Et si le plus grand peintre de l’histoire était….un chat ? Si ce chat s’appelait Vincent. La BD ne pouvait pas passer à côté de ce « scoop ». Et Unidivers non plus. Notre feuilleton continue avec cette fois ci de l’inédit, du sensationnel, du renversant. Histoire de l’art revue et corrigée…

Lectrices, lecteurs, vous qui vivez avec un chat (ou une chatte), cette rubrique s’adresse plus particulièrement à vous. Regardez bien votre animal, droit dans les pupilles. Fixez la lueur d’intelligence qui point dans ses yeux et dîtes-vous que vous possédez peut-être… un génie. Oui, votre animal aimé possède probablement l’immense talent artistique que vous regrettez de ne pas avoir. Alors donnez lui sa chance ! Offrez lui des pinceaux. Baliverne ou délire ? Rien de cela… Smudja le prouve à travers son « Vincent et Van Gogh » : le peintre hollandais n’était pas génial, c’est son chat Vincent le génie, lui qui a peint tous ses tableaux ! Les preuves de cette affirmation  figurent, dans deux BD publiées en 2003 et 2010, mais toujours disponibles, car inscrits désormais au rang envié des « classiques ».

T2_Vincent_VanGogh_hitcock_gradimir_SmudjaIl était une fois, il y a longtemps, il y a plus d’un siècle… Paris à cette époque s’agitait et Van Gogh n’était qu’un pauvre artiste sans talent, raté qui montrait ses tableaux à Lautrec, Degas, Gauguin – tous dépités devant la médiocrité des toiles du pauvre hère hollandais. La solution pour chercher le talent qu’il ne possède pas : partir vers le sud, vers la lumière. Partir, vous avez déjà deviné, pour….Arles. C’est là qu’il va trouver son génie en sauvant un chat qui répond au doux nom de Vincent. Vincent va commencer par peindre. Au hasard…. des tournesols. Et ma foi, c’est assez réussi ! Commence alors une collaboration productive et efficace : Van Gogh regarde,Vincent peint. Plus de 1800 tableaux réalisés avec l’aide parfois d’un cyprès bienveillant. Mais la vie est plus compliquée et l’embellie du Sud ne saurait durer : retour à Paris, tentative de vol de La Joconde, incarcération pénitentiaire, emprisonnement à l’asile de St Rémy de Provence. Et le drame final !

Vous l’avez compris : Smudja laisse libre cours à sa folle imagination afin d’offrir un premier tome délirant – cartésiens s’abstenir ! Ce sont les coups de griffes sur la toile de Vincent qu’il faut retenir, ces coups de pattes magnifiques de Smudja, car Vincent est en fait le chat de Smudja (peut-être ou peut-être pas…). C’est Smudja, ou son chat, ou le chat de Vincent, qui évoque, par ses pinceaux les tableaux de Van Gogh, du facteur Roulin en passant par le pont de Langlois, mais aussi la Ronde de Nuit de Rembrandt, un joueur de cartes de Cézanne, l’opéra Garnier de Degas et même Brigitte Bardot, à qui ce livre est mystérieusement dédicacé. Quant à Monet, il traverse l’ouvrage caché sous ses nymphéas de Giverny ou debout face aux falaise d’Etretat.

Smudja est un fou de la peinture et des « tourbillons artistiques » de la fin du XIXe siècle et il s’amuse à jouer avec des références. Aussi une fois le texte lu, c’est un livre que l’on reprend uniquement pour les images.  Pour y chercher, un peu comme dans les livres pour enfants, dans des endroits bien dissimulés, des clins d’œil : Proust, un paysan à la blouse de Cézanne, une nature morte, un bordel de Toulouse Lautrec. Et puis tout simplement la qualité extraordinaire du dessin et des couleurs flamboyantes du dessinateur et peintre yougoslave. Smudja s’amuse avec sa palette, il suggère, évoque, transforme, des œuvres connues pour les revisiter à sa façon, laquelle est talentueuse. Et les couleurs brutes et violentes de Van Gogh conviennent parfaitement à son travail d’interprétation.

