ANATOMIE D’UN SCANDALE : THRILLER PSYCHOLOGIQUE DE SARAH VAUGHAN

Quels sont donc les ingrédients nécessaires pour faire chuter une personne d’influence ? La politique… L’argent… Et le sexe, bien entendu ! Eh bien le cocktail est dans le shaker. On agite, on agite bien, et on sert glacé ! Anatomie d’un scandale, quand l’art du scalpel devient un délice…

ANATOMIE D'UN SCANDALE VAUGHAN

L’éducation transmise aboutit généralement à ce que nous devenons, à ce que nous sommes, à ce que nous transmettons ensuite à notre tour. Parfois tout se déroule ainsi, sans que nous ne remettions nécessairement en cause quoi que ce soit. Mais parfois, les choses se grippent et on envoie tout valser. Ça c’est à l’adolescence, quand on traverse cette période transitoire où, troublés par nos hormones, nous voudrions tenter autre chose que les schémas de nos parents, notamment en matière de relations avec nos amis, nos petites ou petits amis, mais aussi nous rêverions de nous opposer à tout ne serait-ce que pour affirmer la force de notre caractère, asseoir notre identité, prouver au monde, aux autres que nous sommes capables de libre-arbitre. Penser par soi, pour soi et non se montrer conforme aux diktats de nos aînés.

Si Anatomie d’un scandale n’existait pas, il aurait fallu l’inventer. C’est d’ailleurs ce que l’esprit éclairé de Sarah Vaughan a imaginé, avec talent, sans longueur, en multipliant les rebondissements. Tous les ingrédients sont réunis dans ce thriller psychologique plutôt sulfureux.

À ne nombreuses reprises on se demande si l’auteure, sourcilleuse du moindre détail, de la moindre faille comme de la lumière de chaque personnage, ne s’est pas dissimulée dans les coulisses du pouvoir. En l’occurrence dans ce roman-là, au Royaume-Uni, mais l’intrigue pourrait aussi bien se dérouler en France, en Allemagne ou dans une autre grande capitale européenne et du monde. Ce qui anime les gens qui détiennent certaines clés du pouvoir sont toujours les mêmes ressorts : l’argent, la politique, la manipulation, le cynisme, le sexe (qui sert de levier comme d’exutoire).

Que cachent donc nos deux compères aussi puissants qu’antipathiques, James et Tom, sous-secrétaire d’État et Premier ministre de la couronne ? Car derrière les accusations de viol à l’encontre de James Whitehouse, on devine qu’il y a bien pire, que ces deux-là (tout comme nous autres lecteurs) dissimulent peut-être quelques cadavres dans des placards poussiéreux. Pourquoi l’avocate à charge, celle qui assure la défense de la plaignante Olivia, la reconnue et respectée voire crainte, Kate Woodcroft s’acharne-t-elle avec autant de rage à démontrer la culpabilité de l’ancien apollon roi des courses d’avirons et des soirées du collège d’Oxford, prince du club des Libertins ? Qu’a-t-elle trouvé à propos de cet homme puissant promis à tous les ors de la Couronne. Et comment Sophie, la femme sage et fidèle de l’accusé va-t-elle s’en sortir, va-t-elle épauler son mari pris dans une spirale infernale, proie des médias, comment va-t-elle protéger ses deux enfants, Emily et Finn de l’opprobre qui s’abat sur leur père tant respecté ? Comment ce couple va-t-il résister à cette tempête d’une cruauté sans nom ?

Non sans talent, loin de là, avec une plume sans cesse aiguisée, Sarah Vaughan sonde les âmes et nous entraîne dans l’analyse des recoins les plus sombres de ses personnages même quand ils semblent trop lisses pour être totalement sincères. Certains nous surprendront par leur sincérité, masqués souvent par les conventions, par des façades travaillées pour se protéger ; d’autres s’avéreront décevants, parce que le mensonge et la traîtrise ne sont pas seul apanage des pleutres. Que ne ferait-on pour se sortir d’affaires quand on pense qu’on n’a plus rien à perdre, quand on se croit intouchable, quand on nous a élevés dans la toute puissance. Aucune empathie pour ces derniers, seule la sociopathie règne au-delà de toute humanité.

Entre les lignes, cependant, l’auteure sait aussi parfois nous rendre sympathiques des personnages sombres ou trop fades, en apparence. Mais sans cesse il ne faut pas oublier les doubles voire triples lectures. Anatomie d’un scandale est le reflet de l’espèce humaine parfaitement imparfaite. Ce roman est le scanner presque idéal de nos âmes, de nos comportements, du fonctionnement de nos puissants. Du roman au réel, il n’y a souvent qu’un mensonge…

Anatomie d’un scandale – Éditions Préludes – 445 pages. Parution : janvier 2019. Prix : 16,90 €. Traduit de l’anglais (Grande-Bretagne) par Alice Delarbre.

Couverture : Magdalena Russocka – Photo auteur Sarah VAUGHAN © Philipp Mynott

En librairie le 9 janvier 2019.

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