Le film les Animaux Fantastiques, spin-off de la série Harry Potter, vient de sortir dans les salles mercredi 16 novembre 2016. Grande surprise : la magie continue ! Après la déception d’un Harry Potter 8 sous forme de pièce de théâtre, J. K. Rowling revient en scénariste avec les aventures de Norbert Dragonneau, magizoologiste britannique perdu dans le New York magique des années 30. Les Animaux Fantastiques conservent toute la fantaisie littéraire de la première saga dans un spectacle merveilleux. Revelio !

 

Animaux Fantastiques RowlingHarry Potter et le cinéma n’aura été jusqu’à maintenant qu’une suite commerciale de déceptions et de compromis : 8 adaptations qui ne respectaient ni la lettre ni l’esprit de l’œuvre, des réalisateurs chaque fois différents, une soumission sans borne au modèle hollywoodien, des incohérences pêle-mêle. Les Animaux Fantastiques nous promettaient le pire. Originellement, ce film demeure une adaptation : en 2001, J. K. Rowling avait publié Les Animaux Fantastiques sous le pseudonyme de Newt Scamander. De cette recension de bestioles magiques, l’auteure de Harry Potter a prévu de faire une pentalogie. Pourquoi le premier opus est-il une telle réussite ? On peut arguer le fait que ce ne soit pas vraiment l’adaptation d’un roman préalable. Ou bien que J. K. Rowling assume véritablement le rôle de scénariste.

Animaux Fantastiques RowlingGrande réussite : Les Animaux Fantastiques ne cherchent pas à copier-coller la saga Harry Potter. Si le spectateur savourera, au générique, les premières notes du désormais célèbre thème musical potterien, les références n’abondent pas. L’adaptation désastreuse de Bilbo le Hobbit par Peter Jackson œuvrait seulement à faire de vulgaires passerelles avec Le Seigneur des Anneaux, au mépris de toute cohérence narratologique et poétique. J. K. Rowling conserve certes, et avec talent, son humour et toute sa fantaisie créative. Mais elle renouvelle complètement son univers.

Depuis la création du site Pottermore, J. K. Rowling développe de plus en plus le monde des sorciers. On a appris notamment qu’il existait d’autres écoles de sorcellerie à travers le monde, notamment à New York et Ouagadougou. Animaux Fantastiques Rowling

Avec Les Animaux Fantastiques, elle continue sur cet élan : alors qu’en Europe, le mage noir Grindelwald – un ancien ami de Dumbledore, qu’il finira par battre en 1945, épisode « de sinistre mémoire » – propage la guerre, le jeune Britannique Norbert Dragonneau débarque à New York avec une valise pleine de monstres fantastiques. Seulement, problème : certaines bêtes s’échappent. Norbert rencontre alors un Non-Maj (l’équivalent Yankee des Moldus outre-Atlantique), un certain Jacob Kowalski, et deux sorcières américaines, Tina et Queenie Goldstein. Parallèlement, une sombre force ronge les rues de la Grosse Pomme et menace l’équilibre pacifique qui se maintient entre les deux communautés, magiques et non-magiques.

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Pour faire simple, c’est un véritable Nouveau Monde que cette Amérique ensorcelée. J. K. Rowling retrouve toute la fraîcheur de son inventivité. Le monde magique américain n’est pas le même que celui de Poudlard et du chemin de Traverse : la séparation avec les Non-Maj est par exemple plus prononcée, la morale plus puritaine. J. K. Rowling a brillé, dans la saga Harry Potter, par cette capacité à réactiver le topo du sorcier marginal. Dans ce spin-off – qui mérite aussi l’appellation de préquelle – elle s’inscrit avec finesse dans l’histoire américaine, plus récente que celle du Vieux Continent, en installant l’angoisse de la chasse aux sorcières et du fantôme de Salem. Les magiciens de New York paraissent plus menacés par les moldus que leurs homologues européens.

Animaux Fantastiques RowlingPlus sombre, Les Animaux Fantastiques est aussi plus adulte. En effet, nous ne suivons plus les aventures de Ron, Hermione et Harry. Ces nouveaux protagonistes sont presque tous de jeunes adultes. Bien entendu, on se délecte des animaux fantastiques que l’on découvre à l’écran : nous retrouvons des Botrucs ou des Nifleurs et apprenons à nous familiariser avec un bestiaire impressionnant d’imagination. Le clou du spectacle : J. K. Rowling a inventé une nouvelle force magique digne de ces précédentes trouvailles. Pensons aux Horcruxes ou aux détraqueurs. Apparaît à New York une magie ancienne appelée l’Obscurial. Si un enfant refoule ses pouvoirs magiques, par exemple parce qu’il est rejeté par ses proches ou sa communauté, ce refus peut se transformer en une force destructrice et maléfique. On sait que Les Animaux Fantastiques tournent autour de Gellert Grindelwald, et donc du passé de Dumbledore. Faut-il voir dans cet Obscurial une nouvelle interprétation du traumatisme de la sœur d’Albus, Ariana Dumbledore ? Aurait-elle tué sa mère, accidentellement, à cause de cette obscure force ? L’hypothèse demande certes à être discutée…

