BD. ÊTRE EN BONNE COMPAGNIE AVEC EMMANUEL GUIBERT

Rencontrer Emmanuel Guibert est un rêve que tout amateur de BD et de littérature, désire secrètement. À défaut, cette monographie indispensable comble partiellement cette envie. Quand amitié et talent se conjuguent.

EMMANUEL GUIBERT EN BONNE COMPAGNIE

Il est LE dessinateur de ces deux dernières années : réimpressions multiples, articles dans la presse, prix, Emmanuel Guibert, habituellement si discret, est omniprésent dans le monde de la BD et de la littérature. Grand Prix, unanimement apprécié, du festival d’Angoulême 2020, il avait investi l’Académie des Beaux-Arts de Paris avant d’exposer jusqu’au 27 juin sur les murs du musée d’Angoulême, sous le titre « En bonne compagnie », un titre révélateur pour une exposition monographique qu’accompagne ce magnifique ouvrage homonyme paru aux éditions Les Impressions Nouvelles.

EMMANUEL GUIBERT

Guibert explique lui-même le titre : « comme je ne vais pas pouvoir faire autrement que de parler de moi dans ce livre, commençons par parler des autres ». Il est ainsi, le dessinateur mondialement reconnu, le « je » n’est pas son fort ? mais en parlant des autres, lorsqu’il fait le portrait de dix créateurs amis, on fait mieux connaissance avec le dessinateur lui-même. Par transparence apparaît un Guibert attentionné dont Jacques Samson, co-auteur, dit de lui qu’il possède « cette forme particulière de l’attention, orientée vers les autres, que l’on désigne sous le nom d’empathie ».

Apprendre des autres, chercher à leur contact de nouvelles techniques, de nouveaux styles, est le credo du créateur et l’on est profondément touché lorsqu’il raconte ses rencontres avec le dessinateur chinois Xin, la peintre varengevillaise Micheline Bousquet ou encore Leland, un peintre taïwanais autiste. Guibert est curieux des êtres, mais aussi des techniques. Xin lui fait découvrir la calligraphie chinoise, Cécile Dreux lui montre la technique de la gravure. Photographes, sculpteurs, peintres, graveurs, sans rencontres, l’art n’a aucun sens pour le créateur.

GUIBERT LEFEVRE LEMERCIER

C’est bien ce goût des autres qui est à l’origine de ses oeuvres majeures quand il consacre dix années de sa vie à retranscrire l’existence d’Alan Ingram Cope, cet ancien GI ou le reporter photographe Didier Lefèvre en Afghanistan. Pour créer ce type d’ouvrages, Guibert a besoin de dialogues, d’amitié. Il refuse ainsi de raconter la vie d’un résistant trop méconnu Michel Hollard parce qu’il ne consacrera « pas de livre à quelqu’un que je n’ai pas connu ». Par contre il lui offre 98 magnifiques pochades, sous forme de damiers, comme autant de passages clandestins de la frontière suisse.

Cette passion pour les autres on la retrouve dans les entretiens des deux auteurs que l’on ne doit pas qualifier d’interviews, mais plutôt de discussions à bâtons rompus. On y découvre notamment combien à chaque vision, chaque volonté de reproduire, Guibert utilise un médium, celui qui rendra le mieux l’émotion ressentie : « si on a une ou deux techniques humides et deux ou trois techniques sèches dans le sac à dos, on arrive à peu près à tout traiter ». Acrylique, craie, terre crue, pipettes pour solution nasale, il expérimente tout, soucieux de trouver à chaque création le médium le plus adéquat.

EMMANUEL GUIBERT

Magnifiquement mise en page, cette monographie répond parfaitement à la dernière caractéristique du genre : reproduction de croquis, d’esquisses, d’ébauches, de documents rares qui témoignent des multiples techniques utilisées, des styles variés et de la vitalité créatrice d’un auteur capable d’œuvres de grande envergure inoubliable, mais aussi de publier des carnets de croquis dont il a appris, avec Frédéric Lemercier, le rythme de mise en page, entre dessins et texte. Emmanuel Guibert a en effet un autre talent, celui d’écrire, comme en atteste la parution de son dernier livre Mike (Gallimard) consacré à la mort d’un ami architecte. « Écrire et dessiner c’est la porte à côté », aime-t-il dire. Cet ouvrage est indispensable pour les connaisseurs de Guibert, mais aussi pour ceux qui ont la chance de ne pas l’avoir encore découvert. Il ouvre les portes d’un monde magnifique en fournissant des clés essentielles d’une œuvre unique et majeure. Aucun doute vous serez avec Emmanuel Guibert « en bonne compagnie » tout au long de cette lecture.

En Bonne compagnie. Textes de Jacques Samson et Emmanuel Guibert. Éditions Les Impressions Nouvelles. 160 pages. 35 €. Parution février 2021.

Lire un extrait.

Le duel Anquetil Poulidor sur les pentes du Puy-de-Dôme en 1964, les photos de Gilles Caron dans le Quartier latin en Mai 68, la peur des images des Sept boules de cristal de Hergé, les Nus bleus de Matisse sur un timbre poste, Voyage au bout de la Nuit de Céline ont façonné mon enfance et mon amour du vélo, de la peinture, de la littérature, de la BD et de la photographie. Toutes ces passions furent réunies, pendant douze années, dans le cadre d’un poste de rédacteur puis rédacteur en chef de la revue de la Fédération française de Cyclotourisme.

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