Unidivers avait traité du sujet de l’embargo et du blocus comme arme diplomatique. L’affaire de l’amende BNP Paribas aux États-Unis ainsi que la crise ukrainienne ont mis en lumière une autre pratique : l’embargo financier.

 

Dans la crise ukrainienne, USA et Europe se sont plus ou moins entendus pour sanctionner quelques oligarques russes ciblés afin de peser dans les négociations. Pour ce faire, les gouvernements ont bloqué des avoirs financiers dans des banques « amies ». L’interdépendance des banques, même dans les paradis fiscaux, devrait faire le reste pour que ces oligarques poussent la diplomatie russe à céder. Dans les faits, ces mesures ont eu peu d’impacts, sinon peut-être de faire migrer des investisseurs russes dans d’autres contrées que Wall Street ou Londres.

bnp

Pour la BNP Paribas, la situation est plus complexe. C’est l’activité aux États-Unis qui est visée. Les USA imposent un blocus à Cuba depuis plusieurs décennies ainsi qu’à l’Iran depuis quelques années. Toute société oeuvrant aux États-Unis doit se conformer à cette interdiction, sous peine de sanction. Si beaucoup de banques passent par des circuits financiers complexes pour y échapper, bien peu se font sanctionner. Pour la BNP, il s’agit soit de faire un exemple, soit d’un chantage avec d’autres visées plus nationales : accord de libre-échange transatlantique, exploitation du Gaz de Schiste, politique au Moyen-Orient, alliance face à la Russie – les possibilités sont nombreuses. Il y a quelques mois, un immeuble appartenant à l’Etat iranien, situé aux États-Unis, a été saisi sur décision de justice. Les signaux d’agressivité économique de la part des États-Unis en cette fin de mandat du président Obama sont nombreux.

Ils en viennent à une véritable ingérence par l’intermédiaire d’embargos financiers décidés en dehors du cadre des Nations-Unies. Ainsi, les constructeurs automobiles français, très bien positionnés en Iran, ont dû cesser toute activité commerciale avec l’Etat perse… Pour PSA, c’est près de 450 000 véhicules par an qui ont été supprimés ; ce qui n’est pas sans peser sur la situation économique du groupe. Désormais, des rumeurs vont bon train qui révèlent des négociations entre l’État iranien et la filiale coréenne de GM, Chevrolet Daewoo, afin d’établir un joint venture ou un partenariat avec un constructeur iranien. De fait, l’utilisation de l’embargo est une arme de négociation pour redéfinir l’économie. Rappelons-nous déjà en 1965 lors de la crise de Suez quand les États-Unis menacèrent de déprécier la Livre sterling pour mettre fin à l’alliance France-Royaume-Uni-Israel…

Aujourd’hui, un accord se profile pour la BNP Paribas à hauteur de 9 milliards de dollars. Outre le montant de la transaction et la stratégie du groupe français à l’international, on peut s’interroger les implications en matière de diplomatie française. La faiblesse diplomatique européenne pèse évidemment dans ce déséquilibre, tandis que Chine et Russie se rapprochent dans un accord gazier (plutôt favorable à la Chine). De quoi devenir très observateurs des activités économiques dans la zone Asie et sur les places financières orientales. Et de regarder encore un peu plus l’Europe… de loin.

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Amende BNP Paribas : ingérence, embargo, protectionnisme

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