laid, devant la peinture d’une magnifique femme dénudée et recouverte d’un voile d’une légèreté picturale à faire frémir, tristement représentée par une jeunette en slip noir recouvert d’un tissu ajouré acheté à la va vite chez Toto solde.
    Voilà donc un travail bien fainéant, supporté par des interprètes inégaux. Une jauge trop grande qui pénalise les petits, seule la déambulation finale inspirée de Pina Baush et le travail musical est à la hauteur du talent de Découflé. Que s’est il passé?
    Restent toiles et sculptures, imperturbable expression d’une rage de créer et d’exister, loin d’un « chaud bise » qui croit encore pouvoir faire audace.

    Olivier Falloff.

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