jeu 11 août 2022

TDN 2022. Anne-Sophie Turion raconte l’intime et le quotidien de Cleunay et la Courrouze

Grandeur nature d’Anne-Sophie Turion est une randonnée urbaine, entre Cleunay et la Courrouze, à découvrir samedi 2 juillet 2022, dans le cadre du festival des Tombées de la nuit. La voix de l’artiste guidera le public, équipé de casques audio, dans un récit immersif et intime construit à partir de témoignages d’habitants et d’habitantes. Une déambulation qui raconte le quartier et sa population.

Création de 2020, Grandeur nature d’Anne-Sophie Turion a déjà habité les villes de Marseille, de la Roche-sur-Yon, de Gennevilliers et arrive à Rennes samedi 2 juillet 2022 pour le festival des Tombées de la nuit. Muni de casques audio, le public sera plongé dans l’histoire des quartiers de Cleunay et de la Courrouze, en pleine mutation, et de leurs habitant.e.s par le biais d’une déambulation urbaine.

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Anne-Sophie Turion © Martin Argyroglo

Sa formation à l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs de Paris, en scénographie, la destinait à un avenir dans la conception de décors. Mais parallèlement à ses études, la performeuse Anne-Sophie Turion développe une pratique entre arts visuels et spectacle vivant. « Je faisais de la scénographie, mais je me suis rapidement mise à faire des projets, en solo ou en duo, dans lesquels j’étais à la fois autrice, metteuse en scène et performeuse », déclare l’artiste venue de Marseille, où elle habite et travaille depuis sept ans.

À l’instar de Grandeur nature, les thématiques de l’intime et du quotidien sont inhérentes à son travail. « Ce qui m’intéresse vraiment, c’est la vie de tous les jours, l’intime par le prisme du quotidien », explique-t-elle. « Je me demande comment le mettre en scène, comment accéder à l’intime de soi et des autres, et de quelle manière on peut créer un territoire partagé pour que ces petites bulles d’intime puissent s’ouvrir. »

https://vimeo.com/128673284

En 2015, elle réalise en duo avec la scénographe Pia de Compiègne Étant donné une façade. Un travail que l’on peut d’ailleurs rapprocher de Grandeur nature, les prémices de ses recherches sur le sujet en quelque sorte. « Dans un premier temps, on allait sonner à l’interphone des résidents d’un quartier et on leur demandait de décrire leur intérieur : leurs objets, leur décoration ou encore la vue par la fenêtre », raconte-t-elle avant de préciser : « On ne demandait pas qu’ils nous ouvrent. » Sans voir leur visage, un portrait de la personne émergeait de cette description.

Par la suite, une performance a été réalisée, orchestrée en amont avec les interrogé.e.s qui acceptaient de participer au projet. Accompagnées d’un public, elles retournaient sonner chez eux avec un micro et une enceinte portative pour qu’ils décrivent leur intérieur en direct. « Grâce à ces conteurs anonymes et aux bribes d’intimité, les spectateurs pouvaient “voir” à travers les façades. » Du studio à l’appartement de luxe, le public se baladait dans le quartier, d’un appartement à un autre, d’un intérieur à un autre. « Le temps du parcours, l’espace public et l’espace privé se rejoignaient. » Les récits s’emmêlaient et dessinaient une série de portraits, portraits de lieux de vie, portraits d’habitants, mais aussi, en filigrane, portrait d’un quartier.

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Anne-Sophie Turion, Grandeur nature © Martin Argyroglo

Comme une suite à ces réflexions, Grandeur nature se développe selon le même principe. « L’enjeu est d’aller chercher comment vivent les gens, comment ils la traversent la vie et se débrouillent avec. » Né de l’envie de rencontrer intimement les gens, Grandeur nature est un projet contextuel qui s’écrit dans les lieux qu’Anne-Sophie découvre. « C’est ce que je trouve intéressant, avec un regard neuf. » La création est aussi née de ce fantasme universel d’avoir une petite voix qui nous raconte la vie des inconnus qu’on croise. Après tout, qui ne s’est jamais demandé ce qu’était la vie de cette femme âgée assise dans le bus ? Ou qui était ce jeune homme qui fait ses courses dans la même grande surface que vous ? Anne-Sophie Turion s’intéresse à cette petite voix et la met en scène.