Animaux Fantastiques RowlingDavid Yates, le réalisateur, et J. K. Rowling ont admirablement construit un New York historico-magique. Si l’on reconnaît parfaitement la cité et ses gratte-ciels, celle-ci s’échappe par endroit dans un monde fantastique. Les animaux fantastiques convoquent assurément le cinéma fantastique américain mettant en scène le combat de la bestialité et du progrès (King Kong ou Godzilla). Conjointement, les récits de Norbert Dragonneau appellent l’exotisme des mondes perdus. Surtout, Les Animaux Fantastiques installe son univers dans un New York de la Prohibition et des Roaring Twenties. La scène dans une cave interlope de la ville mérite de rester aussi culte que celle de la taverne dans Star Wars. Regarder un elfe de maison sensuel chanter du jazz, en compagnie d’un géant amateur de whisky, le tout en glougloutant du glouglousse (une nouvelle boisson magique inventée par Rowling qui fait glousser celui qui l’avale) : voilà qui nous change de nos gargotes molduesques habituelles. Queenie Goldstein, la sœur legilimens de Tina, fait figure de superbe Marilyn Monroe à la sauce Polynectar.

Animaux Fantastiques RowlingJacob Kolawski, le Non-Maj embarqué par hasard avec les sorciers, assure l’humour de cette nouvelle série, comme Ron assurait celui de l’ancienne. J. K. Rowling renoue, sans doute avec plus de force, avec cette séparation douloureuse entre Moldus et magiciens. Le lecteur de la saga Harry Potter, moldu pour son plus grand drame, s’évade le temps d’un livre de son univers : les romans, à quelques exceptions près, commencent et se terminent dans le monde des Moldus. Cette structure invite le lecteur à l’évasion et affirme la toute-puissance de la fiction. Dans Les Animaux Fantastiques, ce thème fonctionne à merveille.

Animaux Fantastiques RowlingMagique au sens cinématographique du terme, somptueux dans ses costumes comme dans son décor, Les Animaux Fantastiques tire sa réussite de ce qu’il est pensé pour être un objet cinématographique. D’où, certainement, ce clin d’œil à la Metro Goldwyn Mayer lorsque l’on rencontre dans la rue un lion échappé de Central Park. Si les blockbusters nous habituent trop souvent à des acteurs lisses et sans charisme, on se réjouit avec ce film d’une distribution presque parfaite. Eddie Redmayne dans le rôle de Norbert Dragonneau campe un personnage touchant, entre audace mutine et timidité. Katherine Waterston, qui joue l’ancien Auror Porpentina Goldstein, brille par son charme discret. Quant à la suite, des questions restent en suspens. Qui est cette Leta Lestrange dont Norbert possède une photographie ? Que va devenir Gellert Grindelwald ? Verra-t-on le Dumbledore des années 30 ? Quelle sera l’issue de cette guerre en Europe ? Nous verrons, car comme le dit si bien Rubeus Hagrid dans Harry Potter et la Coupe de Feu, « Il arrivera ce qui arrivera et il faudra se préparer à l’affronter ».

 

Les Animaux Fantastiques un film de David Yates écrit par J. K. Rowling avec Eddie Redmayne, Katherine Waterston, Alison Sudoln, Dan Fogler et Colin Farrell

 

 

Titre original : Fantastic Beasts and Where to Find Them
Titre français et québécois : Les Animaux fantastiques
Réalisation : David Yates
Scénario : J. K. Rowling, d’après son livre Les Animaux fantastiques
Chef opérateur : Philippe Rousselot
Direction artistique : Stuart Craig
Décors : James Hambidge
Costumes : Colleen Atwood
Photographie : Philippe Rousselot
Son : Glenn Freemantle
Montage : Mark Day
Effets spéciaux : David Watkins1
Musique : James Newton Howard
Production : David Heyman, Steven Kloves, J. K. Rowling et Lionel Wigram
Société de production : Heyday Films ; Warner Bros., Wigram Productions et The Blair Partnership (coproductions)
Société de distribution : Warner Bros.
Budget : 180 000 000 $2
Pays d’origine : Drapeau des États-Unis États-Unis / Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Langue originale : anglais
Format : couleur – 35 mm – 2,35:1 (Panavision) – son Dolby Digital / DTS / Dolby Atmos
Genre : fantastique
Durée : 133 minutes

 

 

 

 

 

 

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