FEMME RELÈVE-TOI : AYA DE MARIE-VIRGINIE DRU

Marie-Virginie Dru fait paraître Aya chez Albin Michel, son premier roman. Peintre et sculptrice familière du continent africain, elle prend la plume pour raconter, à travers le regard d’une jeune fille, le Sénégal d’aujourd’hui et son rapport à la fois rêvé et déçu avec l’Europe

Aya Marie-Virginie Dru

Le Sénégal, La Casamance… Cela nous laisse rêveurs quand nous consultons les cartes, quand on nous propose de somptueux séjours, à nous autres Européens.

De là-bas, l’Europe, et notamment la France, représente aussi une forme d’Eldorado. Le lieu de tous les possibles, l’idée même qu’on pourrait aisément accéder à un travail bien rémunéré, une forme de reconnaissance et la possibilité de faire vivre les siens dans de meilleures conditions qu’ailleurs, même à distance. Dans son premier roman, Marie-Virginie Dru, démythifie toutes les légendes et nous plonge dans un réel aux antipodes des images parfois trop flatteuses d’un certain marketing et des vendeurs de rêve. Cynisme quand tu nous tiens !

Aya (qui veut dire jeudi en wolof), vit sur une des îles en face de Dakar. Aya est jeune, très jeune, physiquement et pourtant… Pourtant la vie de ne l’a pas épargnée et lui a dévoré son innocence. La jeune fille d’une douzaine d’années a perdu son père, mort noyé sur un ferry de fortune. Elle attend son frère, Djibril, parti tenter sa chance en France au pays de tous les « possibles » impossibles, passager fou clandestin et dont elle demeure sans nouvelles. Elle doit veiller quotidiennement sur sa mère, qui semble totalement absente du monde, anéantie par la douleur de l’absence des êtres aimés. Heureusement, Aya chérit son île, son sable, sa mer, ses jeux et puis Ousmane, son meilleur ami, son amoureux avec qui elle aime partager son temps, ses promenades, ses confidences, ce qui lui permet aussi d’oublier un peu l’Ogre qui l’effraie.

Aya Marie-Virginie Dru
Île de N’Gor (Dakar)
Aya Marie-Virginie Dru
Île de N’Gor (Dakar)
Aya Marie-Virginie Dru
Île de N’Gor (Dakar)

Mais Aya va rapidement perdre la candeur de ses douze ans, l’Ogre va la dévorer, et elle devra quitter son île pour la grande ville, Dakar, de l’autre côté de l’eau.

Aya Marie-Virginie Dru
Dakar
Aya Marie-Virginie Dru
Dakar
Aya Marie-Virginie Dru
Dakar

Là, elle trouvera refuge dans la Maison rose et pourra s’occuper de Léo, parce qu’Aya doit s’occuper de ce Léo. Tel en va de certaines destinées, car certaines misères ne sont pas moins pénibles au soleil. Aya a subi un des pires outrages… S’en remettra-t-elle ? Rien n’est moins sûr. Elle disparaît donc, elle aussi. Ousmane la cherchera, longtemps, longtemps, sans comprendre.

Avec le temps, accède-t-on à une certaine forme de résilience ? Là est un des thèmes importants de ce roman très empreint d’humanité. Auprès de certaines personnes, peut-on se reconstruire et tenter de donner du sens au présent comme au futur ? Ce n’est pas toujours une question de lieu, de condition, de statut. C’est avant tout une question de reconnaissance, de respect. Les femmes souvent en paient le prix fort, cette histoire en est la preuve. Même outragées, même bafouées, même insultées dans leur chair, à force de soutien, de solidarité, d’entraide, d’aucunes arrivent à se relever, à s’accepter, à s’aimer et donc à recouvrer l’envie d’aimer l’autre, les autres.

L’auteure se permet également des détours, le regard que nous autres, Européens, portons sur ces gens venus de loin et qui s’entassent aux périphéries de nos grandes villes, dans l’indifférence générale, qui crèvent à nos portes pendant que nos politiques, cyniques, clament que l’on ne peut embrasser toute la misère du monde. Sans omettre non plus le plaisir furtif que nous goûtons à tout leur prendre, même leur âme, quand nous séjournons chez eux pour quelque temps.

Un premier roman important qui ne doit pas rester qu’un cri, mais qui doit aussi nous alerter sur l’horreur de notre indifférence permanente. Un premier roman en forme d’ode à cette terre d’Afrique fascinante, colorée, odorante, avec quelques âmes pures dont nous devrions souvent nous inspirer.

Marie-Virginie Dru, Aya, Paris, Éditions Albin Michel, 215 pages. Parution : mai 2019. Prix : 18,00 €

Aya Marie-Virginie Dru

Aya est le premier roman de Marie-Virginie Dru, peintre et sculptrice dont l’œuvre est très inspirée par l’Afrique, et en particulier le Sénégal, où elle a vécu et séjourne régulièrement.

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