La randonnée urbaine proposée samedi 2 juillet 2022 fait suite à une résidence de quinze jours au cœur des deux quartiers rennais. Arrivée à Rennes le 11 juin dernier, Anne-Sophie a traîné entre Cleunay et la Courrouze. Beaucoup. Elle s’est baladée dans la rue, a bu des cafés au PMU, attendu à un arrêt de bus, s’est promenée au parc, a regardé les matchs de foot sur le terrain du quartier. L’artiste s’est immergée deux semaines dans cette vie de quartier et est partie à la rencontre des habitants et habitantes pour faire connaissance.

https://vimeo.com/472152742

Après plusieurs entrevues, elle convie une quinzaine d’habitant.e.s à participer à sa performance comme figurants de leur propre récit. Elle dresse ensuite le portrait de chaque personne et bâtit un scénario, le récit qui guidera le public. Les portraits peuvent être un moment de la vie très précise ou balayer toute la trajectoire de vie. Tout dépend des confessions. « Ce projet m’étonne à chaque fois que je le remonte », confie-t-elle. « C’est une expérience assez incroyable de pouvoir rentrer dans la vie de quelqu’un de cette manière et d’avoir cette confiance qui est donnée. » Dans une société connectée comme la nôtre, où la majorité a le regard vissé sur son smartphone ou les écouteurs dans les oreilles, Grandeur nature semble traduire quelque chose de nos vies, de notre société. Ne peut-on pas lire le projet comme une revalorisation de l’écoute ?

Le jour de la performance, Anne-Sophie se glissera dans l’oreille des spectateurs équipés d’un casque audio et accompagnera le public, telle une voix off, dans cette randonnée urbaine. Dans ce théâtre du quotidien, l’artiste raconte le quartier de manière sensible. Elle vient commenter le réel jusqu’à ce que le protagoniste réel se glisse dans l’histoire. « C’est dans ce sens que l’on peut parler d’une sorte de fictionnalisation, mais c’est secondaire, ce n’est pas l’effet recherché. ». Bien que mis en scène, tous les participants et participantes jouent leur routine, leurs actions quotidiennes.

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Anne-Sophie Turion, Grandeur nature © Martin Argyroglo

La visite commencera à l’écoquartier de la Courrouze, image de la Rennes nouvelle. Puis, la voix d’Anne-Sophie guidera le public au cœur du quartier de Cleunay, dans les anciens logements sociaux, créant un contraste architectural. À l’image de la capitale bretonne, les deux quartiers rennais sont en encore en chantier, en pleine mutation. « C’est une vision de la ville nouvelle et durable avec toutes les questions que cela pose. » La visite se terminera dans la nature, dans les jardins familiaux du parc de la Prévalaye. « Les histoires trouvent leur place dans ces trois parties. »

Entre paysage intime et paysage commun, avec leurs spécificités historiques, urbanistiques et sociales, Anne-Sophie dresse le portrait de deux quartiers, représentatifs d’une certaine réussite de la mixité sociale. « Ce mot est à prendre avec des pincettes », désamorce-t-elle. « Il m’a souvent semblé vain et utilisé trop de fois pour être crédible, mais qui trouve quand même un sens ici. Ça m’a interpellée quand je suis arrivée. »

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Anne-Sophie Turion, Grandeur nature, Théâtre de Gennevilliers © Martin Argyroglo

Les réflexions d’Anne-Sophie Turion à propos de l’intime se poursuivront prochainement avec deux nouveaux projets. Le solo Happy End parlera du pays du bonheur, le Danemark selon le classement de l’ONU. Dans ce récit, elle tente de savoir concrètement la signification de cette dénomination. Que cela signifie-t-il ? Quels sont les critères ? « Happy End prend la forme d’un carnet de voyage anticipé. Je n’y suis pas encore allée, mais j’imagine tout mon voyage au pays du bonheur. »

Le second, en duo avec le chorégraphe Eric Minh Cuong Castaing de la Compagnie Shonen, s’inscrit entre la France et le Japon par le biais d’une résidence d’artistes à Kyoto. Les partenaires collaborent avec une association de réinsertion pour les hikikomori, phénomène japonais qui désigne les personnes qui se retranchent dans leur chambre pendant des années, vivant comme des ermites. « Ça questionne l’intime dans la société japonaise qui ne laisse aucune place à l’intime et crée ce genre de phénomènes radicaux où les gens se retirent du monde parce qu’ils ne savent plus quelle est leur place dans la société. »

En attendant les premières de ses futures propositions, que pensez-vous d’arpenter les quartiers de la Courrouze et de Cleunay d’un regard nouveau ?

INFOS PRATIQUES

Samedi 02 Juillet 2022 : 11:00 > 12:30 et 18:00 > 19:30

 Lieu indiqué sur le billet

 Quartier Cleunay / La Courrouze

1h30 – Gratuit – À partir de 10 ans

 Réservation obligatoire à reservation@lestombeesdelanuit.com

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