Il se réveille, nu, dans une maison isolée.
Il ne se souvient plus de rien.
Il se lance dans le monde, à la recherche de son passé et de son identité.
C’est un destin qu’il trouvera, agrémenté d’une mystérieuse ange-gardien à la gâchette facile, d’un journaliste schizophrène, d’un bienfaiteur sans scrupules.
Dans son turbulent sillage, les trajectoires se déjettent, pas toujours en douceur.
D’exclu amnésique, jouet du hasard, nom de code Icare, il devient maître du jeu. Mais certains n’ont pas l’intention de le laisser faire…
Roman picaresque et politique, Autogenèse interroge sur la folie et la grandeur des hommes, entrelaçant parcours singuliers et Histoire en marche.
Peut-on (se) construire en misant sur le bon sens contre les passions, les émotions ?
Peut-on (se) bâtir sans mémoire ?
…et qui est ce diable d’Icare ?

Comment qualifier cette lecture au titre étrange ? Une sorte d’OLNI (Objet Littéraire Non Identifié) qui met en avant un florilège de thèmes éclectiques et sociétaux, en prenant pour point de départ un homme amnésique.

Le roman débute par le réveil d’un homme, qui ne sait ni qui il est, ni où il est, ni comment il s’est retrouvé là. Peu à peu, il  va découvrir la société dans laquelle il vit, devenant tout d’abord un NoPass, un Sans-Papiers, puis accédant aux plus hautes sphères de la politique à mesure que l’histoire se déroule.
Ne sachant quel est son nom, il va d’abord choisir de se faire appeler Ikea, après avoir lu ce mot au fond d’un verre. Puis ce sera Icare, Harvey et enfin Arsène.
Cette histoire est, dans sa première partie, une réécriture du « Candide ou l’ingénu » de Voltaire, qui se déroule dans un futur lointain (peut-être la fin du XXIe siècle ?) où le contexte de crise économique que l’on subit actuellement a chamboulé toute la géopolitique mondiale. Des États ont fusionné (l’Espagne et le Portugal sont désormais l’Espagal) ; le système de sécurité sociale français n’existe plus tel qu’on le connaît, les sans-papiers ou NoPass sont exploités et méprisés sans vergogne ; les villages ont été désertés et des C.U. (Centres Urbains) regroupent la majorité de la population ; les fruits et légumes ne poussent plus dans des champs, etc.
Ce roman est donc d’un intérêt tout particulier d’un point de vue politique et social puisqu’à partir de la situation économique actuelle, l’auteur imagine un futur dystopique (ou contre-utopique). Ainsi, lorsque notre Ikea, tout naïf qu’il est, rencontre des congénères NoPass, ceux-ci lui expliquent les caractéristiques de cette société.
Un moyen de décrire un environnement tout à fait excellent et maîtrisé, d’autant qu’Erwan Larher traduit avec un réalisme stupéfiant le bouleversement que peut ressentir une personne amnésique.
Ajoutez à cela une dose d’humour non négligeable et vous obtiendrez un livre d’une richesse incroyable, où la candeur du protagoniste n’est peut-être pas si innocente que cela. La fin du livre laisse d’ailleurs le lecteur avec beaucoup de questions. Tout cela n’est-il qu’une grande supercherie ? Quelle sorte de machination se cache derrière tout cela ? Car Ikea se rend vite compte que des évènements violents se produisent autour de lui, auxquels il réchappe à chaque fois, grâce à une certaine Aura.

On notera une certaine pléthore de personnages… Voilà les principaux : Ikea, Aura, Dieumerci, Rob, Patrick Angloss, Jess… Beaucoup sortent rapidement de la mémoire du lecteur.
Quoi qu’il en soit, l’auteur a une excellente maîtrise de la psychologie humaine, renforcée par une touche d’humour qui ne s’absente jamais du récit. L’évolution d’Ikea tout au long du roman, jusqu’à cette fin pas vraiment digne d’un happy end,  prouve que la réussite ne passe pas forcément par le dénigrement des petites gens. Mais malheureusement, à vouloir toujours plus le bonheur d’un peuple, un individu peut-il être heureux lui-même ?…

 C’est une histoire à la fois burlesque, politique, sociale, où l’auteur imagine un futur vraisemblable. Ajouter à cela une écriture et un style excellents, un roman unidiversellement conseillé !

Marylin Millon

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Erwan Larher, Michalon Eds, janvier 2012, 250 p. 21€

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