Au vu de l’horaire quelque peu tardif (20h30) de la conférence d’ouverture de l’Automne littéraire aux Champs libres, c’est par la petite porte que le public était invité à rejoindre la confortable salle Hubert Curien. À l’entrée, un étal éphémère des publications de la maison Gallimard ; la Série noire adresse des œillades complices. Les titres annoncent la couleur en affichant une vigueur certaine : « Tout doit disparaître »… « L’exécution de Noa Singleton », « une plaie », ou même, « Or noir », le dernier roman de Dominique Manotti. C’est une évidence, la soirée ne sera pas placée sous le signe des rubans roses et des mignardises…

 

Dominique Manotti
Dominique Manotti

Honneur aux dames ! Dominique Manotti a l’allure énergique des femmes d’expérience qui ne s’en laissent pas compter. Du haut de sa quasi-soixantaine, ce petit bout de femme exposera ses points de vue avec clarté et captivera l’assistance. Elle est précise, concise. Auteure chez Gallimard depuis 2010, cette ancienne universitaire, fan de Dos dominique manotttiPassos, affiche un impressionnant score de 11 romans.

Pour Aurélien Masson, le second invité, là, c’est encore autre chose. Difficile de ne pas l’aimer celui-là. Avec de fausses allures d’éternel adolescent, il arbore sans complexe un tee-shirt à l’effigie des CRAMPS, le mythique blouson perfecto des amateurs de rock un peu musclé et l’allure décontractée et souriante de celui qui n’a rien à prouver. Au terme de directeur de collection, il préfère celui d’éditeur, lequel de toute évidence lui colle à la peau. L’animation de la soirée sera menée par Laurence Coste.

Le décor étant bien planté, la question reste entière de savoir ce qui doit être considéré comme série noire et ce qui ne l’est pas. Pas évident de se faire une idée précise. Pour Aurélien Masson, ce mode d’écriture s’ancre clairement dans la réalité et nous invite à réfléchir sur l’actualité dans le monde plutôt que de gober placidement des informations télévisuelles et parcellaires. Il a une idée claire de ce qu’est le genre « série noire », mais reconnaît que ses manifestations sont protéiformes.

aurelien masson
Aurélien Masson

Du reste, Aurélien Masson apprécie peu le terme de « polar » qui renvoie ce genre littéraire au niveau de la presse de gare, même s’il reconnaît que c’est dans ces publications que le roman noir est né. Dominique Manotti apportera de l’eau à son moulin en rappelant qu’au départ la série noire était formatée et que les 180 pages maximum correspondaient, bon an mal an, au temps d’un trajet sur les lignes de la SNCF. Une fois lu, le livre pouvait ainsi être abandonné sur la banquette, au bon vouloir d’un hypothétique nouveau lecteur.

Autre précision qui nous éclaire un peu plus, le roman policier, s’il commence par un crime, c’est-à-dire un bouleversement de l’ordre social, doit se terminer par le rétablissement de ce même ordre. Aussi, lorsque le coupable a été arrête, jugé et mis à l’écart de la société…Miss Marple peut retourner prendre son thé. Dans le roman noir, le schéma est différent. Si l’acte criminel est à la fois point commun et élément fondateur, l’ordre social ne peut être restauré, la blessure laissera une cicatrice indélébile. Cette impossibilité est liée au fait que l’ordre (établi) est intrinsèquement criminel.

jean-claude carriere

Rude constatation et excellente base de réflexion pour comprendre la série noire.

Pour cette première de l’automne littéraire, la qualité des intervenants portés par une solide conviction a permis de partager un moment passionnant et laisse augurer du meilleur pour la suite. Le prochain rendez-vous est fixé le mercredi 23 septembre à 18h30, même lieu, avec pour thème Croyances, regards croisés. La présence de l’écrivain algérien Boualem Sansal et de Jean-Claude Carrière promet des débats qui ne devraient pas manquer de sel.

Automne Littéraire Rennes Champs Libres 2015

Ouverture de l’Automne littéraire aux Champs libres : Noir, c’est noir ! was last modified: septembre 21st, 2015 by Thierry Martin

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