Antonio Pennacchi : Canal Mussolini : Les Peruzzi: dix-sept frères et soeurs, une tribu. Des paysans sans terre, tendance marxiste, à la tête dure et au sang chaud. Parce qu’un certain Benito Mussolini est un ami de la famille, ils abandonnent le rouge pour le noir. En 1932, avec trente mille autres affamés, ils émigrent dans les marais pontins, au sud de Rome, où démarre le chantier le plus spectaculaire de la dictature. Huit ans sont nécessaires pour creuser un gigantesque canal, assécher sept cents kilomètres carrés de bourbiers infestés de moustiques et bâtir des villes nouvelles. Enfin, les Peruzzi deviennent propriétaires de leurs domaines. Mais tandis que l’histoire emporte les aînés dans le tourbillon des conquêtes coloniales et de la Seconde Guerre mondiale, au Canal, les abeilles d’Armida, l’ensorcelante femme de Pericle, prédisent un sombre avenir. Entre chronique et farce, Pennacchi signe un roman époustouflant où la saga d’une famille sur trois générations croise un demi-siècle de l’histoire italienne.

C’est une plongée dans l’Italie de la première moitié du XXe siècle au travers d’une saga familiale qui est offerte au lecteur. Antonio Pennacchi le souligne lui-même dans le préambule : « ce livre est la raison pour laquelle je suis venu au monde ». Ayant personnellement étudié l’histoire italienne avec un grand intérêt, ce roman – qui se définit « entre chronique et farce » – a suscité mon attention.

Cette saga familiale est celle des Peruzzi, dont l’histoire évolue avec le contexte historique de l’arrivée du fascisme et de Mussolini en Italie. Largement inspiré de sa propre famille, le narrateur pourrait être Antonio Pennacchi lui-même. De la rencontre de ses grands-parents à sa naissance, de la Première à la Seconde Guerre mondiale, l’auteur entremêle la grande Histoire et la petite histoire, celle des paysans italiens des années 30.

 C’est avec beaucoup de franchise que le narrateur explique l’attachement des Peruzzi au Fascio puis au parti fasciste. Chose inavouable de nos jours, il faut savoir qu’après la Première Guerre mondiale, les soldats italiens sont conspués par leurs compatriotes et par le parti socialiste, initialement opposé le conflit. Seuls les adhérents au Fascio et, donc, Mussolini les reconnaissent, les remercient et, surtout, promettent à leur famille (souvent des paysans métayers) de devenir propriétaires terriens. Comment auraient-ils pu ne pas ovationner cet orateur proche du peuple ? Antonio Pennacchi n’a que faire des conventions et replace les choses dans leur moule initial : il n’était pas condamnable d’être fasciste au début du mouvement avant la dictature et les horreurs de la guerre.
Mais ce livre est aussi l’histoire de l’assainissement des marais Pontin, notamment par le Canal Mussolini où vivaient les Peruzzi. Une vie extrêmement difficile au début de leur urbanisation, lorsque moustiques et malaria proliféraient.

Les personnages sont nombreux dans ce roman, mais le lecteur s’y retrouve sans difficulté. La répétition de leur nom au long du roman contribue à les faire entrer efficacement dans l’esprit du lecteur.
Personnages fictifs (les Peruzzi) et ceux ayant une réalité historique sont entremêlés avec brio par Antonio Pennacchi. Un glossaire en fin d’ouvrage permet au lecteur de se documenter sur l’activité et le rôle de certaines personnalités citées dans le livre.
Concernant la famille Peruzzi en particulier, ils sont tous attachants en raison de leur unité qui n’empêche pas des caractères trempés et divergents.

 Le style d’écriture d’Antonio Pennacchi est tout à fait atypique. Très dense, avec de longues descriptions et surtout un nombre trop important de digressions. Il faut vraiment une concentration extrême pour ne pas se perdre. Le schéma fonctionnel est le suivant : une histoire est racontée ; elle conduit à une anecdote qui va ouvrir une grande parenthèse de quinze pages ; puis retour à l’histoire initiale.

Sachant qu’il est répété durant 500 pages, le lecteur pourra s’en lasser… surtout, aux trois quarts de l’ouvrage.
Notons tout de même l’heureux usage d’un langage « paysan », argotique et haché, qui permet de se plonger dans le quotidien des métayers.

En conclusion, ce livre est passionnant durant les 300/350 premières pages. Un puits de savoir sur l’histoire de l’Italie du XXe siècle, mais aussi une découverte du monde paysan. Avec des descriptions et des digressions moins longues, le roman aurait préservé et valorisé le côté saga historique vivante et entraînante. Malheureusement, les 150 dernières pages sont pénibles à lire, le style devenant lassant et ennuyeux.

Un sentiment mitigé pour une lecture à l’intérêt historique indéniable. Elle intéressera les amateurs d’histoire italienne et les lecteurs qu’un style descriptif et plein de digressions n’effraie pas.

Antonio Pennacchi, Canal Mussolini, (traduit de l’italien par Nathalie Bauer), Liana Levi, janvier 2012, 512 pages, 23 €

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