LES BACCHANTES PAR FREITAS : CLAQUE ORGIAQUE AU TRIANGLE

Dans le cadre du Festival TNB, du 6 au 24 novembre 2018, la chorégraphe d’origine cap-verdienne Marlène Monteiro Freitas a proposé une lecture très libre des Bacchantes – tragédie grecque d’Euripide datant du Ve siècle av. J.-C. – au Triangle, Cité de la danse. Le public rennais a pu assister à Bacchantes, prélude pour une purge, étrangeté chorégraphique intense qui n’a pas laissé le public indifférent.

bacchantes festival tnb le triangle

Né du dieu Zeus et de la mortelle Sémélée, Dionysos – ou Bacchus dans la mythologie romaine – a grandi en Lydie avant de revenir à Thèbes, la patrie de sa mère. Le dieu de l’ivresse et du théâtre veut instaurer sa religion orgiaque et punir ceux qui renient sa filiation avec le dieu suprême.

De cette pièce de théâtre antique, Marlène Monteiro Freitas en tire l’essence et signe Bacchantes, prélude pour une purge : imbroglio chorégraphique de deux heures où la raison combat la folie dans une cacophonie, un désordre méticuleusement organisé.

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La plongée dans l’étrangeté artistique de la chorégraphe débute dés l’attente à l’accueil du Triangle. Des notes de trompettes annoncent l’imminence de la représentation… Y verrons-nous par là une référence au parodos du théâtre antique – premier chant entonné par le chœur ?

Symbole du chaos et de la régénération du monde et des êtres, Marlène Monteiro Freitas extrait de sa fascination pour la singularité et la transgression des carnavals de rue, les principales caractéristiques. Parmi lesquelles l’exubérance caricaturale et la dimension satirique.

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© Filipe Ferreira

Au milieu des micros, tabourets et supports de partitions, les interprètes s’amusent du moindre élément présent sur la scène. Machines à écrire, fusils, lunettes 3D ou allusion phallique, les artistes livrent un spectacle déjanté qui peut dérouter plus d’un néophyte. Le culte dionysiaque prend vie à chaque nouvelle note musicale enrichie par le corps de trompettistes, dont la maîtrise de l’instrument est à relever.

Du quatuor de musiciens au boléro de Ravel, la musique fait partie intégrant et semble devenir un personnage à part entière. Elle accompagne cet étrange ballet et contrôle les treize interprètes, danseurs et musiciens. Une alarme incendie, le calme revient et la folie s’arrête ; une musique, elle s’insinue de nouveau dans leur esprit… pour un chaos chorégraphique maîtrisé jusqu’à la fin.

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Patients d’un hôpital psychiatrique, expérience extatique due à des psychotropes ou simple démonstration de l’Homme à son état primitif, les émotions humaines et la part animale de l’Homme sont mises en exergue et provoquent un ras de marée aussi bien sur scène que dans les gradins.

Le boléro de Ravel donné en final ravit les spectateurs, cloués à leur siège : déboussolés face à cette époustouflante bizarrerie à digérer, le verdict tombe au moment du salut : une ovation méritée !

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Biographie (source)

Marlene Monteiro Freitas est née au Cap Vert où elle a cofondé la troupe de danse Compass. Elle a fait des études de danse à P.A.R.T.S. (Bruxelles), à E.S.D. et à la Fundação Calouste Gulbenkian (Lisbonne). Elle a travaillé avec Emmanuelle Huynn, Loïc Touzé, Tânia Carvalho, Boris Charmatz, parmi d’autres.

Elle a créé Jaguar (2015) ; d’ivoire et chair – les statues souffrent aussi (2014) ; Paradis – collection privée (2012-13); (M)imosa (2011), une cocréation avec Trajal Harell, François Chaignaud et Cecilia Bengolea, Guintche (2010), A Seriedade do Animal (2009-10), Uns e Outros(2008), A Improbabilidade da Certeza (2006), Larvar (2006), Primeira Impressão (2005), des œuvres dont le dénominateur commun est l’ouverture, l’impureté et l’intensité.

Elle a cofondé P.OR.K, structure de production basée à Lisbonne.

Elle aime le carnaval, se grimer et semer le trouble. Une moustache postiche, deux poils de barbichette et la voilà métamorphosée en Prince. Sauf qu’elle exhibe ses seins nus et que toute ressemblance avec le chanteur de Minneapolis cesse au niveau du col. « J’aime les créatures hybrides », s’amuse-t-elle. Galerie hallucinante de grimaces et de déformations du visage, Marlene Monteiro Freitas ne cesse de jouer sur l’étrangeté. Elle s’essaie à diverses tentatives de rassemblements, de compositions, de juxtapositions de disciplines artistiques tout en proposant des pratiques collectives et un espace de recherche.

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