L’APPARTEMENT DU DESSOUS UN MAGNIFIQUE ROMAN ÉPISTOLAIRE SIGNÉ FLORENCE HERRLEMANN

Petit conseil amical : avant de débuter la lecture de ce roman, L’appartement du dessous, soyons pratique : on choisit un excellent fauteuil, on opte pour un thé aux agrumes accompagné de quelques madeleines et, pour les frileux, un bon plaid en mohair. (et puis on se laisse bercer pourquoi pas par les mélodies d’Agnès Obel…)
Parce qu’aller à la rencontre d’Hectorine et de Sarah, ne revêt en rien d’une banale visite.

Florence Herrlemann

Entrer dans cet immeuble du IIIe arrondissement de Paris (Marais) est un privilège, comme une invitation que l’on aurait longuement espérée, attendue. Ça y est, vous êtes devant l’entrée. La lourde porte s’ouvre, l’escalier s’annonce…

Sarah, jeune trentenaire, vient de déposer ses effets dans son nouvel appartement fraîchement rénové et va désormais vivre là, entre ses amis et son boulot de graphiste dans une maison d’édition. Dans l’appartement du dessous, vit Hectorine, centenaire plutôt en forme, depuis des décades. Les deux femmes ne se connaissent pas. Aussi Sarah est-elle surprise quand elle découvre les lettres presque quotidiennes que lui adresse Hectorine.

Surprise, légèrement agacée, courroucée, elle ne comprend pas bien pourquoi cette vieille femme, qui partage son quotidien avec sa chatte Suzanne et sa vieille machine à écrire, s’évertue à vouloir nouer un lien avec elle… Et un jour elle va le lui faire savoir en lui répondant de manière lapidaire… De son côté, Hectorine ne décroche pas, n’abandonne pas. Elle sait ses années comptées et souhaite faire mieux connaissance avec la jeune femme. Alors entre jours et nuits, au fil des mois, elle poursuit ses missives. Pourquoi ? Pour qui ? Pour quoi ? Ont-elles en réalité des points communs, des connaissances communes ? Ou est-ce pour fuir une solitude de fin de vie ? Car même au cœur de Paris, la grande, on peut crever de solitude !

Florence Herrlemann

Va s’instaurer malgré tout une correspondance entre gentillesses, confidences, réflexions existentielles et coups de gueule bienveillants entre ces deux-là. Avec le temps, Hectorine va apprivoiser Sarah. Avec le temps, Sarah va accepter la présence discrète d’Hectorine. Avec le temps, elles vont apprendre à se découvrir, se connaître, à avoir envie de se comprendre. Le tout dans un exercice bien singulier : l’épistolaire. Forme qui fait toute la force du roman entre autres. Il ne faudrait pas omettre d’autres personnages qui colorent ce roman empli d’humanité… de bout en bout : les voisins, qui sont souvent des caricatures d’eux-mêmes tout autant que l’immeuble lui-même sans oublier Suzanne, sur laquelle il faut veiller car Suzanne, elle, elle veille sur tous, sur nous autres aussi lectrices et lecteurs.

Florence Herrlemann

Florence Herrlemann nous offre là un roman d’une force tellurique, empreint de thématiques incontournables : la solidarité, la bienveillance, le poids du non-dit, les conséquences de nos histoires comme de l’Histoire. Elle sème aussi tout au long des pages des centaines voire des milliers de petits cailloux, éléments qui, un jour assemblés, formeront la clé à cette histoire. Ce roman est avant tout un hymne à la vie, à l’importance du Verbe, à la puissance de la transmission, à l’amitié, la liberté et à LA femme !

On sort de cet immeuble chaviré, ému. Probablement bien plus humain qu’en entrant. On espère qu’une chose : pouvoir y séjourner de nouveau. La littérature et les mots transforment les vies. Florence Herrlemann, en commettant cet acte littéraire, élève les esprits et nous invite à prendre la plume pour le plaisir même des belles lettres. Cette auteure est chargée d’une grande lumière qu’elle nous offre sans compter, sans calcul. Un antidote puissant à la noirceur qui parfois nous empêche de grimper les marches de l’espoir…

L’appartement du dessous – Florence HERRLEMANN – Éditions Albin Michel – 255 pages. Parution : 27 février 2019. Prix : 18,00 €.

Couverture : AM & Photo Sam Szafran, Sans titre © ADAGP, Paris 2019 – Photo auteure Florence HERRLEMANN © DR – photo Madeleine & Thé © DR

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