Avec la diffusion en avant première dans quelques salles d’A.L.F., dont on suit la réalisation depuis plusieurs années (voir notre entretien avec Jérôme Lescure), il est enfin permis de savoir si notre confiance était bien placée. Rappelons que le sujet, plutôt savonneux, visait à produire un film de fiction autour d’A.LF., Animal Liberation Front. Ce mouvement considéré comme terroriste dans plusieurs pays s’emploie à libérer les animaux de la torture et de l’exploitation. Animal Liberation Front est un film partisan, non dénué d’images très dures, mais qui éclaire sur le sujet.

A partir du 7 novembre, les spectateurs pourront découvrir dans les salles un militant, Franck Kovic. Où était-il dans la nuit du 24 au 25 décembre ? A cette heure précise où un groupe d’activistes a forcé les portes d’un élevage en vue de libérer des chiens destinés à la vivisection ? Quelques heures après les faits, les premiers éléments de l’enquête semblent désigner ce modeste professeur de théâtre comme le coupable idéal. Pourquoi remords et culpabilité troublent-ils alors son jugement?

Alors qu’un compteur tourne dans le coin supérieur de l’image sans plus de précisions, c’est une succession de flashback qui offre au spectateur de découvrir les activistes du groupe de Franck, mais aussi le capitaine de police qui essaye de comprendre l’homme qu’il a en face de lui. Un mélange entre un film de braquage, avec toute sa phase de préparation, un thriller à la Usual suspects (qui est le traitre ?) et un documentaire. De fait, le réalisateur, Jerôme Lescure, montre en finesse les tortures infligées aux animaux qui sont à l’origine de la révolte et de la motivation de ces militants. Rien d’insoutenable, tant l’équilibre a été trouvé par un montage au cordeau.

Si le montage est efficace par son rythme, il en est de même de la photographie et de la colorimétrie (une chose de plus en plus rare dans le cinéma français et inattendue eu égard au petit budget du film). Il faut dire que les techniciens et les acteurs se sont mobilisés bénévolement autour d’une idée partagée. On retrouve des têtes connues au casting, notamment, Didier Sandre, Raphael Mezrahi, Jeanne Savary. Les personnages principaux sont incarnés aussi bien par des débutants, des inconnus que des acteurs confirmés. Mention spéciale pour Jean-Pierre Lousteau, Alexandre Laigner, Alice Pehlivanyan et Lucie Rébéré. Il faut souligner l’interprétation de cette dernière dans une scène mémorable autour de Victor Hugo : Lucie Rébéré est bouleversante. La musique est chantée par Tribunal Animal ou signée par René-Marc Bini (Les Nuits Fauves, Grosse Fatigue).

Tout ces ingrédients confèrent à Animal Liberation Front une âme. A.L.F. prend aux tripes. Il distille son suspens et fait réfléchir le spectateur aux limites de l’acceptable. Notamment, les limites de l’activisme et le traitement plus qu’hétérogène des « hors la loi ». Les acteurs présents dans la salle ont confié à ce sujet ne plus être les mêmes après ce tournage.

A.L.F. bouscule les idées reçues, tout en étant distrayant et passionnant. Il permet le débat, chose assez rare lorsque l’on aborde des sujets comme l’activisme. Pour un premier film français, Unidivers ne peut que féliciter Jérôme Lescure.

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 Le film sortira le 7 novembre 2012 dans toute la France mais il reste des séances d’avant-première :
Elbeuf : Vendredi 12 Octobre 2012 Avant première au cinéma le Grand Mercure d’Elbeuf sur Seine en présence du réalisateur, du producteur, du distributeur, de l’acteur principal Alexandre Laigner.
Saint Brévin les Pins ;Vendredi 19 Octobre 2012 Avant première au cinéma le Cinéjade de Saint Brévin les Pins, en présence du réalisateur.
Sarlat-La-Canéda : Vendredi 2 novembre 2012 Avant première au cinéma Rex à Sarlat-la-Canéla, en présence du réalisateur et de l’actrice principale Alice Pehlivanyan.

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3 Commentaires

  1. Hier, le film a été présenté dans le cadre du festival du film européen d’Houlgate. C’était la première fois que l’équipe (ici le co producteur et l’acteur principal) rencontraient un public « non acquis à la cause ». Première bonne nouvelle, malgré un ressenti de choc visuel, personne n’est sorti de la salle et tout le monde est resté pour le débat qui a suivi. Evidemment, il y a eu une mécontente (« si j’avais su…. ») mais il y a eu aussi des convaincus ou des personnes touchées par le sujet qui, malgré leur age (si si, ça joue…) , étaient ouvertes à la discussion. Les quelques militants présents ont pu donner des informations complémentaires.
    Mais c’est vrai aussi que le film peut paraître « soft » pour ceux qui comme moi sont habitués, peut-on s’habituer…, à voir les pires horeurs commises sur les animaux.
    Le montage semble donc adéquat pour s’ouvrir à un autre public. Sinon, il y a Earthlings : http://video.google.com/videoplay?docid=4093730216074063220 LE film sur le sujet avec les commentaires de Joaquim Phoenix (Walk the Line, Gladiator), qui a d’ailleurs été projeté par le réalisateur à l’équipe du film.

  2. Après avoir refusé du monde à Compiègne, la soirée spéciale d’hier soir au Publicis Elysée a encore du refuser du monde : Plus de 450 personnes pour une salle de 400 places.
    Après une ovation d’un public impatient de découvrir le film, toute l’équipe du film a été présentée par le speaker et le réalisateur Jerome Lescure. Le public était cette fois majoritairement militant avec quelques figures de la défense animale. Standing ovation à la fin du film. Toute l’équipe était fière du résultat et les premiers résultats semblent rassurants pour permettre à la production de rentrer dans ses frais. Les questions ont fusé, parasitées par des personnes plus avides de faire leur pub que de parler du film ou de la protection animale. De ce point de vue, le débat fut finalement moins intéressant qu’à Houlgate car issu d’un public informé sur la cause. Entre ceux qui veulent un film plus dur et ceux qui s’inquiètent des scènes pouvant heurter, le débat est toujours sans fin.
    A noter que le journal Le Monde est le seul à avoir émis une critique constructive, mitigée certe, mais constructive par rapport à leur attente différente de celle d’un militant comme moi. Ce n’est hélas pas le cas de leurs collègues (??) de Télérama et Studio Ciné Live qui résument la critique à une ligne sans arguments : triste avenir pour ces magazines…
    Une rencontre avec le co-producteur a permis de savoir que le film allait être programmer dans plus de villes petit à petit et cela sur Décembre et Janvier. Surveillez donc les cinémas de la région. Soit vous ne regretterez pas le billet d’entrée, soit cela vous apportera matière à débattre du sujet ici, par exemple.

  3. Le film permet le débat mais… encore faut-il que le spectateur non militant accepte de reconnaitre la faillibilité de l’être humain, donc de lui même. Il y a donc une mauvaise foi chez certains critiques qui reprochent le coté partisan du film, comme si aucun film n’était partisan. Que dire alors du 9/11 ou du Bowling for Columbine de Michael Moore, ou encore des films de Costa gavras pour ne citer que cela?
    Au moins, au Monde, le critique avance-t-il des éléments constructifs et cinématographiques. Oui le film n’est pas tendre et angélique avec tout ce que nous faisons et c’est dur de l’admettre surtout avec la question de la « confession » de la fin du film. Mais pour savoir ce que vous en penserez et l’analyser ensuite à froid (indispensable pour un tel film), il faut voir le film.

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