Même si le chat Vincent permet de jouer avec la personnalité de Van Gogh – le chat, étant le génie, l’artiste odieux, insupportable, et Van Gogh, l’homme, gentil, perdu, naïf – ce livre est avant tout un livre à regarder.

Vincent, VanGogh, bd, smudjaLe deuxième opus de ce « Vincent et Van Gogh », sous titré « Les deux Lunes », est encore plus imaginatif, délirant. Vincent et Van Gogh se retrouvent à Auvers sur Oise sous l’œil de la caméra d’Hitchcock, Van Gogh sortant comme un mort vivant de sa tombe. Le délire est total et confine à l’exercice de style. L’imagination, déborde, dégouline en un chaos incompréhensible. Il reste quelques pages magiques, de pur bonheur esthétique, mais trop peu nombreuses dans un fouillis indescriptible où se mêlent cette fois ci des références cinématographiques, des anachronismes assumés, une visite au musée d’Orsay démente. Même la pagination serrée, sombre parfois, est illisible, confuse. Il aura fallu dix ans de maturation entre ces deux tomes, dix ans qui ont fait perdre le sens de l’épure ou de la simplicité. La virtuosité graphique ne suffit pas à charpenter un album et à construire l’indispensable histoire, cette fois ci ennuyeuse, laborieuse et sans intérêt.

Si le tome un de « Vincent et Van Gogh » vous a séduit, prolongez plutôt votre plaisir avec quelques-uns des quatre tomes du « Bordel » puis du « Cabaret  des Muses », consacrés à Toulouse Lautrec, à la Butte Montmartre. On retrouve dans ces BD à la fois l’utilisation talentueuse des couleurs qui explosent en un véritable feu d’artifices, mais aussi les clins d’œil à l’histoire de l’art officielle, l’inventivité et la créativité de Smudja. Vous y rencontrerez Rodin, Eiffel, Renoir, mais aussi par exemple le père de Toulouse Lautrec qui doit sa fortune aux primes d’assurances-vie qu’il perçoit après avoir brulé lui même des tableaux. Mais là encore, préférez le début de la série avant de vous perdre dans des élucubrations équestres peu passionnantes et sans poésie des deux derniers tomes.

Smudja adore imiter les grands maîtres de la peinture du début du XXe siècle mais en y apportant  sa touche personnelle, en déformant encore plus les touches si particulières de Van Gogh, en étirant à l’infini les arabesques au bleu de Cobalt des ciels étoilés de Provence. Prodigieux dans le dessin, poétique dans certains de ses délires mais moins convaincants dans les scénarios, les livres de Smudja sont avant tout à regarder plus qu’à lire.

Demandez d’ailleurs l’avis de votre chat mais incitez-le à ne pas se contenter d’une première lecture. Vous pourrez ensuite discuter avec lui des qualités et défauts de ses ouvrages autour d’un bon bol de lait.

A suivre….

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« Vincent et Van Gogh » en deux tomes : « Vincent et Van Gogh « et « Deux Lunes » édités chez Delcourt.
Également du même auteur, chez le même éditeur : Le Bordel des Muses et « Le Cabaret des Muses » en quatre épisodes : 1. Le Moulin Rouge. 2. Mimi et Henri. 3. Allez Darling. 4. Darling pour toujours. 

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Art en BD : Vincent et Van Gogh Smudja peint deux tomes inégaux

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.

Un commentaire

  1. Bravo Eric pour cet article ! Les BD sur les artistes de la Belle Epoque ont du succès ( je pense notamment à Picasso et au Bateau Lavoir ) et ton article nous présente un auteur au réalisme délirant que je ne connais pas. Je file chez mon libraire ( BD uniquement… ) pour feuilleter les albums avant achat. En écrivant cela je pense à G M Marquez qui vient de disparaître, lui aussi adepte du réalisme délirant….

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