Tome final d’une tétralogie, le dernier opus de « l’Or et le Sang » intitulé Khalil clôture le sans-faute de cette série consacré à la guerre du Rif. Cet épisode historique peu connu – prélude aux guerres de décolonisation – nous est raconté à hauteur d’homme. À travers une histoire d’amitié improbable née de la boue des tranchées. Elle emmènera le lecteur jusqu’à la poussière du désert Marocain

 

l’or et le sangLe récit commence par une anecdote tirée de la Main Coupée, mémoires de Blaise Cendrars sur la Grande Guerre. Son unité s’était, grâce aux rations de vin, attaché la compagnie d’un hérisson. Ce dernier filait se terrer à chaque fois qu’un bombardement allemand se faisait imminent donnant aux soldats quelques précieuses secondes pour se préparer à l’hallali.

l’or et le sangFabien Nury et Maurin Defrance, coscénaristes, reprennent à leur compte cette histoire pour planter le décor et présenter les deux principaux protagonistes puis un troisième personnage qui ne s’imbriquera véritablement dans l’histoire qu’à partir du deuxième tome.

l’or et le sangLéon, Calixte et Ahmed fraternisent durant un déluge de bombes et les deux premiers se promettent, s’ils s’en sortent, de devenir pirates en Méditerranée. Léon Matilo, le ruffian corse, et Calixte de Prampéand, l’aristocrate richissime, accomplissent finalement leur rêve parce qu’ils n’ont plus leur place dans leur monde respectif à leur retour de la guerre. Mais il s’avère que leur destin, dont la piraterie ne constituera jamais que la première marche, est de toute manière trop grand pour tenir en un seul songe.

l’or et le sangLéon ne s’était engagé que pour échapper à la prison, Calixte pour sa part répondait à une tradition familiale et à un devoir de classe. Sans changer fondamentalement leurs motivations personnelles, une mue subtile va s’opérer au fil des évènements. Léon restera un voleur guidé par des besoins terrestres tandis que Calixte, l’exalté, embrassera une cause qu’il fera sienne par idéal et par amour. Sans renier son être, il rejettera son passé et s’inventera sa destinée. Mais c’est bien parce que Léon lui aura permis de vivre et lui aura inoculé le virus de la liberté que Calixte rejoindra Ahmed et son combat. Et c’est Calixte qui à son tour sauvera Léon et lui permettra de se racheter de sa rapacité opportuniste, lui insufflant au passage un peu de son idéal.

l’or et le sangServi par un découpage très cinématographique, le dessin aux noirs très denses sert parfaitement l’atmosphère que réclame l’histoire. Bedouel et Merwan, les deux dessinateurs, marient leurs styles avec une telle harmonie qu’on ne sait qui fait quoi – ce qui n’a d’ailleurs aucune importance. Le lecteur est emporté par le rythme enlevé de l’histoire tant chaque case annonce la suivante. Le seul bémol tient aux couleurs qui ne rendent pas vraiment justice à la variété des paysages ou des ambiances traversées. Les aplats uniformisent un environnement sans cesse changeant ; de la couleur directe aurait certainement rehaussé le dessin. Mais l’ampleur du récit, la densité des personnages et la force du propos font rapidement oublier ce défaut.

Sortis initialement par feu 12 Bis, les trois premiers tomes de cette excellente série d’aventure sont réédités chez Glénat à l’occasion de la sortie du tome 4 intitulé « Khalil ». Les nouvelles couvertures plus épurées donnent une uniformité sobre et élégante à la collection. En outre, des cahiers graphiques sont ajoutés à chaque album, preuve que les éditions Glénat croient tout autant que nous en cette saga.

l’or et le sang

Khalil, L’Or et le Sang, Tome 4, Glénat, 72 pages, septembre 2014, 15.50 €

Scénariste : Fabien Nury
Scénariste: Maurin Defrance
Dessinateur: Merwan
Dessinateur :Fabien Bedouel

L’ensemble de la série L’Or et le Sang est disponible à Rennes à la librairie Ty-Bull

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