CINQ ARTISTES QUI ONT RACONTÉ LA BRETAGNE (3/3)

La Bretagne a fasciné – et fascine encore – une myriade d’artistes français et étrangers. Terres d’inspirations, ses littoraux, son folklore et son accueil se révèlent sur les toiles des plus grands. Juste de passage ou en séjour prolongé, chacun, avec son style et sa sensibilité, peint la Bretagne telle qu’il l’a découverte et approchée. Unidivers plonge dans l’univers artistique de cinq d’entre eux au moment où ils ont foulé les terres bretonnes.

Parmi les plus connus, citons l’Anglais William Turner, le Tchèque Alfons Mucha, les Français Paul GauguinClaude Monet et Odilon Redon. La liste est encore longue et certains seront à (re)découvrir dans cette série d’articles.

Nombre d’artistes ont contribué à l’histoire des arts de la France et de la Bretagne. À la fin du XIXe siècle, la Bretagne devient un centre artistique des plus importants, notamment avec l’école de Pont-Aven et celle de Concarneau. Les initiateurs ont permis de faire connaître la région par le biais des peintures de Marines et les suivants ont suivi le chemin tracé à la peinture. La quasi-totalité des écoles semble avoir montré un intérêt pour cette région à l’héritage celtique : romantisme, impressionnisme, orientalisme, symbolisme, abstraction, etc. Chacun a mis en couleurs sa beauté sur des toiles aux compositions diverses, mais il en ressort toujours le reflet d’un patrimoine régional riche, autant par ses traditions et ses paysages que par sa population. Victor Vasarely reconnut d’ailleurs « dans les galets polis par le va-et-vient rythmé des marées, la géométrie interne de la nature. »

Qui sont ces artistes qui n’ont parfois fait que passer sur le territoire breton, mais pour autant, ont réussi à capturer son essence ?

La vie bretonne de Théophile Louis Deyrolle (1844-1923)

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Gavotte bretonne, Théophile Louis Deyrolle (1897)

« La Bretagne ça vous gagne », le Français Théophile Deyrolle ne dira pas le contraire. Il est ce que l’on appelle un Breton d’adoption. Tout a commencé à l’école des Beaux-Arts de Paris, dans l’atelier des peintres Alexandre Cabanel et William Bouguereau, où il fait la connaissance d’Alfred Guillou, originaire de Concarneau. Une rencontre marquante qui semble avoir changé sa vie puisqu’il épousera la sœur de son ami Alfred quelques années plus tard. En 1871, les deux artistes partent pour Concarneau. Le peintre y exécute alors des scènes de pêche qu’il expose au Salon à partir de 1876. Le charme opère rapidement, il s’installe dans la ville portuaire et travaille pour la faïencerie HB de Quimper à la décoration de plats, d’assiettes ou encore de vases aux motifs japonisants.

La vie du port le fascinant, il devient ensuite mareyeur et les métiers de la mer deviennent son inspiration principale. Néanmoins, il réalise également des scènes de marchés, des portraits, des scènes de foires bretonnes, de nombreux paysages et des marines. Comme beaucoup d’artistes à cette période, son œuvre met en scène le quotidien breton. Cependant, plus qu’une simple représentation, Deyrolle matérialise une image de la vie bretonne à la fin du XIXe siècle tel qu’elle se déroule sous ses yeux. Il peint la culture et les traditions, mais ses tableaux de fêtes reflètent surtout la joie de vivre des habitants. Dans une touche réaliste et lumineuse, l’artiste donne à voir des rassemblements festifs, marqués par l’expressivité des visages des personnages où l’on devine facilement un enthousiasme face à l’événement.

Théophile Philippe Deyrolle et Alfred Guillou sont considérés comme les fondateurs de l’école de Concarneau.

Les artistes roumains en Bretagne : Constantin Petrescu-Dragoe (1887-1937)

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Vieille femme de Concarneau, Constantin Petrescu Dragoe, fusain et gouache sur papier (1931)

Après que l’artiste roumain Grigorescu eut fait connaître la beauté de la région à ses compatriotes, nombreux sont ceux qui vinrent visiter les lieux. Constantin Petrescu-Dragoe est l’un d’eux.

À partir de 1930, le peintre voyage et découvre notamment le Finistère, notamment Quimper et Concarneau. Il trouve alors en la Bretagne sa principale source d’inspiration. Ses tableaux s’exposent au Salon d’hiver du Grand Palais (1930), au Salon de la Société nationale des Beaux-arts (1931), mais aussi à l’Union artistique des amis de Concarneau et au salon de la Société lorientaise des Beaux-arts la même année. Ses œuvres, à l’image de Vieille femme de Concarneau, capturent les gestes quotidiens des habitants de la ville de Concarneau. Un grand nombre des dessins exécutés dans le Finistère sont d’ailleurs liés à une importante commande de peinture murale, à laquelle l’artiste commence à travailler en 1931, mais dont la destination finale n’a jamais été trouvée. Une esquisse très aboutie est actuellement conservée au Musée national des Arts de Bucarest.

