BD. STERN : TOUT N’EST QU’ILLUSION ET JOIE DE LECTURE

Stern est de retour et va troquer son costume de croque-mort pour celui de détective dans la Nouvelle-Orléans contaminée par le spiritisme et la crapulerie. Original et plaisant.

  • BD STERN MAFFRE
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On reconnait d’emblée sa silhouette en forme de fil de fer, sa chevelure noire hirsute, ses yeux globuleux et énigmatiques. En cinq années, Frédéric et Julien Maffre ont réussi à populariser ce croque-mort étrange, un peu en apesanteur dont on découvre à chaque album un petit morceau de son histoire.

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Cette fois-ci les auteurs le transportent du Kansas à la Nouvelle Orléans, et font de lui un détective forcé en raison d’un coup de foudre. L’objet de son amour, Stern le découvre bien entendu dans le cimetière de la ville où il est embauché comme fossoyeur de la compagnie des pompes funèbres. La belle Valentine, qui erre parmi les tombes, ombrelle à la main, a un comportement étrange aux yeux de son père qui souhaite la faire surveiller. C’est ainsi au cours de cette filature amoureuse que Stern rencontre les cérémonies vaudou, le fantastique, le spiritisme et bientôt l’escroquerie, l’illusion, les artifices de théâtre et peut-être même, le diable. Les langues et les couleurs de peau se mélangent dans des rues animées et colorées d’orange ou de violet selon les moments de la journée, dans des ambiances magnifiquement rendues par des couleurs « mélange de traditionnel et de numérique ».

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Comme le déclarent les créateurs, la profession de croque-mort permet d’associer leur héros à toute forme de récit et de le transporter où ils le désirent dans une Amérique, alors terre d’immigration. Ce pays tout neuf de la moitié du XIXe siècle accueille par exemple à la Nouvelle Orléans une communauté italienne qui va jouer dans le récit un rôle important dans le registre proche de la commedia dell’arte. Avec ce quatrième tome, la définition du mot western s’élargit de nouveau en s’éloignant des archétypes cinématographiques. Après 250 pages, Elijah Stern n’a pas encore tiré un seul coup de feu et préfère la compagnie littéraire de Edgar Poe ou d’Herman Melville à celle des pétarades des Smith et Wesson.

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Grâce à de superbes illustrations dominées souvent par une monochromie agréable, on se promène dans une ville en pleine évolution, au confluent de multiples cultures. Au contraire de son collègue Undertaker de Meyer et Dorison, Stern promène un air détaché, perdu sur ce monde en évolution. Il n’agresse pas, ou peu, et se retrouve plus souvent à terre qu’à son tour. On aime cet air énigmatique et insondable qui le rend ni sympathique ni odieux à la manière d’un Buster Keaton du siècle précédent. Il semble ne rien maîtriser, subir, observer comme un anti-héros qu’il est au final.

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Dans cette BD très agréable, les frères Maffre nous montrent que le western embrasse un large panel d’émotions et de thématiques qui permet même de glisser dans les premières pages un tableau de Van Gogh. On vous aide : il est page 5. Mais n’arrêtez pas votre lecture sur cette case. Ce serait dommage.

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STERN Tome 4 : Tout n’est qu’illusion. Scénario : Frédéric Maffre. Dessin : Julien Maffre. Éditions Dargaud. 64 pages. 15€. Parution 18 septembre 2020.

Lire un extrait.

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.

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