L’air salé de la mer vous titille les narines. Les vagues vous inspirent. Alors montez sur le pont de la Capricorne avec Lady Darksee, hissez les voiles pour l’île au trésor, mais méfiez-vous de Raven, le pirate imprévisible. Tenez bon la barre, cela va souquer ferme !

raven mathieu lauffray

On pourrait l’appeler « Poissard », « Chat noir » ou plus justement « Jonas » du nom du prophète qui porte malheur. Pas très glorieux pour un « héros » qui devrait sillonner les mers, conquérir les galions espagnols et terroriser les vaisseaux de St Malo à Tortuga. Il a la mâchoire carrée des hommes virils et invincibles, le regard charmeur des bellâtres méridionaux, le sang froid des flibustiers, mais voilà, partout où il va, les navires explosent, les batailles sont perdues et il revient au port, accroché à un malheureux radeau fait de bric et de broc. Il va donc falloir beaucoup d’aventures pour inverser la tendance en ce milieu du XVIIe siècle, où les Caraïbes attirent les aventuriers de tout poil.

raven mathieu lauffray

Cette chance sera peut être celle que lui propose une carte au trésor dérobée à un gouverneur rapace. Seulement avec Raven, le flibustier intrépide et individualiste, tout se complique très rapidement et de nombreux obstacles vont se dresser, dont le plus important prend la forme d’une redoutable pirate. Toute de noir vêtue, le visage à moitié marqué et masqué par sa chevelure, elle porte le joli nom de Lady Darksee, un patronyme révélateur d’un passé pour l’instant inconnu du lecteur. Tout ce joli monde va se retrouver sur l’île de Morne-au-Diable, accompagné de colons français naufragés, de tribus cannibales. Le sang va couler, un peu. Les pistolets vont tirer, beaucoup. Les coups de poing vont se multiplier, énormément. Bref, ça va tanguer sec sur ce rocher aux allures paradisiaques où quelque part entre volcan, forêt luxuriante et plages dorées, des calices et des pièces fondues attendent les chercheurs d’or.

raven mathieu lauffray

Mathieu Lauffray avait montré déjà tout son talent de dessinateur dans le remarquable Long John Silver (réédité en intégrale), adapté du scénario de Xavier Dorison. L’auteur le précise lui-même, il s’est aperçu rapidement que « ce genre lui allait très bien ». Affirmation confirmée par cet album qui reprend tous les mythes et conventions du genre même si Raven possède aussi des faiblesses humaines plus rares dans ce type de récit. Avec Lauffray, les embruns nous crachent à la figure, les montagnes se dressent à la façon d’un tableau de William Turner dans une atmosphère de lumière flamboyante. Et les trognes sont présentes au rendez-vous : nez rouge, bandeau sur l’oeil rien ne manque. Même le charme de deux héroïnes dont on devine que chacune d’entre elles pourrait devenir dans le futur le thème d’une nouvelle série.

raven mathieu lauffray

Les cases explosent sous le tir des boulets et les doubles pages nous rappellent les meilleures images du film Master and Commander, l’agencement des dessins offrant au lecteur une vision cinématographique de l’abordage, au plus près de l’action, comme avec une caméra subjective. Mais pour une fois quelques cases plus calmes, comme celle d’un campement, nous permet de nous balader dans l’image et offre à Lauffray l’occasion de répondre à son ami Fabien Nury qui lui disait: « elles sont belles, tes bandes dessinées, mais ce n’est pas facile d’y faire du vélo ». Du vélo, on peut en faire cette fois-ci dans des planches où le regard trouve des détails amusants, violents, éclairants. Même si le rythme du récit est endiablé, on a aussi la possibilité de se poser et admirer. Comme en mer, le calme précède parfois la tempête.

raven mathieu lauffray

Entre la femme fatale détentrice d’un secret et d’un passé obscur, un héros dont on apprend quelques bribes de l’enfance, des personnages secondaires déjà bien présents, le scénario offre de multiples pistes pour de futurs albums. À la manière de la série Scorpion de Marini qui va fêter cette année ces 20 ans. Puisse le héros des mers suivre les mêmes routes, maritimes cette fois-ci, et les mêmes succès que le cavalier italien. Ce premier opus peut le laisser envisager.

Raven Tome 1 Némésis de Mathieu Lauffray. Éditions Dargaud. 56 pages. 15€. À noter une édition grand format à tirage limité au prix de 29,99€.

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.

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