Le paysage d’après-nature de Mari Luplau (1848-1925)

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Le bois d’amour, Mari Luplau (1883). Conservé au musée de Pont-Aven.

D’origine danoise, Mari Luplau fait partie de la colonie scandinave installée à Pont-Aven au XIXe siècle. S’intéressant très tôt à la peinture, la future peintre et féministe engagée suit l’atelier-école du peintre Peter Kyhn dès 1870. Elle y fait la connaissance d’Émilie Mundt, une rencontre qui marquera autant sa vie artistique que privée. Après un séjour à Munich où elles deviennent les élèves du peintre norvégien Eilif Peterssen (1875 à 1876), toutes deux se dirigent vers la France et étudient à l’Académie Colarossi (1882). Pendant ces années, la peintre danoise séjourne à plusieurs reprises en Bretagne, principalement à Pont-Aven, toujours en compagnie d’Émilie Mundt. Elles y peignent la nature et les paysans.

Mari Luplau aime peindre les paysages d’après-nature. À partir de croquis pris sur le vif, elle réalise les tableaux en atelier comme Le bois d’amour à Pont-Aven (1883) et son allée de hêtres, lieu emblématique maintes fois peints par les artistes. La peintre propose une toile à la facture réaliste autant dans la palette de couleurs que dans les formes.

Les personnages bretons d’Hermanus Franciscus Van den Anker (1832-1883)

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Marchande de beurre ou Le Partage du beurre, intérieur breton, Hermanus-Franciscu Van den Anker (1880)

Peintre et lithographe néerlandais, Van den Anker est arrivé en France en 1852. Se liant d’amitié avec le peintre français Edmond Lebel, il l’accompagne en Bretagne en 1859 et réalise d’intéressantes études d’intérieurs bretons avec des personnages en costume régional. La Bretagne devient rapidement son sujet de prédilection. Le peintre a principalement résidé à Paris avant de se retirer à Pont-Aven à partir de 1869, où il vit pendant quatorze ans. Lieu de résidence principale des artistes à la fin du XIXe siècle, il loge à la pension Gloanec et peint le portrait de la patronne des lieux, Marie-Jeanne Gloanec (1839-1915). À la mort du peintre Robert Wylie en 1877, il installe son atelier à l’étage du manoir de Lezaven jusqu’en 1883.

À l’image de La marchande de beurre (1880-1882), son œuvre confirme une filiation forte avec la peinture hollandaise, autant dans les portraits que dans les scènes d’intérieurs. Caractéristique des scènes bretonnes de l’artiste, il réalise son tableau dans la tradition des maîtres hollandais, donnant ainsi une dimension ethnographique à son travail : un soin particulier est apporté au jeu des lumières et aux détails ainsi qu’aux vêtements et décors.

Information intéressante : au début des années 1880, Hermanus Van den Anker, avec Fernand Quignon, peint l’enseigne qui a longtemps trôné au-dessus de la porte d’entrée de la pension Gloanec.

Les scènes d’Emma Löwstedt-Chadwick (1855-1932)

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Emma Löwstedt-Chadwick

D’origine suédoise, Emma Löwstedt-Chadwick a pénétré dans le monde de la peinture en tant que portraitiste avant de se tourner vers la peinture de genre. Après avoir terminé ses études à l’école d’artisanat de Stockholm et au département Fruntimmers de l’Académie des Beaux-arts de la capitale (1874 à 1880), la peintre et graphiste entre à l’école Julian à Paris et suit notamment les cours de Jean-Charles Cazin et Tony Robert-Fleury.

Avant ses multiples voyages – Afrique du Nord, États-Unis, Londres, etc., Emma Löwstedt-Chadwick visite la Bretagne. De cette découverte naissent des scènes de vie en toute simplicité, empreintes d’une grande authenticité. « Au fil des ans elle revint fréquemment habiter en Normandie et en Bretagne, le plus souvent à Concarneau où elle retrouvait de nombreux peintres nordiques des deux sexes. » (Les peintres suédois en voyage dans l’Ouest par Bo Wingren dans Peintre du nord en voyage dans l’Ouest, Modernité et impressionnisme – 1860-1920, édité à l’occasion de l’exposition au musée des Beaux-arts de Caen, été 2001.)

En 1882, elle se marie avec l’artiste américain Francis Brook Chadwick (1850-1942) et s’installe à Grez-sur-Loing. Le couple achète et gère la Pension Chevillon, futur lieu de rassemblement pour la colonie d’artistes suédois locaux. Emma s’est également impliquée dans le mouvement d’opposition en Suède et est devenue membre de l’Union des artistes, nouvellement formée en 1885.

SIX ARTISTES QUI ONT RACONTÉ LA BRETAGNE EN PEINTURE (1/3)
SIX ARTISTES QUI ONT RACONTÉ LA BRETAGNE EN PEINTURE (2/3)

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