ASTA. DES FORCES TELLURIQUES EN AMOUR ET EN ISLANDE

Asta. Un seul et même chemin mène au bonheur et au désespoir. De manière magistrale qui force à la patience, Jon Kalman Stefansson enchevêtre les récits, enjambe les époques, croise les lieux pour élever l’amour en ce qu’il a de plus beau et de plus tragique.

ASTA STEFANSSON

L’auteur commence avec le récit de la conception d’Asta. Avec sa sœur aînée, elles sont le fruit de l’amour fou entre Helga, une jeune femme de dix-neuf ans, encore plus belle qu’Elizabeth Taylor et Sigvadi, peintre en bâtiment trentenaire qui veut se faire une place dans la société. Nous sommes à Reykjavik dans les années 50. L’Islande est encore un pays archaïque qui s’éveille peu à peu à la modernité.

En un clin d’œil, nous nous retrouvons trente ans plus tard. Sigvadi est allongé sur un trottoir de Norvège, il vient de chuter de son échelle de peintre en bâtiment et raconte sa vie à une passante. Il vit à Stavanger avec sa nouvelle femme, Sigrid et Sesselja, la fille d’Asta.

ROMAN

Dès le premier souvenir, le présent n’est plus linéaire. L’esprit recule puis revient. L’auteur entremêle passé et présent. Car les individus sont faits de toutes leurs expériences, de la somme de leurs désirs et de la souffrance de leurs erreurs.
Le présent c’est Sigvadi blessé sur ce trottoir, Asta qui écrit des lettres à un amour absent et un écrivain solitaire face à la nouvelle modernité de l’Islande prête à tout pour attirer le touriste en quête d’aventures spartiates.

Le passé se fissure des conséquences la beauté tragique d’Helga et des amours manqués de Asta, car, elle est bien la fille de sa mère faisant passer ses besoins et ses rêves avant tout le reste.

Est-il possible de se fuir soi-même ? … s’il n’existe aucun chemin qui mène hors du monde… Toute chose a sa fin, et pourtant, continue. C’est le paradoxe. L’implacable sentence.

Blessant un garçon qui voulait la déflorer, Asta, quinze ans est envoyée dans une ferme des fjords de l’Ouest. Auprès du taiseux Arni et de sa mère déphasée, elle découvre les vulgaires gestes de l’amour charnel mais aussi la poésie du tendre amour avec le jeune Josef.

«  Josef était le genre de personne à qui j’osais tout dire. Il se dérobait et cachait ses blessures en se livrant à toutes sortes de pitreries et de pirouettes. »

Jamais, elle ne prendra en compte la valeur d’un amour présent. Les regrets affluent dans l’absence d’une nourrice si aimante, d’une sœur adorable, d’un père remarié ou d’un garçon romantique.
Mais qui peut se targuer d’avoir la bonne vision du monde. Nous n’en voyons que les fragments. Par petites touches, l’auteur donne de la profondeur à son récit en insérant les moments forts de la vie de tous ceux qui gravitent autour de Sigvadi, Helga et Asta.

Imprégné des forces de son pays, l’écrivain islandais, Jon Kalman Stefansson conte une grande histoire d’amour originale, énergique et regorgeante de poésie. Un roman envoûtant par sa beauté narrative. Et le monde s’agrandit de tous ces destins qui de la naissance à la mort sont chamboulés par l’amour, parfois si difficile à apprécier quand il est là. Ne passez pas à côté de ce grand roman.

Parution :
29/08/2018
Pages :
496
Format :
140 x 205 mm
Prix :
23.00 €
JK Stefánsson – La maison de la poésie (Paris)
12/10/2018

Jón Kalman Stefánsson est né à Reykjavik en 1963. Son premier roman paraît en 1997 en Islande, mais c’est avec la trilogie romanesque composée de Entre ciel et terre, La Tristesse des anges et Le Cœur de l’homme, qu’il s’impose dans le monde entier comme un écrivain de premier plan. Il a reçu de nombreuses distinctions dans l’ensemble des pays où son œuvre est traduite. En France, son roman D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds (Gallimard, 2015), prix Millepages, Meilleur livre étranger 2015 Lire, a été finaliste du prix Médicis étranger.

Prix Médicis sélections
Ásta de J. K. Stefánsson et trad. Eric Boury et Miss Jane de B. Watson et trad. M. Amfreville sont sélectionnés en littérature étrangère.

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