Qu’il soit d’agrément ou contraint, qu’il se fasse en voiture, en avion ou par la mer,  un voyage est toujours une école de vie. Voici les histoires de Romain, Yvon et Malamine que rien ne promettait à une rencontre, si ce n’est le talent de leurs auteurs réunis dans cette chronique. Indonésie, Congo ou Paris, voyager ne veut pas seulement dire bouger, mais aussi apprendre et s’enrichir à la lecture d’un bon livre. À cet égard, la bande dessinée devient la plus merveilleuse aventure dès lors qu’elle nous enseigne davantage qu’un roman sans image.

Tsunamde Pendanx & Piatzszek, aux éditions Futuropolis, 112 pages couleurs – 20 €

"Tsunami" - Editions Futuropolis

Presque dix ans ont passé depuis la vague mortelle du tsunami de 2004. Bien que la Thaïlande ne fut pas le pays le plus touché, les caméras occidentales s’y sont posées de manière dilatoire. L’image abîmée d’une destination touristique faisait grimper les audiences et rares furent les médias internationaux à traiter l’information d’un point de vue indonésien, pourtant l’archipel fut davantage meurtri, en particulier la pointe septentrionale de Sumatra. Dans Tsunami, le scénario de Stéphane Piatzsek tenu par les aquarelles de Jean-Denis Pendanx, répare cet oubli. Les 12 premières pages posent clairement l’ampleur de la catastrophe. Dans un décor apocalyptique, Romain souhaite retrouver sa sœur venue  rejoindre une équipe humanitaire. Très vite, sa recherche prend une tournure imprévue. D’île en île, de rencontre en rencontre, le jeune homme qui n’a jamais quitté la France mène une enquête insolite. Un très beau roman graphique, instructif et nécessaire pour un travail, si ce n’est « de » mémoire, tout au moins « en » mémoire. 

Les jardins du Congo de Nicolas Pitz, éditions La Boite à Bulle, 139 pages, couleurs + bonus – 21 €

"Les jardins du Congo" - Editions La Boite à Bulles

Les Jardins du Congo évoquent le passé colonial du grand-père de l’auteur. Nous sommes à la fin de la Seconde Guerre mondiale, Yvon souhaite en finir  avec les fracas de l’occupation. La meilleure façon de rester en Belgique tout en s’éloignant au maximum du royaume est de s’installer au Congo, protectorat de Bruxelles depuis 1885. Sous couvert romanesque, Nicolas Plitz ose à la fois un témoignage très personnel et un cours d’histoire tenu par l’une des colonisations les plus répressives jamais pratiquées. La révolte indépendantiste n’est pas loin et, quelques années plus tard, Yvon se retrouve au cœur d’une nouvelle tourmente avec, cette fois, non plus le rôle de l’occupé, mais celui de l’occupant. Certaines critiques autour du livre affirment que, sans être fondamentalement gauche, le style du dessinateur manque de maturité. Faut-il ne rien comprendre à la bande dessinée pour oser un tel blâme ! Comme si l’exubérance était un gage de qualité ! Nicolas Pitz use précisément d’un trait formel et rigoureux pour rendre acceptable ce qui ne l’est pas. Dans un style post-naïf que peu réussissent à maitriser, Les jardins du Congo mettent un point final à la caricature coloniale d’Hergé. Quelque chose entre Willy Vandersteen et E.P. Jacobs, entre Bob & Bobette et Blake et Mortimer, dont ressort un témoignage juste qui force un minimum de respect. 

Malamine de Edimo & Mbumbo, aux éditions Les Enfants Rouges, 115 pages N&B – 15 €

"Malamine" - Editions Les Enfants Rouges

Comme d’habitude chez Les Enfants rouges, voici un très bel ouvrage. L’éditeur provençal ne se contente pas de vendre de la bande dessinée distractive, il souhaite en premier lieu transmettre un message et aucun de ses choix n’est hasardeux. Si certains Européens rêvent de changer de vie sans oser y parvenir, à l’inverse, les émigrés des pays émergents savent que prendre le risque de venir en Europe est aussi celui d’y rester, contraints à se faire une place que personne ne leur accordera de bonne grâce. Malamine, jeune Africain en France depuis 10 ans, aimerait être assis sur deux fauteuils, mais se retrouve entre deux chaises bringuebalantes. Dans un premier temps, on est surpris par la justesse du trait proche d’un graphisme obsessionnel. Le judicieux mélange de crayonnés et d’aquarelles dégage une ambiance inhabituelle pour un roman graphique. Quelque chose de nouveau, fièrement propulsé par le travail du binôme Edimo-Mbumbo. Au-delà d’évoquer avec justesse et talent la complexité migratoire, Malamine traite avant tout de l’ambivalence profonde du sentiment de « chez soi ». À lire sans a priori, si ce n’est celui d’apprécier le travail bien fait. 

*
BD Malamine,Tsunami, Les jardins du Congo… 3 voyages migratoires pour cet hiver

Laisser une réponse

SVP rédigez votre commentaire
Merci d'inscrire votre nom